Position commune des tables régionales de groupes de femmes et des regroupements nationaux de femmes sur « la charte affirmant les valeurs de laïcité et de neutralité religieuse de l’état ainsi que l’égalité entre les femmes et les hommes et encadrant les demandes d’accommodement »

Suite à l’ouverture de la commission parlementaire portant sur le projet de Charte affirmant les valeurs de laïcité et de neutralité religieuse de l’état ainsi que l’égalité entre les femmes et les hommes et encadrant les demandes d’accommodement, la Concertation des luttes contre l’exploitation sexuelle (CLES) appelle la population québécoise à la solidarité. Elle invite les Québécoises et les Québécois à s’informer, se documenter et débattre dans un esprit d’ouverture et dans le respect.

La CLES est un organisme de soutien et de défense des droits des femmes et de lutte contre l’exploitation sexuelle sous toutes ses formes et se positionne clairement pour la laïcité de l’état soit pour les principes de séparation de l’État et des institutions religieuses, de neutralité de l’État à l’égard de la croyance et de l’athéisme de même que de la liberté de conscience et de religion.

Dans le débat sur cette Charte, nous nous opposons à l’articulation d’un discours axé autour de la crainte de l’autre selon laquelle la diversité culturelle apportée par les communautés culturelles nouvellement arrivées ou installées depuis longtemps au Québec, pourrait compromettre la cohésion collective et menacer l’identité québécoise.  Nous nous opposons à l’utilisation du discours féministe sur l’égalité des sexes pour justifier un discours hostile envers la population immigrante, pour diviser les femmes et la population québécoise. Nous nous opposons à tout autre facteur d’exclusion sociale susceptible de favoriser des phénomènes de ghettoïsation défavorables aux femmes et qui seraient, par conséquent, contraires au principe d’égalité entre les femmes et les hommes. Tout comme nous rejetons tout « accommodement au sexisme » tel que l’événement s’étant déroulé à l’Université York récemment.

Nous tenons à rappeler qu’il existe, dans notre société québécoise qui se veut égalitaire, de grandes inégalités persistantes envers les femmes soit leur situation de pauvreté, la violence qui s’exerce contre elles de même que leur faible représentation politique. Nous rappelons également que, pour certaines femmes, le chemin de l’égalité est plus ardu car elles doivent faire face à d’autres systèmes d’oppression liés à la couleur de leur peau, à leur origine ethnique, à leur orientation sexuelle, à leur handicap, à leur âge pour ne nommer que ceux-là. En d’autres mots, la question de la laïcité de l’état, tout en étant un outil important pour l’atteinte de l’égalité pour toutes, ne peut résumer l’ensemble de nos luttes.

Nous reconnaissons aussi que la religion a été et continue d’être trop souvent un obstacle que les femmes rencontrent dans leur quête d’égalité. Nous sommes solidaires des luttes menées ici comme ailleurs dans le monde contre les diverses formes de contrôles du corps des femmes, de leur sexualité et des droits reproductifs. Nous combattons les diktats patriarcaux qu’ils soient religieux, économiques ou sociaux et nous souhaitons que nos actions permettent à l’ensemble de la société québécoise de cheminer vers une réelle égalité de fait pour toutes.