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Lettre: Oui, la désobéissance civile est une option!

Dans la foulée des multiples analyses critiques et opinions émises pendant et depuis notre printemps érable et devant la judiciarisation abusive de la lutte étudiante, nous croyons fondamental de rappeler que la désobéissance est de longue date une riposte sociale aux abus politiques et juridiques. L’histoire de la lutte des femmes en est un exemple probant. Voici quelques faits résumés issus d’une longue liste.

1947- Droit de se syndiquer. Madeleine Parent, féministe, est au cœur du mouvement de syndicalisation de l’industrie textile au Québec. Voir une femme se battre sur la place publique est insupportable aux yeux du pouvoir en place (Duplessis). Ostracisée par le patronat et le gouvernement, elle sera arrêtée plusieurs fois, condamnée et acquittée en Cour d’appel. Au cœur de toutes nos luttes sociales, elle aura été une figure marquante de la reconnaissance du droit à la syndicalisation.

1969- Droit de manifester. Les autorités municipales de Montréal, ébranlées par les agitations sociales de l’époque, adoptent un règlement anti-manifestations! Qu’à cela ne tienne, la riposte s’organise! Sous le nom Le Front Commun des Québécoises, deux cents femmes manifestent illégalement sur la place publique et s’enchaînent les unes aux autres. Elles seront arrêtées, après avoir été libérées de leurs chaînes par les pompiers! Ce geste d’éclat amènera la création du Front de libération des femmes du Québec. Bien que constamment remis en question par les autorités, le droit de manifester fait partie de nos droits collectifs.

1971- Les femmes sont inaptes à être jurées. Sept femmes de la cellule Action-Choc du FLF, qui préconise des actions directes dénonçant le sexisme, préparent une offensive majeure, L’Action des jurées. Paul Rose doit subir son procès dans l’affaire Pierre Laporte. Lise Balcer, qui connaît Rose et fait partie des nombreuses personnes appréhendées lors de la Crise d’octobre, est citée comme témoin. Puisque les femmes ne peuvent être jurées, elle refuse de témoigner! Si la Cour ne les reconnaît pas à ce titre, dit-elle, comment peut-elle les reconnaître en tant que témoins? Outrage au tribunal, décrète le juge! Le jour de sa comparution, au moment où Lise Balcer crie à la discrimination, sept femmes du groupe Action-Choc se lèvent en criant « la justice, c’est d’la marde! » et prennent d’assaut le box des jurés. Le juge Nicols, outré, condamne sur le champ Lise Balcer à 6 mois d’emprisonnement, cinq femmes à un mois et les deux autres à deux mois pour avoir ajouté à leur propos « on nous viole encore » et. Quelques mois plus tard, les femmes obtiennent le droit de siéger comme jurées.

1989- Droit de choisir. Été chaud de la célèbre cause Daigle contre Tremblay. Dans cette affaire, Chantal Daigle, enceinte et aux prises avec un conjoint violent, décide de le quitter et de mettre fin à sa grossesse. En route vers la clinique, elle est interceptée par les policiers : une injonction vient d’être émise contre elle à la demande de son conjoint : interdiction de se faire avorter sous peine d’emprisonnement et d’amende pouvant aller jusqu’à 50 000 $! La Coalition québécoise pour le droit à l’avortement libre et gratuit qui regroupe maintes organisations féministes, syndicales et populaires, lance aux femmes un appel à la désobéissance civile : pas question que les femmes acceptent ce genre d’injonction sur leur ventre! La Coalition offre son aide à toutes celles qui en auraient besoin, y compris à Chantal Daigle. Lorsqu’une seconde injonction vient confirmer la première, 13 000 personnes descendent dans la rue pour manifester leur colère. Déterminée, Chantal Daigle demandera l’assistance du Centre de santé des femmes de Montréal : elle sortira en douce du pays et obtiendra l’interruption de sa grossesse malgré les tribunaux! Passibles de condamnation pour outrage au tribunal, Chantal Daigle, les militantes de la Coalition et du Centre de santé ont délibérément opté pour la désobéissance en riposte à l’abus judiciaire. Aucune poursuite ne sera intentée contre elles… Sous le gouvernement libéral de Robert Bourassa, il était encore possible d’espérer une écoute attentive à la défense des intérêts collectifs plutôt qu’individuels! Bien que souvent remise en question, la liberté de choix en matière d’avortement appartient aux femmes.

2010 – Marche mondiale des femmes. Devant le refus du gouvernement Charest de prendre en compte les revendications du mouvement des femmes, huit femmes occupent le bureau de la ministre à la Condition féminine. Elles revendiquent de meilleures conditions pour les travailleuses et travailleurs au bas de l’échelle et les personnes assistées sociales, la fin de la privatisation des services publics et la marchandisation du bien commun, le respect des droits des peuples et des femmes autochtones, le retour de l’éducation sexuelle à l’école et l’interdiction du recrutement militaire dans tous les établissements d’enseignement du Québec. Vers minuit, la police de Montréal force les militantes à quitter les lieux devant une foule venue les appuyer.

2012- Droit collectif à une éducation accessible. Le gouvernement libéral a choisi d’ignorer les véritables enjeux du printemps érable et a contesté le droit de grève des étudiant-e-s. Ce même gouvernement, à l’origine de la judiciarisation de la lutte étudiante, a proclamé sur toutes les tribunes la primauté du soi-disant droit individuel à l’éducation au détriment des droits collectifs défendus par une majorité étudiante. Et ce même parti, maintenant à l’opposition, a tenté récemment de faire adopter une motion à l’Assemblée nationale, appuyée par le PQ et la CAQ, qui aurait affirmé que le Québec est une société démocratique, que l’autorité des tribunaux doit être respectée, que nul n’est au-dessus des lois… Tout cela au moment où le porte-parole étudiant Gabriel Nadeau-Dubois paraissait en Cour. Tentative du PLQ de faire cautionner sa gestion dure et paternaliste du conflit étudiant!? Québec solidaire refuse d’appuyer la motion!

2013- Idle No More. Les femmes et les peuples autochtones et leurs alliéEs déploient de nombreux moyens d’action, y compris la désobéissance civile, afin que les traités soient respectés et les terres protégées contre l’exploitation. Ce moyen d’action est légitime face à l’absence d’espaces démocratiques.

 

À la lumière de ces quelques faits historiques, nous désirons réaffirmer haut et fort que la désobéissance civile devant les abus politiques et judiciaires peut quelquefois être la seule issue pour l’avancement et la reconnaissance des droits fondamentaux. L’histoire des femmes, l’histoire des peuples, l’histoire des minorités le démontrent de façon incontestable!

Oui, les étudiants et les étudiantes du Québec ont raison de défendre leurs droits par la résistance. Non, il n’est pas acceptable de judiciariser un conflit politique. Non, la peur ne sera jamais une option collective!

Ginette Bastien, militante féministe

Joanne Blais, présidente, Réseau des tables régionales de groupes de femmes du Québec

Yasmina Chouakri, coordonnatrice, Réseau d’action pour l’égalité des femmes immigrées et racisées du Québec (RAFIQ)

Alexa Conradi, présidente, Fédération des femmes du Québec (FFQ)

Nathalie Goulet, directrice, Conseil d’intervention pour l’accès des femmes au travail(CIAFT)

Claudine Jouny, présidente, Regroupement Naissance-Renaissance (RNR)

Angèle Laroche, présidente, L’R des centres de femmes du Québec

Diane Matte, coordonnatrice, Concertation des luttes contre l’exploitation sexuelle (CLES)

Guylaine Poirier, présidente, Relais-femmes

Danielle Tessier, agente de promotion et de liaison, Regroupement québécois des CALACS

Nathalie Villeneuve, présidente, Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale

 

Communiqué: Une Coalition de groupes de femmes en quête d’égalité veut plus pour les femmes

(OTTAWA) Le 8 mars 2013 – En cette Journée internationale des femmes comme à chaque jour, les femmes de tout le Canada et du monde entier devraient être libres de l’esclavage, de la violence, de l’inégalité et de l’exploitation. La Coalition des femmes pour l’abolition de la prostitution, un regroupement pancanadien de groupes de femmes en quête d’égalité, s’insurge contre l’exploitation continue des femmes dans la prostitution et presse le Canada de dénoncer l’exploitation et la vente du corps des femmes.

La Coalition lance aujourd’hui sa campagne «Nous voulons plus pour les femmes» dans le but d’attirer l’attention sur la réalité que vivent les femmes qui sont victimes de la traite et prostituées.

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Communiqué: « Les criminelles » un film sur lequel il faut se questionner comme société

Rouyn-Noranda, le 28 octobre 2012 – Le Regroupement régional des Centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS) de l’Abitibi-Témiscamingue s’interroge sur la position défendue dans le film « Les criminelles ». Si le film de Jean-Claude Lord suscite le débat en présentant une position en faveur du libre choix, il ne doit pas pour autant nous faire ignorer que la prostitution des êtres humains est avant tout une problématique d’ordre social. Elle transcende le droit individuel à vendre ou acheter sa propre sexualité.

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Communiqué: Vers de réelles alternatives à la prostitution pour les femmes

Montréal, le mardi 20 novembre 2012 – Bien que la prostitution ait été omniprésente dans les médias dernièrement, il n’en reste pas moins qu’aucune aide ou qu’aucun service ne soit présentement disponible pour accompagner les femmes qui désirent sortir de la prostitution. La Concertation des luttes contre l’exploitation sexuelle (CLES) vous invite à un événement public où vous aurez l’occasion d’entendre : Continuer la lecture

Communiqué: Une forme de violence toujours taboue


Montréal le 6 décembre 2011 – Alors que la « Campagne des 12 jours d’actions pour l’élimination de la violence envers les femmes » est en cours depuis le vendredi 25 novembre, une forme de violence très répandue et très médiatisée continue de faire l’objet d’un tabou profond : la prostitution. Après avoir entendu Lara Roxx, lors de l’émission « Tout le monde en parle » dire haut et fort que les consommateurs de pornographie se foutent éperdument de la violence que subissent les femmes dans cette industrie, nous avons néanmoins collectivement choisi de nous taire sur ce qu’on appelle, à tort, l’industrie du divertissement. Après avoir entendu des femmes aux prises avec le stigma de « t’es rien qu’une pute », comme dans le film L’Imposture d’Ève Lamont, on continue d’excuser une industrie qui carbure et s’enrichit de l’exploitation et de la domination des femmes. Jouons-nous collectivement à l’autruche ? Cette négation de la violence envers des femmes plus vulnérables n’a-t-elle pas aussi un impact sur l’ensemble des femmes et des filles ?

 

Une lutte récupérée

Au début des années 80, le mouvement prônant la décriminalisation de la prostitution au Canada et au Québec, dont faisaient partie les groupes membres du Comité canadien d’action des femmes, souhaitait faire disparaître la prostitution. Il voulait permettre aux femmes d’en sortir en mettant fin à la répression policière et populaire. En offrant la possibilité de faire de véritables choix, de moins en moins de femmes se retrouveraient victimes de ce type de violence. Bien que peu réaliste face au véritable intérêt de l’industrie du sexe de se « réinventer », cette approche se situait dans la lignée des luttes contre les violences envers les femmes.

Très rapidement, ce mouvement a été récupéré par une vague légitimant l’industrie du sexe. Ce lobby nous a éloigné des objectifs de lutte contre la violence envers les femmes pour se rapprocher d’une vision très « libérale » affirmant que l’industrie du sexe peut être libératrice, qu’on peut s’y émanciper et qu’après tout « ce n’est qu’un travail comme les autres ». En s’attardant à l’analyse portée par les groupes voulant décriminaliser totalement la prostitution, on remarque, entre autres, le rejet du concept de « victime ». C’est exactement là que le bât blesse.

La loi canadienne n’a jamais considéré la prostitution comme une atteinte aux droits humains des femmes, mais plutôt comme une atteinte aux mœurs de la société. La prostitution serait donc un crime sans victime. C’est commode pour l’industrie, mais cela entrave la possibilité de soutenir les milliers de femmes souhaitant sortir de la prostitution. Cela entretient aussi l’idée que les femmes sont là par choix alors que plusieurs d’entre elles, au Québec comme ailleurs, décrivent leur expérience dans la prostitution comme un continuum de violence et de manque de choix. Oserons-nous les entendre ?

Une troisième voie pour traiter de la prostitution juridiquement

En juin dernier, la Coalition des femmes pour l’abolition de la prostitution, dont nous sommes membres, a fait le choix d’une troisième voie et a plaidé pour une alternative aux lois prostitutionnelles qui criminalisent les femmes, dans le cadre de l’appel du jugement Bedford c. Canada rendu par la Cour supérieure de l’Ontario en septembre 2010. Nous avons rejeté à la fois la position de statu quo défendue par les procureurs généraux du Canada et de l’Ontario et celle des requérantes visant à invalider trois articles du code criminel qui légitimerait les proxénètes, les clients et les propriétaires de bordels. Nous avons plutôt soutenu que la Charte, interprétée en conformité avec les obligations internationales du Canada, exige l’adoption d’une criminalisation asymétrique de la prostitution.

Il est clair que la criminalisation des personnes prostituées les punit pour leur propre exploitation par les clients et les proxénètes et, en ce sens, il s’agit d’une mesure contrevenant aux droits des femmes à la sécurité et la liberté. Par contre, il serait illogique et contraire aux principes de justice fondamentale de décriminaliser les hommes qui exploitent la prostitution d’autrui en ayant ainsi la prétention de protéger les femmes prostituées contre ces mêmes hommes. Le danger posé au droit à la sécurité des personnes prostituées n’est pas fonction des lois qui criminalisent la prostitution comme le prétend l’industrie du sexe. Ce danger est plutôt imputable aux clients, aux proxénètes et aux profiteurs de tout genre de la prostitution.Si l’on reconnaît que la prostitution est violente et propage un message incitant à la violence envers les femmes, il est urgent que la cour réitère que personne n’a le droit constitutionnel d’acheter et de vendre le corps des femmes à des fins d’exploitation sexuelle.

La réalité de la prostitution

Une forte proportion de femmes, dont deux des trois requérantes dans la cause précitée, sont entrées dans la prostitution alors qu’elles étaient encore adolescentes. Les violences vécues, tels que les abus sexuels, sont des évènements qui facilitent l’entrée dans la prostitution. Le fait qu’elles soient encore dans la prostitution une fois adulte ne transforme pas tout à coup leur exploitation en «choix libre et éclairé» simplement parce qu’elles ont atteint 18 ans. Il relève de la mauvaise foi que d’affirmer qu’il n’y a pas de lien entre la prostitution juvénile et la prostitution adulte. Les nombreux témoignages des femmes fréquentant notre groupe nous amène à affirmer qu’au contraire, le fait d’avoir été happée par l’industrie du sexe à un plus jeune âge, amène plusieurs d’entre elles à être convaincues qu’elles ne « méritaient et ne méritent » que ça et devient un obstacle de plus à leur sortie.

La Cour de première instance a aussi omis, comme bien des personnes défendant l’industrie, de prendre en compte la violence inhérente à la prostitution, la surreprésentation des femmes autochtones dans la prostitution et les liens existant entre la prostitution et la traite des personnes à des fins d’exploitation sexuelle tant au niveau national qu’international.Il est tout aussi fallacieux de présenter les bordels comme des lieux sains et sécuritaires pour les femmes et d’opposer la prostitution de rue à la prostitution intérieure. Encore une fois, les femmes que nous rencontrons ne font pas la distinction. Très souvent, elles sont obligées de passer de l’une à l’autre pour une foule de raisons, mais sûrement pas pour être davantage en sécurité.

Un choix à faire

Comme société, nous sommes devant un choix. Pour sérieusement travailler à éliminer la violence envers les femmes, il faut en connaître tous les rouages et ne pas fermer les yeux sur la prostitution. Nous savons que des femmes dans l’industrie du sexe ou d’autres parlant en leur nom, affirment que leur sécurité et leur liberté dépendent de leur adhésion au fait que la prostitution est une réalité inchangeable. Qu’il n’y a tout simplement qu’à donner les moyens aux femmes prostituées pour être bien dans cette industrie. Une telle attitude nous empêche de voir et d’entendre celles, de plus en plus nombreuses, qui osent dénoncer cette industrie. Nous devons lutter contre la pauvreté et affronter l’industrie du sexe en l’accusant de participer à la violence envers les femmes. Souhaitons que la cour d’appel de l’Ontario nous en donne les moyens. Son jugement est attendu en décembre.

Diane Matte et Stéphanie Charron

pour la Concertation des luttes contre l’exploitation sexuelle

Communiqué: 12 jours d’actions pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes

 

Montréal, le 25 novembre 2011- Des organisations féministes lancent aujourd’hui la Campagne des 12 jours d’actions pour l’élimination de la violence envers les femmes par la publication d’un appel à l’action dans les médias écrits ainsi que le lancement d’une capsule vidéo sur le thème « La violence envers les femmes continue d’exister parce que…».

Les 12 jours d’action pour l’élimination de la violence envers les femmes

Cette campagne se déroule partout au Québec du 25 novembre, Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, au 6 décembre, Journée nationale de commémoration et d’action contre la violence faite aux femmes. Partout à travers le Québec, des groupes interpelleront de diverses façons la société québécoise pour dénoncer les entraves à l’élimination de cette violence.

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Communiqué: Le Collectif du 18 août souligne la Journée internationale de non-prostitution

Chicoutimi, le 4 octobre 2011 – Le 5 octobre, Journée internationale de non-prostitution, le Collectif du 18 août, organise une action publique visant à dénoncer toutes formes d’exploitation sexuelle, dont la prostitution.

Le Collectif du 18 août, regroupe des féministes abolitionnistes de divers horizons qui se mobilisent contre toutes formes d’exploitation sexuelle. Les militantes de ce collectif travaillent en collaboration avec des femmes ayant un vécu lié au milieu de la prostitution. Leur objectif est de faire connaître la position abolitionniste et susciter des changements sociaux visant à éliminer l’exploitation sexuelle.

L’an dernier, le collectif avait organisé une première journée de lutte contre l’exploitation sexuelle en mémoire de Nadia Caron, une jeune femme décédée alors qu’elle se prostituait dans une maison close le 18 août 2005.  Cette année, le Collectif invite la population à venir entendre les témoignages et analyses de trois femmes ayant un vécu lié au milieu de la prostitution.

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Pourquoi décriminaliser la prostitution n’est pas une solution

Par Laura Johnston, le 7 août 2011

Laura est une étudiante en droit qui a travaillé pour Janine Benedet, l’avocate de la Coalition des femmes pour l’abolition de la prostitution, une des parties ayant eu statut d’intervenante dans le pourvoi en appel de la décision Bedford c. Canada, entendu par la Cour d’appel de l’Ontario en juin 2011.

J’ai récemment travaillé comme assistante de recherche pour l’avocate de l’une des intervenantes au pourvoi Bedford c. Canada. Cette affaire est une contestation de la constitutionnalité de trois dispositions du Code criminel qui criminalisent des éléments de l’industrie de la prostitution. En bref, ces dispositions sont le fait de communiquer dans un lieu public à des fins de prostitution (qui criminalise essentiellement la prostitution de rue), la tenue d’une maison de débauche (qui criminalise les bordels) et le fait de vivre des produits de la prostitution (qui criminalise le fait de vivre en parasite de la prostitution d’une autre personne, c.-à-d. le proxénétisme).Les requérantes, Terri-Jean Bedford, Amy Lebovitch et Valerie Scott, ont soutenu que ces dispositions du Code criminel violaient l’article 7 de la Charte canadienne des droits et libertés – sur le droit à la vie, à la liberté et à la sécurité de la personne – d’une manière qui déroge aux principes de justice fondamentale. En septembre 2010, la juge Himel de la Cour supérieure de l’Ontario a conclu au caractère inconstitutionnel de ces trois dispositions et les a abrogées. Cette décision a été suspendue en attendant un pourvoi en appel, qui a été entendu en juin à la Cour d’appel de l’Ontario. La position des procureurs généraux du Canada et l’Ontario était que les lois actuelles sur la prostitution devraient rester exactement comme elles sont. La position des requérantes en première instance était que les trois dispositions devaient être abrogées. Nous attendons présentement la décision de la Cour d’appel de l’Ontario quant à savoir si la décision de la juge Himel sera confirmée ou infirmée.

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Lettre: Lettre au mouvement des femmes, aux féministes

Montréal, le 30 juin 2011

Face à une série d’attaques ciblées, parfois subtiles, d’autres fois lourdes, qui visent les féministes abolitionnistes, nous vous interpellons en tant que membres du mouvement féministe au Québec en vous demandant d’y réagir.

Les féministes abolitionnistes s’attaquent au caractère fondamentalement patriarcal, mais aussi raciste, capitaliste et colonialiste de l’institution de la prostitution. Leur travail politique d’éducation, de prévention et d’intervention vise à outiller plus de féministes à saisir que l’industrie du sexe est illégitime et qu’elle doit disparaître. Il consiste aussi à donner aux femmes le droit de s’extirper de la situation d’exploitation inhérente à cette industrie. Elles travaillent de concert avec les femmes qui sont ou ont été dans l’industrie du sexe afin de s’organiser, de collectiviser leur vécu et d’agir dans une visée de transformation sociale. Elles savent que toutes les féministes ne sont pas d’accord avec l’analyse qu’elles portent. Mais, elles revendiquent le droit d’exister, de penser et de travailler dans cette perspective.

Les féministes abolitionnistes sont dénigrées publiquement et traitées, dans divers milieux, tels que les universités (incluant de la part de professeurEs), les médias sociaux (pages Facebook d’individuEs ou de groupes, blogs, sites Web) comme étant : « des moralisatrices chrétiennes; de vieilles grosses laides qui n’ont rien à faire; des cinglées; des salopes et des nazies ». Des activités visant à faire connaître des outils de prévention d’entrée dans la prostitution s’adressant à un jeune public sont contestées, bien que ces outils impliquent des femmes qui auraient voulu bénéficier de ces mêmes ressources préventives. La publicité pour des services d’aide aux femmes exploitées sexuellement dans l’industrie du sexe est boycottée. Les féministes abolitionnistes luttent explicitement contre la violence masculine et elles se font dire qu’elles sont « dangereuses pour les femmes dans la prostitution » et, dernière injure, elles seraient « violentes envers les femmes dans la prostitution !!! ».

Des féministes qui prennent le risque de nommer et dénoncer la violence des hommes, des féministes ayant subi la violence des milliers d’hommes dans la prostitution, pendant 10, 20 ou plus de 30 ans, parfois dès l’âge de 2 ans, sont traitées de violentes envers d’autres femmes. Peu importe notre vécu ou notre expérience, nous croyons que de tout temps, il a été et est inacceptable de tolérer que des féministes utilisent des tactiques visant à museler d’autres féministes même lorsque nous avons des désaccords. C’est pourtant ce qui se passe présentement.

Ces stratégies sont indignes d’un mouvement où l’on souhaite avoir des débats et faire des réflexions communes nous menant vers de nouvelles actions ou un renforcement du féminisme. Il est inacceptable de dire que les féministes abolitionnistes sont violentes envers les femmes dans la prostitution. C’est d’autant plus inacceptable pour celles d’entre elles ayant été dans la prostitution!! Ces tactiques ont pour but de les faire taire et font aussi en sorte que certaines femmes et, particulièrement des féministes, hésitent à prendre position, car elles ne veulent pas être prises dans cet étau et vivre les pressions qui en découlent. Ces mêmes tactiques empêchent aussi des femmes dans la prostitution d’avoir accès à une autre perspective et d’autres choix. Évidemment, les féministes abolitionnistes n’ont pas l’intention de se taire.

De plus, depuis les 20 dernières années, au Québec, il a été très difficile de trouver l’espace pour présenter l’analyse féministe abolitionniste. Certaines reprochent aux féministes abolitionnistes d’être trop radicales ou « agressives » dans la défense de leurs idées. D’autres trouvent que le débat est trop émotif et ne veulent pas avoir à prendre position pour diverses raisons : peur du conflit et de la division possible dans leur groupe et/ou dans le mouvement, peur de ne pas respecter les femmes qui ont un vécu en lien avec la prostitution, etc. Même si les féministes abolitionnistes déplorent cet état de fait et espèrent, par leurs actions, permettre à de plus en plus de femmes de considérer que l’analyse féministe abolitionniste est la plus cohérente avec les idéaux de liberté, d’égalité et de solidarité, elles respectent le libre arbitre des individuEs ou des groupes à se positionner.

En tant que signataires, nous aimerions cependant entendre des féministes s’élever, de façon solidaire, contre les tactiques de dénigrement et de boycott. Nous réitérons que nous respectons le fait que certaines féministes n’aient pas la même analyse que les féministes abolitionnistes. Par contre, traiter les féministes abolitionnistes de tous les noms, les « étudier » comme phénomène de violence envers les femmes, appeler à boycotter des organismes comme la Concertation des luttes contre l’exploitation sexuelle au nom du danger que les féministes abolitionnistes représenteraient pour les femmes dépasse toutes les bornes.

Le mouvement féministe n’est pas uniforme dans ses pensées, ses priorités et ses actions. Il nous semble cependant qu’aucun autre sujet pouvant nous diviser comme mouvement féministe, sauf la prostitution, ne semble susciter une aussi grande réaction d’un côté et un aussi grand silence de l’autre.

C’est pourquoi nous vous interpellons aujourd’hui pour que cessent ces tactiques et que nous puissions débattre, librement. C’est tout particulièrement important dans le processus des États généraux du féminisme. Nous vous demandons de ne plus tolérer ou endosser le dénigrement et de ne participer d’aucune façon au muselage de la position féministe abolitionniste. Quelles que soient les analyses portées par certains groupes féministes, quels que soient les enjeux, nous vous demandons d’agir quand ces groupes se font traiter de « cinglés » ou de « violents ». Certaines n’aiment peut-être pas entendre les féministes abolitionnistes, comme ces dernières n’aiment pas entendre des féministes défendre l’industrie du sexe. Les féministes abolitionnistes ne peuvent cependant les empêcher de parler et d’agir selon leurs convictions et ont droit au même traitement. C’est sur le plan des idées que nous devons mener nos discussions.

Plus spécifiquement, nous vous demandons à titre individuel de :

· Signer cette lettre (peu importe votre position sur la question de la prostitution);

· Dénoncer le dénigrement des féministes abolitionnistes lorsque vous en êtes témoin dans les espaces de discussion (que ce soit lors de réunions ou dans les médias sociaux);

· Vous engager à favoriser un espace exempt d’intimidation et de dénigrement lors des États Généraux du féminisme.

Version anglaise de la lettre

145 signatures au 21 novembre 2011

Signé par :

Rita Acosta, Montréal

Edwige Affaa, Montréal

Milaine Alarie, Gatineau

Élaine Audet, Montréal

Elena Beauchamp, Winnipeg

Émilie Beauchesne, Montréal

Isabelle Bélanger, Gatineau

Josée Belisle, Val D’Or

Marie-Ève Campbell, Montréal

Louise Caroline Bergeron, Sept-Îles/Montréal

Stéphanie Benoit-Huneault, Montréal

Louky Bersianik, Montréal

Linda Bérubé, Rimouski

Mélissa Blais, Montréal

Annie Blouin, Granby

Linda Boisclair, Montréal

Annick Boissonneault, Val D’or

Claudia Bouchard, Chicoutimi

Vanessa Bouchard, Roberval

Lyne Bouchard, Gatineau

Carole Boulebsol, Montréal

Véronique Bourgeois, Montréal

Suzanna Bravo, Montréal

Chantal Brassard, Granby

Michèle Briand, Montréal

Pascale Brosseau, Québec

Louise Brien, Mont-Laurier

Marie-Ève Campbell, Montréal

Micheline Carrier, Montréal

Pamela Carrier, Joliette

April Carrière, Ottawa

Carole Cayer, Châteauguay

Stéphanie C. (qui a été 14 ans dans l’industrie du sexe), Montréal

Dolores Chew

Chantal Cholette, Gatineau

Stephanie Chretien-Gaudreau, Sudbury

Louisa Cloutier, Roberval

Marie Constantineau, Montréal

Denise Côté, Montréal

Paulette Côté, Rouyn-Noranda

Gisèle Dallaire-Larouche, Notre-Dame-du-Nord

Anne-Marie Dessureault, Montréal

Louise Dionne, Montréal

Michèle Diotte, Gatineau

Annick Dockstader, Montréal

Kim Dockstader, Montréal

Marie D. (qui a été 15 ans dans l’industrie du sexe), Montréal

Lyne Duplain, La Malbaie

Guylaine Duval, Chicoutimi

Isabelle Dubé, Gatineau

Jacynthe Dubien, Montréal

Lyne Filion, Montréal

Kathy Fougère, Rimouski

Laurence Fortin-Pellerin, Montréal

Isabelle Fournier, Rimouski

Julie Frappier,Val D’Or

Adéline Gagné, Sept-îles

Louise Gagné, Montréal

Joane Garon , Rimouski

Rachel Gaudreau, Gatineau

Geneviève Gendron-Nadeau, Gatineau

Annick Girard, Joliette

Thérèse Gravel, Montréal

Sonya Grenier, Val d’Or

Véronique Grenier, Ottawa

Geneviève Guernier, Montréal

Katherine Hébert-Métthé, Montréal

Anne-Marie Hétu, Joliette

Saleema Hutchinson, Montréal

Chantal Ismé, Montréal

Ghislaine Jolivet, Roberval

Claudia Juteau, Ste-Agathe

Ludmila Karabacijska, Montréal

Nicole Kennedy, Montréal

Judy Lafontaine, Val d’Or

Suzelle Lambert, Trois-Pistoles

Ève Lamont, Montréal

Mahée Lamoureux, Montréal

Ève-Marie Lampron, Montréal

Marie-Danielle Larocque, Sherbrooke

Geneviève Larouche, Chicoutimi

Nathalie Latour, Joliette

Marie-Josée Lavoie, Montréal

Émilie Lavoie-Gagnon, Chicoutimi

Candice Lawrence, London

Anne-Évangéline Leblanc, Montréal

Carole Leblanc, Montréal

Patricia L., Montréal

Silvie Lemelin, Victoriaville

Patricia Létourneau, Roberval

Michèle Léveillé, Gatineau

Sandra Lévesque,Val d’Or

Lilian Lopez, Montréal

Beth Lyons, Moncton, NB

Beth Lyons, Moncton New Brunswick

Tina Mapachee, Val d’Or

Maude Marcaurelle, Montréal

Mélanie Martel, Sept-îles

Sarah Martin-Roy, Québec

Diane Matte, Montréal

Martine Michel, Sept-îles

Josianne Milette, Montréal

Marie-Lyne Monette, Chicoutimi

Amelia Moreno Suarez, Montréal

Hélène Ouellette, Montréal

Marie-Hélène Ouellette, Ste-Agathe

Patricia, Montréal

Alexandra Pelletier, Montréal

Rosa Pires, Montréal

Valérie Plasse, Montréal

Ana Popovic, Montréal

Valérie Proulx,Val d’Or

Andrea Quinlan, Toronto

Sandrine Ricci, Montréal

Nathalie Ricard, Montréal

Chantal Robitaille, Châteauguay

Pascale Romain, Montréal

Justine Rouse-Lamarre, Montréal

Michèle Roy, Montréal

Shanie Roy, Montréal

Chantal Ruel, Ste-Agathe

Michèle St-Amand, Montréal

Isabelle St-Martin, Mont-Laurier

Anik Salas

Lisa Sharik, St. Catharines

Amna Siddiqui, Toronto

Sadeqa Siddiqui, Montréal

Nathalie Simard, Baie-Comeau

Carole Smith, Ottawa

Geneviève Szczepanik, Montréal

Carole Thériault, Granby

Adama Touré, Toronto

Joëlle Trahan, Montréal

Caroline Tremblay, Chicoutimi

Karine Tremblay, Montréal

Joane Turgeon, Montréal

Anne-Marie Turmel

Adina Ungureanu, Montréal

Janelle Velina, Toronto

Thérèse Villeneuve, Montréal

Marie-Andrée Vinet, Montréal

Ariane Vinet-Bonin, Montréal

Marv Wheale, Vancouver

Rosalind Wong, Montréal

Diana Yaros, Montréal

Lettre: Letter to the feminist movement

Montréal, June 23, 2011

In the wake of a series of targeted attacks–sometimes subtle, other times blatant–aimed at abolitionist feminists, we call on you, as members of the feminist movement in Québec, to react.

Abolitionist feminists address the fundamentally patriarchal but also racist, capitalist and colonialist nature of the institution of prostitution. The purpose of their political education, prevention and intervention work is to equip feminists with information and tools to enable them to argue that the sex industry is illegitimate and must be eradicated. They also seek to ensure that women have the right to extricate themselves from the exploitative conditions inherent to this industry. They work with women who are or were in the sex industry to organize, pool experiences and act for social transformation. They know that all feminists do not agree with their analysis. But they demand the right to exist, think and work from this perspective.

 

Abolitionist feminists are publicly denigrated, and, in diverse settings such as universities (including professors) and the social media (individuals’ and group Facebook pages, blogs, websites), are characterized as: “moralizing Christians; old, fat and ugly women who have nothing to do; crazies; sluts and Nazis.” Activities addressing young audiences that are designed to publicize resources for preventing young people from entering into prostitution are criticized, even though these resources are aimed at women who could benefit from these same prevention resources. Ads or announcements about helping services for women who are being sexually exploited in the sex industry are boycotted. Abolitionist feminists are explicitly combatting male violence, yet they are told they are “endangering women in prostitution,” and–the ultimate insult–that they are “committing violence against women in prostitution!”

Feminists who take the risk of naming and denouncing men’s violence, and feminists who have endured the violence of thousands of men in prostitution for periods of 10, 20, even 30 years or more–sometimes from the age of 2–are accused of committing violence against other women. Regardless of our past or our experience as feminists, we believe that it is always, and has always been, unacceptable to tolerate feminists’ use of tactics designed to silence other feminists, even when we are in disagreement. Yet, that is exactly what is happening right now.

These strategies are unbefitting a movement that seeks collective debate and thinking that will lead to new actions and an enhanced feminist practice. It is unacceptable to say that abolitionist feminists are committing violence against women in prostitution. It is even more unacceptable when it is directed against feminists who have a past experience of prostitution! The purpose of these tactics is to silence women and it also means that some women, especially feminists, are reluctant to take a position because they don’t want to be caught up in this pressure cooker. The same tactics also prevent women in prostitution from having access to another perspective and other choices. Of course, abolitionist feminists have no intention of shutting up.

In fact, for the last 20 years in Québec, it has been very difficult to find space in which to present abolitionist feminist analysis. Some women object that abolitionist feminists are too radical or “aggressive” in defending their ideas. Others think that the debate is too emotional and don’t want to have to take a position for various reasons: fear of conflict and possible divisions in their group and/or the movement, fear of not respecting women with past experience of prostitution, etc. Even though abolitionist feminists deplore this situation and hope, through their actions, to enable increasing numbers of women to understand that abolitionist feminist analysis is most consistent with their principles of liberty, equality and solidarity, they respect the right of individual women and groups to arrive at their own position.

As signatories, we would nevertheless like feminists to exhibit feminist solidarity by opposing the tactics of denigration and boycotting. We reiterate our respect for the fact that some feminists do not share the analysis of feminist abolitionists. But to call abolitionist feminists names, to “study” them as a phenomenon of violence against women, and to call for a boycott of groups like the Concertation des luttes contre l’exploitation sexuelle on the pretext that abolitionist feminists are a danger to women far exceeds the threshold of fair and reasoned debate.

The feminist movement is not homogeneous in its thinking, priorities or actions. But unlike any other subject that could ostensibly divide us as a feminist movement, prostitution seems to elicit an enormous reaction on one side and devastating silence on the other.

This is why we are calling on you today to help put an end to these tactics so that we can debate freely. This is particularly important in the context of the Estates General of Feminism process. We are asking you to refuse to tolerate or endorse this denigration or to participate in any way in silencing feminist abolitionist discourse. Whatever the analysis of certain feminist groups or the issues at stake, we are asking you to act when these groups are treated as “crazy” or “violent.” Some women may not like to hear the feminist abolitionists talk. Abolitionists, for their part, do not enjoy hearing feminists defending the sex industry. But, abolitionist feminists cannot prevent women from talking and acting on their convictions and they are entitled to be treated likewise. Our discussions need to centre on ideas.

More specifically, we ask you to:

·        Sign this letter (no matter what you think about prostitution);

·        Denounce the denigration of feminist abolitionists when you witness this behaviour in discussion forums (meetings or social media);

·        Commit to working for a space free of intimidation and denigration within the États Généraux du féminisme.

French Version

 

145 signatures on November 21st, 2011

Signed by:

Rita Acosta, Montréal

Edwige Affaa, Montréal

Milaine Alarie, Gatineau

Élaine Audet, Montréal

Elena Beauchamp, Winnipeg

Émilie Beauchesne, Montréal

Isabelle Bélanger, Gatineau

Josée Belisle, Val D’Or

Marie-Ève Campbell, Montréal

Louise Caroline Bergeron, Sept-Îles/Montréal

Stéphanie Benoit-Huneault, Montréal

Louky Bersianik, Montréal

Linda Bérubé, Rimouski

Mélissa Blais, Montréal

Annie Blouin, Granby

Linda Boisclair, Montréal

Annick Boissonneault, Val D’or

Claudia Bouchard, Chicoutimi

Vanessa Bouchard, Roberval

Lyne Bouchard, Gatineau

Carole Boulebsol, Montréal

Véronique Bourgeois, Montréal

Suzanna Bravo, Montréal

Chantal Brassard, Granby

Michèle Briand, Montréal

Pascale Brosseau, Québec

Louise Brien, Mont-Laurier

Marie-Ève Campbell, Montréal

Micheline Carrier, Montréal

Pamela Carrier, Joliette

April Carrière, Ottawa

Carole Cayer, Châteauguay

Stéphanie C. (qui a été 14 ans dans l’industrie du sexe), Montréal

Dolores Chew

Chantal Cholette, Gatineau

Stephanie Chretien-Gaudreau, Sudbury

Louisa Cloutier, Roberval

Marie Constantineau, Montréal

Denise Côté, Montréal

Paulette Côté, Rouyn-Noranda

Gisèle Dallaire-Larouche, Notre-Dame-du-Nord

Anne-Marie Dessureault, Montréal

Louise Dionne, Montréal

Michèle Diotte, Gatineau

Annick Dockstader, Montréal

Kim Dockstader, Montréal

Marie D. (qui a été 15 ans dans l’industrie du sexe), Montréal

Lyne Duplain, La Malbaie

Guylaine Duval, Chicoutimi

Isabelle Dubé, Gatineau

Jacynthe Dubien, Montréal

Lyne Filion, Montréal

Kathy Fougère, Rimouski

Laurence Fortin-Pellerin, Montréal

Isabelle Fournier, Rimouski

Julie Frappier,Val D’Or

Adéline Gagné, Sept-îles

Louise Gagné, Montréal

Joane Garon , Rimouski

Rachel Gaudreau, Gatineau

Geneviève Gendron-Nadeau, Gatineau

Annick Girard, Joliette

Thérèse Gravel, Montréal

Sonya Grenier, Val d’Or

Véronique Grenier, Ottawa

Geneviève Guernier, Montréal

Katherine Hébert-Métthé, Montréal

Anne-Marie Hétu, Joliette

Saleema Hutchinson, Montréal

Chantal Ismé, Montréal

Ghislaine Jolivet, Roberval

Claudia Juteau, Ste-Agathe

Ludmila Karabacijska, Montréal

Nicole Kennedy, Montréal

Judy Lafontaine, Val d’Or

Suzelle Lambert, Trois-Pistoles

Ève Lamont, Montréal

Mahée Lamoureux, Montréal

Ève-Marie Lampron, Montréal

Marie-Danielle Larocque, Sherbrooke

Geneviève Larouche, Chicoutimi

Nathalie Latour, Joliette

Marie-Josée Lavoie, Montréal

Émilie Lavoie-Gagnon, Chicoutimi

Candice Lawrence, London

Anne-Évangéline Leblanc, Montréal

Carole Leblanc, Montréal

Patricia L., Montréal

Silvie Lemelin, Victoriaville

Patricia Létourneau, Roberval

Michèle Léveillé, Gatineau

Sandra Lévesque,Val d’Or

Lilian Lopez, Montréal

Beth Lyons, Moncton, NB

Beth Lyons, Moncton New Brunswick

Tina Mapachee, Val d’Or

Maude Marcaurelle, Montréal

Mélanie Martel, Sept-îles

Sarah Martin-Roy, Québec

Diane Matte, Montréal

Martine Michel, Sept-îles

Josianne Milette, Montréal

Marie-Lyne Monette, Chicoutimi

Amelia Moreno Suarez, Montréal

Hélène Ouellette, Montréal

Marie-Hélène Ouellette, Ste-Agathe

Patricia, Montréal

Alexandra Pelletier, Montréal

Rosa Pires, Montréal

Valérie Plasse, Montréal

Ana Popovic, Montréal

Valérie Proulx,Val d’Or

Andrea Quinlan, Toronto

Sandrine Ricci, Montréal

Nathalie Ricard, Montréal

Chantal Robitaille, Châteauguay

Pascale Romain, Montréal

Justine Rouse-Lamarre, Montréal

Michèle Roy, Montréal

Shanie Roy, Montréal

Chantal Ruel, Ste-Agathe

Michèle St-Amand, Montréal

Isabelle St-Martin, Mont-Laurier

Anik Salas

Lisa Sharik, St. Catharines

Amna Siddiqui, Toronto

Sadeqa Siddiqui, Montréal

Nathalie Simard, Baie-Comeau

Carole Smith, Ottawa

Geneviève Szczepanik, Montréal

Carole Thériault, Granby

Adama Touré, Toronto

Joëlle Trahan, Montréal

Caroline Tremblay, Chicoutimi

Karine Tremblay, Montréal

Joane Turgeon, Montréal

Anne-Marie Turmel

Adina Ungureanu, Montréal

Janelle Velina, Toronto

Thérèse Villeneuve, Montréal

Marie-Andrée Vinet, Montréal

Ariane Vinet-Bonin, Montréal

Marv Wheale, Vancouver

Rosalind Wong, Montréal

Diana Yaros, Montréal

Communiqué: L’atteinte à la sécurité des femmes au cœur de la prostitution

Montréal, le 9 juin 2011 – La Coalition pancanadienne féministe abolitionniste, composée de sept organisations féministes revendiquant l’atteinte de l’égalité entre les femmes et les hommes, interviendra, jeudi le 16 juin 2011, à la Cour d’appel de l’Ontario dans la cause Bedford c. Canada.

La Coalition rejette à la fois la position de statu quo défendue par les Procureurs généraux du Canada et de l’Ontario (les appelants) et celle des requérantes (les intimées) visant à invalider les dispositions mises en cause. La Coalition plaidera pour une interprétation alternative de la constitutionalité des lois qui criminalisent présentement les personnes prostituées. Les dispositions du Code criminel mises en cause ne sont inconstitutionnelles que lorsqu’appliquées aux personnes prostituées et non pas lorsqu’elles sont appliquées aux proxénètes et aux clients.La Coalition demandera à la Cour de reconnaître que, particulièrement dans le présent contexte d’inégalité systémique entre les femmes et les hommes, personnen’a le droit constitutionnel d’acheter et de vendre le corps des femmes à des fins d’exploitation sexuelle. Elle demandera donc à la Cour de ramener la question de l’égalité au cœur des changements nécessaires au code criminel canadien.

En effet, la Coalition soutiendra que le Canada a l’obligation constitutionnelle de protéger l’égalité des femmes et devrait par conséquent décriminaliser celles qui sont amenées à la prostitution, notamment en raison de leur sexe, de leur pauvreté, de leur origine raciale ou autochtone et de leur statut d’immigrante. La porte-parole de la CLES, Diane Matte, affirme à ce sujet : « Nos attentes sont de pouvoir revenir à la question de fond concernant la légitimité de l’achat d’actes sexuels. Le modèle nordique développé par la Suède, la Norvège et l’Islande, démontre que l’atteinte de l’égalité entre les femmes et les hommes nécessite de remettre en question la marchandisation du corps et de la sexualité des femmes ».

D’autre part, la Coalition exigera du gouvernement canadien qu’il continue de criminaliser les personnes qui en exploitent d’autres. C’est donc au nom de l’égalité des femmes et avec la détermination de remporter la lutte contre l’exploitation sexuelle commerciale que la Coalition se présentera en Cour d’appel. Des représentantes de toutes les organisations membres de la Coalition seront présentes et disponibles pour les médias.

Membres de la Coalition :

  1. La CLES – Concertation des luttes contre l’exploitation sexuelle
  2. RQCALACS – Regroupement québécois des centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel
  3. ACCCACS – Association canadienne des centres contre les agressions à caractère sexuel
  4. AOcVF – Action ontarienne contre la violence faites aux femmes
  5. NWAC – Association des femmes autochtones du Canada
  6. ACSEF – Association canadienne des Sociétés Elizabeth Fry
  7. VRRWS – Vancouver Rape Relief and Women Shelter

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Communiqué: La prostitution est-elle bonne pour la santé des femmes et leur épanouissement ?

Québec, 3 avril 2011 – Chaque premier jeudi du mois La Maison de Marthe et le Carrefour d’animation et de participation à un monde ouvert (CAPMO) invitent les citoyennes et les citoyens de Québec à participer à leur Cercle de silence. Ce jeudi 7 avril, au coin des rues Saint-Joseph et du Parvis, de 17h30 à 18h30 se tiendra notre 23ième Cercle de silence.

En cette Journée internationale de la santé, la question se pose : si la prostitution est saine et épanouissante pour les femmes qui la pratiquent, celles-ci sont-elles en santé et sexuellement épanouies ?

Pour se prostituer, se laisser toucher, pénétrer par des hommes qui ne sont rien pour elles et pour qui elles ne sont rien, ces femmes se dissocient mentalement en effectuant une rupture affective avec elles-mêmes et avec les autres, entraînant ainsi une désensibilisation progressive de leur corps. Ce mécanisme mental de protection et de distanciation du ‘client’ aboutit avec le temps à une désensibilisation totale de leur corps appelé décorporalisation[1]. Parce que la sensibilité est le fondement de la connaissance de soi et de la construction de sa liberté, perdre sa sensibilité c’est perdre le canal qui permet de se ressentir dans sa nature d’être humain. Comment des femmes qui se détournent et se dissocient d’elles-mêmes pour servir des demandes sexuelles de ‘clients’ peuvent-elles être en santé ? La prostitution se fait sur elles, dans elles, à travers elles : c’est l’entièreté de l’être qui est concernée. Ainsi s’impose le constat qu’en sa qualité d’être humain, nulle personne ne peut offrir des ‘services sexuels’ sans encourir des dommages sur elle-même.

Chaque jour à La Maison de Marthe ce sont des femmes brisées, démolies physiquement, psychologiquement, mentalement et socialement par la prostitution qui appellent à l’aide, des femmes en grande détresse intérieure, ayant perdu le respect et l’estime d’elles-mêmes, présentant des idées suicidaires, qui passent à l’acte; ces femmes observent avec inquiétude l’érosion de leur désir sexuel, l’anéantissement complet de leur vie sexuelle, la confusion de leur identité sexuelle; ce sont des survivantes qui présentent des symptômes du syndrome de stress post-traumatique qui apparaissent à la suite de violents traumatismes. Et ce ne sont là que quelques unes des conséquences parmi bien d’autres. Ces conséquences sont méconnues, niées, banalisées par les ‘clients’ et les proxénètes qui ne subissent aucune de ces séquelles.

D’une durée d’une heure, le Cercle de silence est une manifestation pacifique pour dénoncer la banalisation de la prostitution et développer la conscience, la solidarité et l’empathie envers les personnes qui sont ou se sont prostituées. Ce silence se veut être un cri d’alarme sur la présence sournoise de la prostitution, sa réalité, sa gravité et ses conséquences, tant pour les individus qui la pratiquent que pour les sociétés qui la tolèrent. Venez vous joindre à nous, nous avons besoin de vous.

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Sources :

Rose Dufour, Maison de Marthe, 418 523-1798

Yves Carrier, Carrefour d’animation et de participation à un monde ouvert (CAPMO), 418 525-6187, poste 221


[1] Judith Trinquart La décorporalisation dans la pratique prostitutionnelle, un obstacle majeur à l’accès aux soins. 2002. http://ecvf.online.fr/spip.php?article72

Communiqué: Les participantes du Tribunal populaire se prononcent massivement contre l’industrie du sexe

Montréal, le 20 mars 2011 – Pendant trois journées consécutives, 200 personnes ont pris part aux discussions du Tribunal populaire sur l’exploitation sexuelle commerciale et ont passé à la loupe les impacts de l’industrie du sexe sur les femmes et l’ensemble de la société. De nombreuses femmes ont témoigné de leur vécu et ont dénoncé la violence physique et psychologique de la prostitution dans le cadre de ce rassemblement organisé par la CLES – Concertation des luttes contre l’exploitation sexuelle. Elles ont rendu compte de l’horreur qu’elles ont vécue et des obstacles rencontrés pour s’en sortir. Ces témoignages ont été suivis du lancement du manifeste des survivantes pour un monde sans prostitution que toutes ces survivantes sont invitées à lire et à signer. Les auteures du manifeste ont clairement exprimé que la prostitution est une entrave à la dignité et à l’égalité entre les hommes et les femmes, qu’elle est loin de relever, dans la plupart des cas, d’un choix libre et éclairé.

À la suite de ces témoignages, les participantes ont formulé des chefs d’accusations qui touchent à des aspects tels la mondialisation, la traite, le racisme, l’utilisation de la sexualité des lesbiennes, les agressions sexuelles, la prostitution juvénile. Ces accusations ont été formulées contre des acteurs, comme le gouvernement canadien, ses services d’immigration, les clients-prostitueurs, l’industrie du sexe. Elles se sont particulièrement intéressées à la prostitution des femmes autochtones. Suite aux présentations de Cherry Smiley et Laura Holland de AWAN – Aboriginal Women’s Action Network – ainsi que du Comité Mikona, des mises en accusations et des recommandations particulières ont été formulées pour mettre fin au féminicide des autochtones dont est complice l’industrie du sexe.

Sur leurs recommandations, le jury a exigé des hommes de faire de meilleurs choix, de ne pas tuer, de ne pas acheter de femmes ni d’enfants et de ne pas consommer la pornographie. Le jury a retenu le chef d’accusation principal contre l’industrie du sexe et l’a déclaré coupable d’exploiter les femmes en reproduisant des rapports de domination et en propageant une culture de la violence envers les femmes. Il a recommandé que des moyens soient mis en œuvre afin de permettre un dialogue véritable entre les féministes de toutes les tendances et la société en général pour que soit rendu possible le libre choix de ne jamais être victime d’exploitation sexuelle.

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Communiqué: Pan Canadian Feminist Abolitionnist Coalition

Vancouver, March 11th 2011 – Today, in the Ontario Court of Appeal, a pan Canadian coalition of seven women’s groups, seeking equality as guaranteed in the Constitution, will intervene in the Bedford case. The coalition using the comprehensive, experience and expertise of its members has committed to an alternative. Together they argue an alternative both to the prostitution laws that criminalize the poorest and most disadvantaged women while rejecting the proposal to legitimate pimps, johns and bawdy house owners at the cost of women’s constitutional rights to equality.

The coalition claims that Canada has in the Constitution, an obligation to protect the equality of women and should therefore decriminalize those who are channeled to prostitution including by their sex, poverty and race; that is by their disadvantage.

“Aboriginal women are over represented and victimized in the sex industry, which testifies to the link between racism and misogyny in prostitution,” says Jeannette Corbiere Lavell, President of the Native Women’s Association of Canada. On the other hand she says, “Decriminalizing the industry will only expand the illegal and legal trade of buying and selling women.” It would make life worse for the most disadvantaged women.

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Lettre: Que devenons-nous?

Depuis le jugement de la juge Susan Himel de la Cour supérieure de l’Ontario, en septembre dernier, on parle beaucoup, au Canada, de la décriminalisation totale de la prostitution. Même l’Institut Simone de Beauvoir prend position pour la décriminalisation, dans le but de défendre le choix de certaines femmes.

S’il m’apparaît nécessaire que les femmes dans la prostitution ne soient plus criminalisées, il m’apparaît toutefois inacceptable que les clients et les proxénètes puissent agir en toute impunité. C’est le modèle abolitionniste scandinave qui m’apparaît la meilleure réponse au problème de la prostitution: aidons les femmes à en sortir, mais punissons et éduquons les hommes qui exploitent sexuellement les femmes qui ont besoin d’argent.

Faisons la promotion de l’égalité entre hommes et femmes et d’une sexualité désirée, réciproque et qui n’est liée à aucun contrat ou échange pour des biens hétérogènes. Visons une société dans laquelle le sexe ne s’achète pas, pour la simple raison que la sexualité doit pouvoir être refusée à n’importe quel moment, ce qui la rend impropre au contrat et au monde du travail.

Quels seront les impacts à long terme d’une banalisation de la prostitution dans un contexte d’inégalité entre hommes et femmes? En Russie, la prostitution est à ce point banalisée que c’est pratiquement devenu un mode de vie pour les jeunes filles d’échanger constamment des faveurs sexuelles contre de l’argent et des biens de consommation fournis par des garçons. Aux Pays-Bas, des infirmières se font demander des services sexuels depuis que la prostitution a été légalisée. Dans tous les quartiers de prostitution au monde, les résidantes s’y font davantage harceler (on les confond avec des femmes dans la prostitution).

En Nouvelle-Zélande, où on a décriminalisé totalement la prostitution, on peut «magasiner» du sexe dans la rue des jeunes prostituées, la rue des «vieilles», la rue des étrangères, la rue des transsexuelles, etc. Aux Pays-Bas, elles sont derrière des vitrines. On pense à des bêtes de foire, à du bétail. Elles sont déshumanisées.

La prostitution ne pourra jamais n’être «qu’un travail»: elle s’inscrit dans les rapports entre hommes et femmes, elle devient une «culture», un «mode de vie», une marchandisation du corps, une défaite du féminisme, un renoncement à l’éthique. Que devient le viol dans une société qui a accepté qu’une pénétration puisse être un simple geste de travail? Pas plus grave qu’une claque au visage, la sexualité n’étant alors plus perçue comme une dimension importante du soi (du moins, elle ne l’est plus pour les femmes, car pour les hommes clients, il semblerait bien qu’elle le soit toujours…).

Que devient le harcèlement sexuel? Une simple tâche sexuelle ajoutée aux autres tâches de travail. Comment alors s’opposer au harcèlement sexuel (dont la dénonciation, avec celle du droit de cuissage, a été une des grandes victoires du féminisme)? Que devient la relation de couple? Du «travail sexuel» à domicile. Que deviennent les étudiantes, les travailleuses (les vraies)? Des personnes à qui on peut donner des diplômes et des promotions en échange de faveurs sexuelles. Que deviennent les femmes qui résistent et qui n’ont de rapports sexuels (gratuits) que lorsqu’elles le désirent? Des «bénévoles» méprisées et ridiculisées parce qu’elles font une concurrence déloyale aux «travailleuses du sexe». Que deviennent les hommes qui ne payent pas pour leurs rapports sexuels? Des avares qui ne respectent pas le «travail du sexe», voire des voleurs.

Que devient le monde? Un monde sexiste, brutal, qui ne se soucie guère que les femmes ne considèrent plus leur sexualité comme un plaisir et qu’elles la perçoivent plutôt comme un service humiliant à rendre aux hommes afin de survivre. Que devient votre fille, que devient votre petite-fille dans ce monde-là? Que devenons-nous?

Rhéa Jean – Candidate au doctorat en philosophie à l’Université de Sherbrooke et membre fondatrice de la Concertation des luttes contre l’exploitation sexuelle (CLES)

À l’intérieur

Comment expliquer la prostitution vécue à l’intérieur dans un monde qui ne veut pas entendre – fait-on appel aux statistiques, à des métaphores, faut-il décrire des scènes horribles – ou retombe-t-on simplement dans le silence ?

Comment expliquer que tant de gens tiennent à affirmer que c’est sécuritaire ou à tout le moins plus sécuritaire que d’être dans la rue.

Au moment où mon cœur s’effondre de douleur et d’incompréhension, je peux m’exclamer : comment diable pourrait-ce être plus sécuritaire?

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Communiqué: Journée internationale de non-prostitution – Partout au Canada, plusieurs groupes s’unissent pour dire NON à la prostitution

Montréal, le 4 octobre 2012 – À l’occasion de la journée internationale de non-prostitution, mardi 5 octobre, plusieurs groupes canadiens invitent la population à manifester ses préoccupations et son mécontentement quant à la récente décision de la Juge Himel. À Montréal, l’évènement aura lieu devant le palais de justice à 12h et rassemblera des femmes ayant vécu l’exploitation sexuelle et des personnes solidaires à leur cause pour dire NON à l’exploitation sexuelle commerciale et OUI à la responsabilisation des clients-prostitueurs et des proxénètes.

Les associations profitent de cette journée pour ouvrir une réflexion critique sur les lois canadiennes encadrant le système prostitutionnel tout en dénonçant les violences physiques, psychologiques, économiques et symboliques qui en découlent. Elles exigent des alternatives viables à la marchandisation sexuelle des personnes. Il faut dire non à ce jugement qui continue la criminalisation des femmes prostituées dans la rue et encourage la création de bordels cache-misères. Dans son jugement la juge Himel reconnaît que ces dernières sont abusivement criminalisées et que la prostitution est violente. Malgré cela, la juge ouvre la porte des bordels aux clients-prostitueurs, qui désormais pourront impunément prostituer des femmes en toute discrétion.

En fait, ce jugement démontre le caractère hypocrite de la législation qui sous prétexte de protéger les personnes prostituées, autorise surtout les souteneurs, proxénètes et trafiquants à capitaliser sur l’exploitation sexuelle du corps d’autrui. Il indique aux clients, majoritairement des hommes, qu’ils peuvent acheter la sexualité des individuEs sans aucune considération pour les impacts et les violences entraînées par ces pratiques d’objectification. Ce jugement ne change donc rien à la protection des personnes prostituées, qui continueront d’être isolées, marginalisées et cachées.

De plus, c’est le travail de prévention auprès des jeunes qui est menacé en affirmant que la prostitution est inévitable et banale sous la justification qu’elle existe depuis plusieurs siècles. Un travail pourtant nécessaire et important car la grande majorité des femmes prostituées au Canada commencent alors qu’elles sont adolescentes. Les plaignantes mêmes qui ont engagé cette bataille juridique ont été prostituées alors qu’elles étaient mineures.

Le jugement ouvre également des portes à une exploitation accrue des femmes provenant des pays pauvres en encourageant la traite interne et internationale. Si cette décision devait s’appliquer, l’Ontario deviendrait un pôle mondial du tourisme sexuel et par conséquent de la traite. Le recrutement se fera de plus en plus auprès des femmes jeunes, racisées et pauvres parce qu’elles constituent un bassin plus vulnérables et moins “coûteux” pour les proxénètes.

Les modalités et effets de la prostitution sont extrêmement dommageables pour les personnes c’est pourquoi le régime juridique doit faire l’objet d’un débat de société. Nous devons saisir cette opportunité pour légiférer sur cet enjeu qui concerne toute la société.

Ce mardi, partout au Canada signifions notre refus de l’inégalité et de l’injustice sociale !

 

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Ont signé ce communiqué :

Action ontarienne contre la violence faite aux femmes (AOCVF)

Centre communautaire des femmes sud-asiatiques (SAWCC)

Centre d’aide à la famille (CAF)

Centre d’aide à la famille latino américaine (CAFLA)

Centre de prévention et d’intervention pour les victimes des agressions sexuelles (CPIVAS)

Collectif du 18 Aout

Collective des luttes pour l’abolition de la prostitution (CLAP)

Concertation des luttes contre l’exploitation sexuelle (CLES)

Maison de Marthe

Relais Côte-des-Neiges

Regroupement québécois des centres d’aide et de lutte contre les agressions sexuelles (RQCALACS)

Sisyphe

Y des femmes de Montréal (YWCA Montréal)

 

Communiqué: Ontario Court Decision Abandons Aboriginal Women and Women of Colour to Pimps.

Joint statement of the Aboriginal Women’s Action Network, Asian Women Coalition Ending Prostitution and the South Asian Women Against Male Violence.

September 29, 2010 – The decision of the Ontario Supreme Court to strike down Canadian prostitution laws in another dangerous step entrenching the practice of prostitution in Canada. Prostitution reinforces racism and multiplies the devastating effects of sexism on Aboriginal women and women of colour.

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Communiqué: La prostitution : une atteinte à la dignité des femmes

Québec, le 29 septembre 2010 – La présidente du Conseil du statut de la femme, Mme Christiane Pelchat, tient à rappeler que la prostitution n’est pas un « métier » et qu’il serait dommageable pour toutes les femmes – prostituées ou non – ainsi que pour l’ensemble de la société qu’elle soit légalisée. Cette remarque fait suite à la décision rendue hier par la Cour supérieure de l’Ontario invalidant certains articles importants des lois canadiennes concernant la prostitution.

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Communiqué: Ontario Supreme Court Decision Now more difficult for Asian women trafficked into prostitution to get protection of the law.

Ottawa, September 29 2010 – Police raids on illegal brothels in the Lower Mainland revealed that over 90% of women prostituted out of the illegal brothels were Asian. The decision by the Ontario Supreme Court to strike down laws that criminalize prostitution activity offers human traffickers, pimps and johns greater legitimacy while stripping away a means for police to use the law in order to stem human trafficking into prostitution.

Asian countries are recognized by the UN, RCMP and the US State Department as source countries for international human trafficking into prostitution. They also identify Canada as a destination and transit country. An estimated 600-800 people are trafficked into Canada with another estimated 1,500-2,000 trafficked through Canada. Once in Canada, Asian women are trafficked within the country into brothels and massage parlours.

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Communiqué: Les groupes de femmes outrés par la Cour qui donne aux hommes le droit constitutionnel de prostituer des femmes

Montréal, le 28 septembre 2010 – C’est avec stupéfaction et colère que les féministes ont appris le jugement de la juge Himel de la Cour supérieure de l’Ontario. La juge a, aujourd’hui même, tranché en faveur de la contestation constitutionnelle qui vise à décriminaliser la prostitution. Des sections du code criminel sont ainsi retranchés dès maintenant en Ontario dont: tenir une maison de débauche, vivre des fruits de la prostitution et communiquer pour des fins de prostitution. Ceci donne le feu vert à l’expansion de l’industrie du sexe et du proxénétisme.

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Communiqué: Striking down the Prostitution Laws – Striking down our Voices

Ottawa, September 29, 2010 – The ruling by Justice Susan Himel to strike down the prostitution laws is another example of the disregard of the impacts of colonization on the lives of Aboriginal women and children: racism, sexism, poverty and violence.

Violence also takes the form of victimization at the hands of the judicial system. Canadian laws have not always worked for Aboriginal women and have been painfully slow to respond to our needs for life, liberty and dignity. Unfortunately, Canadian laws are the laws that Aboriginal women have been forced to deal with. The ruling by Justice Himel takes away what little protection women had from johns, pimps, and brothel owners and instead allows these very men the legal right to abuse women and benefit from women’s inequality. Yesterday’s decision to strike down the prostitution laws eliminates laws that could have been revised and advanced for women’s protection by decriminalizing the selling of sex and criminalizing the buying of sex.


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Communiqué: Women’s Groups Outraged at Courts Granting Men the Constitutional Right to the Prostitution of Women

Vancouver, September 28th, 2010It is with stupefaction and anger that feminists have learned of the ruling of the Ontario Superior Court of Justice.The Court ruled in favor of the Constitutional Challenge aimed at decriminalizing prostitution today. The criminal codes sections: keeping a bawdy house, living off the avails and communicating for the purposes of prostitution will be struck.

This judgment impedes on the work that women’s groups committed to ending violence against women have been working for over the past decade. The ruling has failed to meet the equality needs of women across Canada and Québec.

Spokeswoman fromConcertation des luttes contre l’exploitationsexuelle (CLES) “We must go back to the fundamental question, which is the legitimacy of the purchase of sexual services. The premise of the Nordic model, developed in Sweden, Norway and Iceland, is that to achieve sexual equality we must challenge the merchandising of women’s bodies and sexuality. A society that defends the human rights to dignity, freedom and equality must confront the sex industry, which is rooted in exploitation, domination and profits made at the expense of those who are most vulnerable.”

The vast majority of prostituted women want to get out of prostitution, so clearly it cannot be qualified as a genuine choice or job. Jeannette Corbiere Lavell, Presidentof theNative Women’s Association of Canada (NWAC)“Aboriginal women are overrepresented and victimized in the sex industry, which testifies to the link between racism and misogyny in prostitution. Decriminalizing the prostitution industry will only expand the illegal and legal trade of buying and selling women”. Organized crime, pimps and traffickers will be legitimate businessmen in this context.

anadian Association of Elizabeth Frye Societies (CAEFS) Kim Pate: “While we deplore the circumstances that result in too many women and girls being prostituted or trafficked, we reject any and all attempts to vilify, criminalize, or otherwise punish women for any prostitution-related activities.”

The Canadian Association of Sexual Assault Centers (CASAC) demands that the Canadian government act quickly to bring the issue of equality back to the forefront of the discussion about the changes that must be made to the Criminal Code of Canada. CASAC spokeswoman Daisy Kler: “Women must not be criminalized because they have been prostituted; services must be developed and funded to help women leave the sordid conditions of the sex industry; emphasis should be placed on prevention; and all these measures should convey a very clear message: the purchase of sexual services is incompatible with the safeguarding of human rights, especially equality between women and men”.

Women’s Groups across Canada deeply concerned by the Ontario Superior Court ruling, but are even more determined to win the battle against commercial sexual exploitation.

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Communiqué: NWAC questions if landmark ruling will increase safety in prostitution

Ottawa, September 24, 2010 – The Native Women’s Association of Canada (NWAC) wishes to express concern over the landmark ruling by Superior Court justice Susan Himel to strike down three aspects of the criminalization of prostitution: living off of the avails of prostitution, keeping a common bawdy-house and communicating in a public place for the purpose of engaging in prostitution.

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Communiqué: Violences sexistes durant le G20, le comité jeunes féministe de la CLES réagit!

Montréal, le 12 juillet 2010Le comité jeunes féministes de la Concertation des luttes contre l’exploitation sexuelle (CLES) joint sa voix aux individuEs et groupes qui ont dénoncé la répression policière qui s’est traduite par des violations massives et arbitraires des libertés civiles les 26 et 27 juin derniers à Toronto. Alors que les dirigeants des pays les plus puissants de ce monde se réunissaient dans le cadre de la tenue du G 20, la Ville Reine a été le théâtre du plus grand nombre d’arrestations dans l’histoire du Canada.

Un nombre important de personnes ont été appréhendées sans motif raisonnable par les policiers durant ladite fin de semaine, leurs sacs fouillés, leurs infos personnelles notées et possiblement diffusée à travers les corps policiers du groupe intégré de sécurité. Plus de 1000 personnes ont été arrêtées, dont la majorité a été libérée sans accusation (parfois après plusieurs heures, voire des jours de détention). Toutefois, quelques centaines de personnes font face à des chefs d’accusation dont certains sont très graves comme les accusations de complot dans le but de commettre un acte criminel – sans toutefois spécifié lequel!

Les témoignages des personnes appréhendées et des témoins sont unanimes et on-ne-peut-plus choquants. Les exemples de violation des droits humains les plus fondamentaux sont nombreux : intimidation, harcèlement, arrestations arbitraires, raids dans des résidences privées et lieux d’hébergement, kidnappings, conditions de détentions inhumaines (privation d’eau, de nourriture, de sommeil, de vêtements chauds, de liberté de mouvements élémentaires), vols de bien, fouilles à nu, humiliation, sévices physiques et psychologiques. Nous dénonçons ces actes ignobles perpétrés en toute impunité par les forces de l’ordre et financés à même les poches des contribuables (près d’un milliard de dollars).

Plus spécifiquement, nous tenons à dénoncer haut et fort les violences ‘genrées’ dont les femmes ont été victimes.

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Le libre choix c’est de la foutaise

Les femmes et autres personnes qui sont dans l’industrie du sexe mentionnent que c’est leur décision d’utiliser leur corps pour gagner leur vie. Ce discours est strictement de la propagande pour justifier l’esclavage sexuel. En effet, les personnes qui maintiennent ce discours ont un intérêt personnel pour faire cette propagande. Concernant les femmes qui gagnent leur vie en utilisant leur corps comme un instrument de plaisir, elles doivent adopter le même discours, ceci dans le but d’éviter de regarder la réalité.

Moi-même, j’avais adopté ce discours lorsque j’étais dans l’industrie du sexe. Aujourd’hui, je réalise que je n’étais pas consciente des raisons qui m’avaient amenée dans cette industrie et encore moins des conséquences. Pour être capable de choisir, il faut être consciente du milieu de l’industrie du sexe, des risques et des conséquences à court terme et à long terme d’utiliser son corps comme une marchandise. Je n’avais jamais discuté des risques pour ma santé mentale, la seule chose qui m’intéressait c’était l’argent. Je peux garantir que je n’étais pas la seule.

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Communiqué: Foot et sexe, une manne financière pour certains

Paries, 23 juin 2010 – A l’heure où les populations sont saignées à blanc par les États en faillite d’une économie libérale déchaînée, où le chômage atteint des proportions excessivement alarmantes, où l’Europe exige d’énormes réductions de la qualité de vie des salarié-es et des chômeurs-chômeuses, où les services publics se rétrécissent, où la situation des femmes se dégrade dans tous les pays du monde, c’est dans ce contexte que, massivement les hommes de la planète de 7 à 99 ans sont happés par les média, sont obnubilés par le foot, ne pensent plus à rien d’autre, ne parlent plus de rien d’autre.

Le foot, expression du capital prédateur, s’alimente de l’angoisse des gens, tire profit de leur désarroi leur faisant miroiter l’appartenance à un collectif ou l’identification à ces millionnaires dont la seule qualité est de savoir jouer au ballon, ce qui devrait être populaire et non financier.

L’argent est le moteur principal de ceux qui organisent les coupes, les tournois, les matchs. Pour dominer et faire les plus gros bénéfices possibles, les alliances avec les multinationales, les réseaux mafieux ou les gangs, selon les endroits où les événements sportifs ont lieu, ne leur posent aucun problème, ne leur provoquent aucun d’état d’âmeŠ

Il n’est pas étonnant que, dans ces lieux de l’argent roi s’y retrouve, la prostitution n’est qu’un gadget supplémentaire comme tous ceux qui accompagnent le foot, un complément au divertissement des supporters, comme complément aux bénéfices de la FIFA et/ou de ses multiples partenaires multinationaux.

Le scandale des joueurs millionnaires, face aux salaires de misère que gagnent la majorité des hommes et encore plus des femmes, est occulté. Le scandale des joueurs ” prostitueurs “, ceux qui payent pour avoir du sexe sans histoire, sans engagement, sans lien, mais avec mépris et suffisance face aux femmes payées pour être au service de leur sexualité, ce scandale-là est rapidement effacé de la scène médiatique.

Les femmes, les enfants et les hommes des quartiers pauvres de Johannesburg ont été expulsés, le spectacle qu’ils donnent n’étant pas assez esthétique pour les amateurs de foot. Face à cette débauche d’argent, on nous cache que ces personnes là vivent avec moins de 2 euros par jour

Prédateurs et pauvreté se concentrent à l’occasion de la Coupe Mondiale de Foot. Cette conjoncture est idéale pour ceux qui, comme des charognes, vont s’abattre sur les jeunes filles ou femmes pour les transformer en marchandise facile et bon marché venant satisfaire une sexualité masculine machiste et dominatrice.

Actuellement, en Afrique du Sud, c’est la société de l’argent pour les riches, du sexe pour les hommes, de la marchandisation du corps des femmes, du contrôle des populations à travers un système de sécurité qui a transformé le pays en Etat de Siège.

Nous, femmes de la Marche Mondiale des Femmes refusons cette société,

LES FEMMES NE SONT PAS UNE MARCHANDISE !
ACHETER DU SEXE N’EST PAS UN SPORT !

Communiqué: De la porno à CKAC? Tout ce qu’il faut pour faire oublier qu’on est en 2010

Montréal, le 1er juin 2010 – La Coalition nationale contre les publicités sexistes (CNCPS) demande à CKAC, à l’ensemble du réseau Corus ainsi qu’à Cogeco, nouveau propriétaire de Corus, de cesser immédiatement le genre de promotion qu’on retrouve ce matin en page 3 du cahier des sports du quotidien La Presse. La CNCPS réitère aussi sa demande au gouvernement du Québec de légiférer en matière de pratiques publicitaires.

« Sport ou porno ? On est en droit de se poser la question lorsqu’on regarde la publicité publiée ce matin par CKAC », s’indigne Chantal Locat, présidente de la Coalition. « Cette publicité utilise le corps d’une femme, la sexualité et les allusions à la sexualité pour faire la promotion d’émissions sur le sport. Je ne croyais pas qu’une entreprise comme CKAC pouvait encore de nos jours faire de telles associations sexistes, méprisantes et totalement inutiles ».

La publicité publiée ce matin montre, de dos et sans qu’on voit sa tête, une jeune joueuse de tennis qui relève sa robe à hauteur des hanches. Ce traitement photographique sexiste est suivi de la phrase On a tout ce qu’il faut pour vous faire oublier le hockey.

« Quel modèle cette publicité propose-t-elle à nos jeunes, filles et garçons, dans le monde du sport ? Quel impact a cette publicité dans la construction de l’identité des jeunes sportifs ? Les dirigeants de CKAC, de Corus et de Cogeco, ainsi que les « créateurs » de cette publicité devraient se poser ces questions avant de publier de telles atteintes à l’intégrité des femmes. »

Profil de la Coalition nationale contre les publicités sexistes

Fondée en octobre 2008, la Coalition est formée de plus de 160 membres à titre associatif et 100 à titre individuel. Son but est d’éliminer les publicités sexistes en les dénonçant et en exigeant leur retrait.

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Source : Coalition nationale contre les publicités sexistes (CNCPS)

 

 

J’ai pas choisi

J’ai pas cherché, j’ai pas choisi, tu m’as choisie

Un morceau de viande, une moins que rien, que tu t’es dit

Tu m’as achetée, tu m’as vendue, je n’ai rien dit

J’ai pas cherché, j’ai pas choisi, tu m’as trahie

 

Tu m’as violée, tu m’as salie, j’n’avais qu’quinze ans

Tous tes amis y ont passé et j’ai pleuré

Un peu d’argent tu m’as donné j’suis qu’une enfant

Tu m’as violée, tu m’as salie, j’ai plus d’amis

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La CLES lauréate du Prix égalité 2010

Le Prix Égalité a pour objectif de faire progresser l’égalité entre les femmes et les hommes au Québec en faisant connaître les initiatives les plus prometteuses.

Au total six (6) lauréats porteurs de projets sont sélectionnés pour recevoir ce prix. La CLES a obtenu le prix égalité dans la catégorie prévention de la violence pour son projet : Formation et prise de parole contre l’exploitation sexuelle commerciale des femmes et des filles.

Ce Prix est une reconnaissance importante du travail que les militantEs, les travailleuses, les partenaires et alliéEs de la CLES accomplissent depuis maintenant plusieurs années. Merci donc à toutes celles et ceux qui nous accompagnent et nous supportent dans notre lutte pour un monde sans prostitution ainsi qu’au ministère de la Culture, des Communications et de la Condition féminine pour cette belle reconnaissance.

Félicitation à toutes les lauréates et les finalistes du prix égalité!

Le communiqué de presse est disponible sur le site du Secrétariat à la condition féminine.

 

Moi, ex-prostituée, je dis NON à la prostitution !

Je suis une jeune femme de 35 ans. Pour moi, la prostitution s’est échelonnée sur une durée d’un an et demi en tout. Je n’ai jamais pensé que cette expérience, somme toute pas très longue, laisserait dans ma vie autant de dommages aussi profonds. J’inclus dans ce bilan la dévastation de mes relations interpersonnelles et sociales et des dommages irrémédiables auprès de mes enfants et de ma famille. Je ne peux estimer les torts laissés à mon corps, mon âme et l’estime de moi, mais le constat de destruction est flagrant. Ma sexualité demeure, pour le moment, affligée de dommages irréparables et les ravages sont aussi colossaux dans toutes mes relations avec les hommes. Ces hommes… « mes clients »… Ces exploiteurs, mes abuseurs, ces pervers, mes pourvoyeurs d’argent et de matériel, mes inconscients, ces hommes… que je ne pourrai plus jamais voir avec les mêmes yeux.

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Communiqué: Les draps parlent, Exposition d’art engagé dans le cadre des 12 jours d’action pour l’élimination de la violence envers les femmes

Montréal, le 20 Novembre 2009 – Dans le cadre des 12 jours d’action pour l’élimination de la violence envers les femmes, la Concertation des luttes contre l’exploitation sexuelle – CLES – a invité des femmes de tout horizon – y compris certaines ayant vécu l’exploitation sexuelle – à se mobiliser et à utiliser l’art engagé pour s’exprimer.Les formes de violences que les femmes vivent dans l’univers de la prostitution sont parmi les plus banalisées. Il est rare que l’on en parle et qu’elles soient dénoncées. C’est ce silence complice, ce tabou que souhaite briser l’exposition « les draps parlent ».

L’exposition poursuit l’initiative du Vancouver Rape Relief and Women’s shelter qui a organisé avec de nombreux groupes partenaires en décembre 2008 une conférence et une exposition nommée Flesh Mapping (chaire topographiée) : Vancouver Markets Pacific Women. Plusieurs draps de cette exposition seront présentés et à ceux-ci s’ajouteront d’autres,notamment ceux de groupes comme des Centre d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel et le Centre d’aide aux familles latino américains,CAFLA.

Les Draps parlent, vendredi 27 novembre 2009

De 16h à 21h,

À l’Écomusée du fier-monde,

2050 Amherst (coin Ontario).

Locaux accessibles aux personnes en fauteuil roulant.

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Communiqué: Contestation à la Cour supérieure de l’Ontario la décriminalisation totale ne rend pas la prostitution plus sécuritaire

Montréal, le 6 octobre 2009 – La Concertation des luttes contre l’exploitation sexuelle (CLES) s’inquiète de la contestation du Code criminel à la Cour supérieure de l’Ontario qui pourrait conduire à la décriminalisation totale de la prostitution y compris du proxénétisme. Une décision en faveur des demandeuses aurait pour effet l’augmentation de la violence envers les femmes dont celles qui sont dans la prostitution.

Depuis maintenant plus d’un an des survivantes de la prostitution qui ont été exposées à la violence tant dans les rues qu’à l’intérieur de bordels ou de bars sont engagées à la CLES. Elles sont convaincues qu’il est faux d’affirmer que la décriminalisation TOTALE conduira à une meilleure qualité de vie pour les femmes. Dans les faits toute décriminalisation est suivie d’une série de règlements et de lois qui ont des effets pervers. Les proxénètes deviennent des hommes d’affaire comme les autres, les clients prostitueurs sont légitimés et les femmes sont davantage victimes de violence, de traite, d’abus. Dans de tels cas des études montrent que l’industrie du sexe et le tourisme sexuel connaissent une expansion. Tout se met en place pour répondre à la logique de marché : fournir toujours plus de corps de femmes à des coûts moindres. C’est aujourd’hui le cas notamment en Hollande où le gouvernement a perdu le contrôle et se voit obliger de fermer plusieurs zones du Red Light.

La prostitution est une violence envers toutes les femmes et la décriminalisation TOTALE rendrait légitime la marchandisation du corps des femmes.

Ensemble – femmes survivantes de multiples violences – nous disons OUI à la décriminalisation des personnes prostituées et NON à la décriminalisation de ceux qui tirent profit de la prostitution : les clients et les proxénètes ! NON à la marchandisation du corps des femmes !

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Communiqué: Ontario Superior Court Challenge: Total decriminalization of prostitution is not the solution, says Montreal abolitionist group

Montreal, October 6th, 2009 – The Coalition for Struggles Against Sexual Exploitation – CLES – is concerned by the increased violence against women involved in prostitution that could follow from invaliding all Canadian Criminal Code restrictions on prostitution.

CLES includes female survivors of prostitution, women who have been exposed to violence both on the street and behind the doors of brothels and bars. After a year of working together on these issues, CLES is convinced that it is false to affirm that TOTAL decriminalization – including immunity for johns and pimps – would improve women’s quality of life. In fact, it has been demonstrated in other jurisdictions that across-the-board decriminalization is usually followed by the adoption of a gamut of regulations and laws that have a number of harmful consequences. Pimps are transformed into mere “business men”, clients become legitimate “consumers”, and women become more exposed to victimization through physical abuse, trafficking and other forms of abuse.

Where full decriminalization has been attempted, reputable studies have shown that the sex industry and sexual tourism expand and that society evolves according to a market model, providing ever more women’s bodies at ever lower cost for buyers. This specifically happened in The Netherlands, where the government totally lost control over the situation and is now attempting to close down most of Amsterdam’s red-light district, taken over by organized crime.

CLES feels that prostitution is violence against all women and that total decriminalization will only legitimate the commoditization of women’s bodies.

“Together – female survivors of multiple types of violence -, we say YES to decriminalizing the persons exploited in prostitution and NO to decriminalizing the people who profit from their prostitution: the clients and the pimps. No to the commoditization of women bodies!”

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For more information, please contact: Axelle Beniey, Communications Officer, Coalition for Struggles Against Sexual Exploitation (CLES)
514-750-4535
info@lacles.org
http://www.lacles.org

 

Communiqué: Les agressions à caractère sexuel, c’est criminel luttons ensemble !

Montréal, le 11 septembre 2009 – Cette année, dans le cadre de la journée d’action contre la violence faite aux femmes et pour marquer ses 30 ans d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel, le Regroupement québécois des CALACS lance sa toute nouvelle campagne d’affiches et de cartes postales.

Six affiches et cartes postales ont été réalisées avec des slogans tel que « Invisible ne veut pas dire inexistant » ou encore « Le silence est néfaste. Soyons à l’écoute. »

« Nous voulons montrer à quel point le tabou social qui entoure la violence sexuelle comporte des conséquences graves tant pour les victimes que pour leur entourage. Ces victimes peuvent être n’importe quelle femme que l’on croise sur la rue, peu importe sa classe sociale, son éducation, son âge ou son origine ethnoculturelle », dit Danièle Tessier, porte-parole pour le Regroupement québécois des CALACS.

Aujourd’hui, on estime qu’un tiers des femmes âgées de plus de 16 ans ont été victimes d’au moins une agression sexuelle au cours de leur vie, mais que seulement 10 % des victimes portent plainte.

De plus, les conséquences des agressions sexuelles peuvent être très graves sur la santé physique et mentale des femmes. Celles-ci peuvent vivre de la honte, de l’anxiété ou encore souffrir de dépression, avoir des problèmes de toxicomanie, d’alcoolisme ou des troubles alimentaires. Dans certains cas, cela peut même mener au suicide ou à la prostitution.

C’est pourquoi le Regroupement québécois des CALACS, en collaboration avec la CLES, ont développé une affiche et une carte postale spécifiques à la prostitution, afin de nous rappeler que ce n’est pas un choix, mais une violence faite aux femmes et qu’il est possible de vivre dans un monde sans prostitution.

Par ailleurs, les deux organismes déplorent que la réponse aux besoins d’aide en violence sexuelle connaisse autant de lacunes, lesquelles touchent particulièrement les femmes les plus vulnérables.

Il faut notamment souligner les réalités particulières de certaines femmes dont les femmes autochtones ou encore les femmes vivant avec un handicap. Dans leur cas, les risques d’être agressés sexuellement sont de 2 à 3 fois plus élevés.

Enfin, de nombreuses activités sont prévues à travers le Québec. Pour obtenir le calendrier des activités de votre région, contactez votre CALACS. Pour connaître les coordonnées des CALACS, visitez notre site Internet : www.rqcalacs.qc.ca

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Lettre: Une autre tuerie misogyne en Pennsylvanie

Par Tamar Eylon, au nom de la collective du Vancouver Rape Relief and Women’s Shelter

Mardi le 4 août, un homme aigri de ne pas arriver à séduire des femmes de 20 ans ses cadettes – comme le lui promettait un ouvrage de psychologie masculiniste – a abattu douze femmes, en tuant trois, Elizabeth Gannon, Heidi Overmier et Jody Billingsley, dans un gymnase de Pennsylvanie.

Comme Marc Lépine à l’École polytechnique, il y a vingt ans, George Sodini a laissé une jérémiade haineuse et centrée sur lui-même, accusant « 30 millions de femmes désirables » de l’avoir « rejeté ».(1) La lettre suivante a été envoyée par un organisme féministe de Vancouver aux femmes de Pennsylvanie, par le biais de deux coalitions locales.

“Nous tenons à adresser nos condoléances aux ami-es et aux familles des femmes tuées en Pennsylvanie. Nous adressons également nos souhaits de rétablissement aux femmes blessées. Nous les femmes vivons avec tant de menaces normalisées pesant sur nos vies que nous en venons à ne presque plus remarquer tout ce que nous faisons pour éviter la violence sexiste. Quel brutal rappel qu’il n’existe pas de lieu sûr pour les femmes !

“Le nombre des femmes tuées par des hommes continue d’augmenter, habituellement une à la fois, mais ces décès ne sont pas isolés. Cette année marque le vingtième anniversaire du Massacre de Montréal ; les féministes l’ont dit à l’époque et nous le répétons aujourd’hui : “Le motif, c’est la misogynie.” Ce “tireur isolé” partage une crainte et une haine des femmes avec les hommes qui battent leur conjointe ou qui violent, harcèlent et prostituent des femmes et des enfants. Même s’il n’a pas ciblé les femmes en tant que féministes, comme dans le cas du Massacre de Montréal, George Sodini voulait adresser un message à toutes les femmes. Mais nous refusons d’écouter et nous refusons d’obéir.

“Au lendemain du Massacre de Montréal, le collectif de l’organisme Vancouver Rape Relief and Women’s Shelter a adressé un message aux femmes de Montréal, au nom de l’Association canadienne des centres contre le viol. Ce n’est pas une coïncidence si les mêmes mots s’appliquent au fémicide commis en Pennsylvanie mardi dernier.

« Nous n’excuserons pas ses actes quand nous connaîtrons la tristesse et l’échec de sa vie. Nous ne blâmerons pas sa mère ou son amante ou les femmes qui ont refusé d’être ses amantes. Nous ne blâmerons pas les femmes qu’il blâme dans son message d’outre-tombe (affiché sur Internet dans ce cas-ci). Nous ne blâmerons pas les féministes qui ont lutté pour les libertés des femmes. Nous tenons responsables les hommes qui lui ont appris à attendre des femmes la réponse à tous ses besoins. Nous tenons responsables les hommes qui ont échoué à lui apprendre à vivre avec des moments de déception et de colère, sans exercer de représailles. »

De Vancouver, à notre service téléphonique de soutien aux victimes de viol et notre maison de transition pour femmes violentées et pour leurs enfants, nous poursuivons la lutte. Nous gardons espoir du fait de savoir que d’autres féministes luttent pour l’égalité et la liberté partout dans le monde. Nous devons demeurer solidaires et nous devons poursuivre ce combat.

Tamar Eylon,
au nom de la collective du Vancouver Rape Relief and Women’s Shelter

(Traduction : Martin Dufresne)

Une histoire parmi tant d’autres.

Depuis l’automne 2008 nous rencontrons, à la CLES, des femmes qui acceptent de nous parler de l’exploitation sexuelle qu’elles ont vécu, sous une forme ou une autre. Nous voulons vous donner accès à une partie de leur réalité. Et par là ouvrir une porte sur des réalités trop peu et mal connues.

On y vient comment ?

« J’ai commencé mineure. 15 ans. Je quitte mon village pour venir étudier à X (ville plus grande et loin de ma région). Je pars aussi pour me sauver parce que j’y ai vécu beaucoup de violence. Je ne suis pas en fugue. Mais c’est aussi la première fois que j’ai un peu de liberté. Je vivais dans un milieu très contrôlant (et violent) J’ai été agressée par mon père et d’autres hommes, et violentée, agressée aussi par ma mère. J’étais énormément en besoin, à la recherche d’affection, de tendresse, qu’on m’accepte, qu’on m’aime, et toute mon expérience liait cela à la sexualité, consciemment ou non. Mon père était moins raide que ma mère, i.e. ‘’plus fin’’ qu’elle. Mais toujours dans un contexte sexuel.

Je pars finir mon secondaire. Je vis seule en chambre, avec un budget très limité. Mais je ne crevais pas de faim. Je vais dans les bars, puisqu’enfin je peux sortir, lâcher un peu mon fou. J’étais très facile à enfirouaper parce que vraiment à la recherche de personnes qui voudraient m’aimer, même juste un ti-peu.

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Communiqué: Inspirée par l’expérience des femmes vis-à-vis de l’exploitation sexuelle, la CLES se donne un plan d’action

Montréal, 26 mai 2009 – Dans le cadre de son Assemblée générale de fondation du 23 mai dernier, la Concertation des luttes contre l’exploitation sexuelle (CLES) a réuni des intervenantEs spécialiséEs dans l’analyse des enjeux de la lutte contre l’exploitation sexuelle.

L’objectif était de partager les causes et les conséquences de la prostitution, cette institution basée sur l’exploitation sexuelle des femmes, d’en tirer des priorités et un plan d’action pour la CLES au cours de l’année 2009-2010. La discussion a mis en lumière les liens cette exploitation et la pauvreté des femmes. Celles qui ont cru pouvoir échapper à cette pauvreté se retrouvent sans alternatives économiques et sociales et font face à un manque de ressources pour sortir de l’industrie du sexe. Les intervenantEs ont rappelé que la prostitution est une véritable atteinte au droit des femmes à l’égalité, telle que prévue par la Charte canadienne des droits et libertés ainsi que la Charte québécoise des droits de la personne.

Richard Poulin, qui intervient comme témoin expert dans une cause devant un tribunal en Ontario, affirme à l’instar des groupes abolitionnistes féministes que la décriminalisation des femmes prostituées est nécessaire, mais que décriminaliser ceux qui en profitent – clients et proxénètes – légitime le système d’oppression de l’exploitation sexuelle et rend invisible la violence masculine intrinsèque à la prostitution. Légaliser la prostitution équivaudrait à légaliser l’inégalité.

Par la suite, la CLES a adopté un plan d’action élaboré à partir de quatre axes d’intervention – l’éducation/sensibilisation, l’action, l’accompagnement et le soutien et la promotion – qui intègre les besoins exprimés par les femmes touchées par la prostitution et la diversité des situations vécues par celles-ci ainsi que leurs origines et cultures multiples. Une quarantaine de nouveaux membres ont salué les efforts et les résultats des initiatives menées par la CLES.

Ces militantEs et intervenantEs y participent à titre individuel ou comme représentantes de plusieurs groupes de femmes qui luttent contre les agressions sexuelles, la traite, ainsi que des groupes féministes qui partagent cette vision commune d’un monde sans prostitution.

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Lettre: Net recul pour les femmes

Montréal le 11 mai 2009L’annonce d’une série télévisée, intitulée Pole position Québec, produite et animée par Anne-Marie Losique, mettant en compétition des danseuses nues et des vedettes du porno est une bien triste nouvelle. La diffusion de cette série par la télévision, la rendant ainsi accessible au grand public même s’il s’agit de la télé payante, s’inscrit dans la banalisation accélérée et la glorification du commerce du sexe observées au cours de la dernière décennie. S’il est vrai que le Québec est en train d’acquérir une réputation internationale pour ses bars de danseuses nues, cela n’a rien de réjouissant. Cette tendance devrait nous inquiéter, non d’un point de vue puritain, mais parce qu’elle constitue un net recul pour la lutte des femmes pour l’égalité et le respect de leurs droits. Il ne s’agit pas ici uniquement d’exposer des femmes nues ou légèrement vêtues dansant autour d’un poteau, mais d’une incitation directe à la consommation de tels spectacles qui poussent les hommes à acheter des « services sexuels », autrement dit à devenir des clients prostitueurs.

Pour ceux qui croient qu’il s’agit d’une prestation artistique sans conséquence, rappelons que, suite au jugement de la Cour suprême du Canada d’autoriser la danse-contact (en décembre 1999), impliquant des attouchements sexuels entre danseuses nues et clients dans les isoloirs, cette pratique, dénoncée par un certain nombre de danseuses nues de Toronto comme étant de la prostitution, s’est rapidement généralisée dans les bars de danseuses au Québec. À présent, dans la plupart des bars de danseuses, au lieu d’être rémunérées par les propriétaires de bars pour leur prestation, ce sont les danseuses qui doivent payer un droit au propriétaire pour avoir accès aux clients qu’elles doivent satisfaire dans des isoloirs pour obtenir rémunération. Dans ce contexte, on comprend que l’émission de Mme Losique servira à la promotion de cette pratique pour le plus grand bénéfice des propriétaires de bars. Ces derniers accroîtront ainsi leur notoriété et leur « respectabilité », tout en attirant davantage de jeunes femmes vers ce « métier », présenté comme étant glamour et lucratif. La décision de diffuser ce genre d’émission à la télévision relève donc d’un choix politique très questionnable.

Bien entendu, la prolifération de bars de danseuses nues s’inscrit dans un contexte plus large où la culture pornographique envahit de plus en plus notre espace et pénètre tous les foyers (via Internet et la Télé). Des études montrent que la consommation accrue de la pornographie et de la prostitution influence en profondeur les relations entre les hommes et les femmes. Cela reproduit et propage une représentation des rapports sexuels calqués sur le rapport entre client et prostituée, qui rend plus difficile de concevoir des rapports sexuels réciproques, non commerciaux, entre êtres humains.

À Montréal comme ailleurs au pays, la multiplication d’établissements qui encouragent et tirent profit de diverses formes de prostitution est devenue très visible. Bars de danseuses nues, salons de massages érotiques, agences d’escortes, et autres commerces annoncent impunément des « services sexuels » à travers les médias, malgré les lois canadiennes qui interdisent la tenue de « maison de débauche » et le proxénétisme. Il est affligeant de constater le laxisme des autorités qui ferment les yeux sur ce type de commerce, n’intervenant que lorsqu’on soupçonne l’implication de mineures. Autrement, c’est la politique de l’autruche qui prime. Aujourd’hui, des poursuites judiciaires soutenues par l’industrie du sexe tentent d’invalider les articles du Code criminel canadien sur ce sujet. La lutte juridique se double d’une offensive au niveau de l’opinion publique pour rendre ces pratiques socialement acceptables. Il est indéniable que les médias servent de courroie de transmission efficace dans la poursuite de cet objectif. Il est désolant de constater la popularité croissante d’un certain discours s’inspirant du néolibéralisme, qui prétend que la prostitution est un choix économique légitime qui ne doit souffrir aucune ingérence de l’État. Cette opinion répandue occulte les effets ravageurs, physiques et psychologiques, de la prostitution sur les personnes qui la pratiquent.

Soyons clair. La prostitution n’est pas une question de liberté sexuelle et son acceptation sociale ne la rend pas inoffensive pour autant. Elle ne peut être réduite à une question de santé publique, comme l’affirment certains milieux qui préconisent la décriminalisation totale, sous prétexte de mieux lutter contre le VIH/sida. Les impacts sociaux désastreux de la prostitution sur les femmes et les enfants qui s’y laissent prendre sont multiples et bien documentés. Il faut tirer les leçons des pays qui ont choisi de légaliser la prostitution (tels les Pays-Bas, l’Allemagne, l’Australie et la Nouvelle Zélande), voulant ainsi tirer profit de cette industrie, et qui en subissent aujourd’hui les graves conséquences. Toutes les études montrent que la prostitution, légale ou non, reste intimement liée au crime organisé et au trafic sexuel qui l’alimente. Il est illusoire de vouloir améliorer les conditions de sa pratique, car la prostitution repose sur des rapports de domination qui renforcent et perpétuent la subordination des femmes.

Il est urgent de susciter un vaste débat public pour réfléchir aux enjeux sociaux de l’exploitation sexuelle commercialisée. Veut-on faire du Québec une nouvelle destination du tourisme sexuel pour lutter contre la crise économique? Ira-t-on jusqu’à inciter les jeunes chômeurs et les étudiants à se prostituer pour survivre ou pour payer leurs études? Est-il responsable de brader ainsi le corps des jeunes, surtout des femmes, pour attirer le tourisme et renflouer l’économie? Le commerce du sexe comporte des risques et des coûts sociaux exorbitants qui ne peuvent être ignorés. Ce sont surtout les personnes les plus vulnérabilisées, par la pauvreté et la violence, qui sont recrutées par ce commerce. Allons-nous continuer à fermer les yeux et prétendre que c’est leur libre choix, au lieu de leur offrir les moyens d’y échapper ?

Le plus grand obstacle à la lutte contre la prostitution c’est de croire qu’elle est inévitable. Comme le souligne Sheila Jeffreys dans son dernier ouvrage (The Industrial Vagina), l’esclavage est lui aussi une pratique fort ancienne et répandue, mais nul n’utilise cet argument pour justifier cette coutume inacceptable. Dans le contexte de grave crise économique comme celle que nous traversons, il est urgent de se doter d’une véritable politique en matière de prostitution qui tienne compte de l’intérêt commun à long terme. Pour cela, il faut suspendre immédiatement toute répression à l’endroit des personnes qui y sont contraintes pour survivre et cesser de banaliser la prostitution. Il convient d’adopter plutôt un ensemble de mesures efficaces pour arrêter ce commerce destructeur. Défendons notre droit de vivre dans un monde sans prostitution et mettons en place les moyens pour y parvenir.

Yolande Geadah, auteure et membre fondatrice de la CLES

Une femme prostituée parle de ses clients “Le plus grand danger pour une p***, c’est la lucidité”

Je suis une prostituée officiant en appartement par le biais d’Internet et d’annonces dans la presse. J’exerce mon activité depuis bientôt 14 ans. Je me prostitue en parfaite connaissance de cause, d’une manière lucide, glaciale, implacable, pragmatique, et au bout du compte sans trop d’états d’âme et sans être si malheureuse que ça. Pour ma part, je n’arriverai jamais à trouver aucune crédibilité à un témoignage de prostituée qui accepte de paraître [dans une émission de télé] à visage reconnaissable par sa clientèle, alors que celle-ci se trouve obligée de gagner son pain par le biais de ceux-là. Nous ne sommes pas bêtes au point d’exprimer sincèrement nos états d’âme, nos rancœurs vis-à-vis de tous ces hommes qui nous payent, alors que ces derniers vont nous reconnaître et, de dépit, en entendant la vérité sur eux, ne nous ferons plus bénéficier de leur manne financière.

Aucune d’entre nous ne va prendre le risque de saborder son outil de travail pour un reportage télé. Par contre, la complaisance, l’éloge du client et l’apologie de la prostitution nous permettront de pouvoir faire notre publicité ainsi que notre autopromotion. Il sera bien plus dans l’intérêt de la prostituée filmée de caresser sa future clientèle dans le sens du poil que de lui balancer ses quatre vérités.

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«Travailleuse du sexe »? Connais pas!

Par Trisha Baptie

J’ai été prostituée plus de 15 ans et je n’ai jamais rencontré une seule « travailleuse du sexe ». Pour moi, cette expression sort du film Pretty Woman, et de la bouche des gens qui endossent et exploitent la chosification des femmes. Je connais des femmes prostituées – j’en ai été une – et nos raisons d’être là étaient claires : la pauvreté, le racisme, l’oppression de classe, le sexisme et les violences subies dans l’enfance.

À l’époque, je vous aurais dit que la prostitution était un geste de pouvoir, de libération. Il me fallait penser ça – comment aurais-je pu me regarder dans le miroir autrement? Pourtant, ça m’arrachait le cœur de voir arriver chaque nouvelle fille. Et pas une prostituée ne veut voir sa fille entrer dans cette industrie mangeuse d’âme.

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Communiqué: Réponse à l’appel au boycott de la CLES lancé par l’organisme Stella

Montréal le 24 avril 2009 – La Concertation des luttes contre l’exploitation sexuelle (CLES) est un regroupement d‘organismes et de personnes qui proposent une alternative au discours banalisant et légitimant la prostitution. La CLES, à partir d’une analyse fondée sur les principes d’égalité et de respect des droits humains, préconise l’adoption d’une politique globale cohérente visant à abolir l’exploitation sexuelle des personnes. Depuis un an la CLES a entrepris de rejoindre et de mettre en réseau des femmes ayant un vécu en lien avec l’exploitation sexuelle. Les femmes qui nous contactent le font sur une base totalement volontaire, à partir de la publicité que nous affichons dans des lieux publics et dans des organisations. Mais quelle ne fût pas notre surprise de constater sur le WEB qu’une campagne de boycott de notre travail s’amorçait, à l’appel de l’organisme Stella !

Au cours de la dernière semaine, une lettre de Stella a en effet été diffusée à travers divers réseaux féministes, médiatiques, de services sociaux, et cela, jusqu’en Europe. Cette lettre est cosignée par certains organismes travaillant auprès des femmes qui vivent de l’exploitation sexuelle. Stella y demande à ses partenaires de ne pas ou ne plus référer de femmes à la CLES. Pour justifier cette demande de boycottage, Stella avance quatre accusations :

  • « La CLES a reçu un budget important alors qu’elle n’offre aucun service direct aux femmes.
  • La CLES ne favorise pas la prise en charge individuelle et collective des femmes, ne répond pas à leurs besoins, ne leur donne pas les outils pour travailler en sécurité et avec dignité.
  • La CLES utilise un discours qui nie toute autonomie, victimise les femmes et est méprisant.
  • L’approche et le manque d’ouverture de la CLES aura pour effet de renforcer la stigmatisation et d’accroître l’isolement des travailleuses du sexe. »

Nous trouvons nécessaire de réagir à ces énoncés, pour à la fois rectifier les faits et expliquer davantage qui nous sommes.

Oui, à la CLES nous croyons que la prostitution est une violence envers les femmes et qu’elle a des impacts graves dans la vie des femmes, tant sur le plan psychologique que physique. ET nous ne sommes pas les seules à le croire. Des femmes qui ont vécu la prostitution, pendant des mois, des années, et d’autres qui la vivent encore sont venues à la CLES parce qu’elles trouvaient « enfin » un groupe qui énonçait à voix haute ce qu’elles ressentaient dans leur corps et leur âme. Nous croyons avec elles que les femmes qui vivent la prostitution et qui estiment que « ce n’est pas un travail » ont le droit de s,exprimer et d’agir ensemble pour s’en sortir, pour aider d’autres femmes à en sortir, pour prévenir l’entrée d’autres femmes dans la prostitution et dénoncer la violence qu’elles vivent.

La CLES met en place une concertation pour le changement. Oui, nous intervenons directement auprès des femmes prostituées mais différemment de Stella. Nous partons des besoins des femmes tels qu’elles nous les expriment. Elles veulent des soins adaptés aux multiples problèmes de santé physiques ou psychologiques qui découlent de leurs expériences d’exploitation, elles cherchent des moyens de se réinsérer dans des emplois satisfaisants ; elles ont besoin de logements abordables, de moyens d’échapper à un “pimp”, à la violence et au mépris exprimés par des clients, dont elles gardent le souvenir très vif ; elles veulent reprendre contact avec leurs enfants, parler avec des femmes ayant un vécu comme elles, etc. Nous favorisons l’empowerment des femmes, en leur proposant un lieu de rencontre pour faire tout cela. Elles reçoivent et se donnent le soutien direct, les informations, les références, les ressources et le réseau de contacts qu’elles réclamaient.

Les femmes trouvent aussi et surtout à la CLES l’espace nécessaire pour être instigatrices de changements sociaux, ce qui leur permet, non seulement d’être en demande d’aide, mais aussi dispensatrices d’aide, d’informations et de connaissances. Par exemple, plusieurs se sont associées à la création du matériel pédagogique de prévention auquel travaille la CLES. Leurs témoignages serviront à informer et sensibiliser d’autres personnes aux divers sentiers qui mènent à l’exploitation sexuelle comme à ceux qui permettent d’y échapper.

Elles collaborent à une vidéo documentaire, à des formations basées sur les principes de l’intervention féministe auprès des intervenantEs, pour les imprégner de leur expérience et de leurs points de vue. Pour la CLES, voilà des façons tangibles de lutter contre la stigmatisation, l’isolement, la honte et la violence, de permettre aux femmes de rêver et d’avoir mieux. La CLES estime que l’action collective demeure une pratique légitime et essentielle dans les milieux féministes.

Nous travaillons à changer la vie des femmes à long terme. Le projet de la CLES vise à faire entendre les femmes qui dénoncent leur prostitution en tant que violence et à remettre au coeur de la lutte contre la violence envers les femmes la dénonciation de l’ensemble des mécanismes d’appropriation du corps et de la sexualité des femmes. Cela comprend inévitablement la prostitution. Il est certain que ce discours critique de l’industrie du sexe et du patriarcat est minoritaire et n’a pas bonne presse mais nous persistons. Il est sans doute moins applaudi par certains médias que celui des groupes qui réclament une décriminalisation tout azimut, incluant celle des proxénètes et des clients-prostitueurs.

Pour les femmes que nous côtoyons, prendre la parole publiquement et se soustraire au contrôle des hommes signifie s’exposer à des représailles. De plus, leur revenu est menacé quand elles sont encore dans la prostitution. C’est donc avec beaucoup de courage et surtout de solidarité que ces femmes s’engagent dans la lutte pour un monde meilleur pour toutes. N’ont-elles pas le droit d’être entendues ?

La réaction des groupes qui prônent une décriminalisation aveugle montre combien il est urgent qu’au Québec d’autres voix soient entendues. Il est urgent que l’oppression que vivent les femmes dans la prostitution soit enfin considérée. Nous pensons que l’approche abolitionniste, défendue par la CLES, a sa place légitime dans l’intervention par, avec et pour des femmes prostituées.

Ce que Stella et les organismes ayant signé cet appel au boycott suggèrent par cette action, c’est qu’il n’y a pas d’autre solution que celle de la décriminalisation totale et qu’on doit bâillonner les femmes qui ne sont pas d’accord [avec cette demande]. Comment peut-on prétendre défendre les droits des personnes prostituées et les représenter si l’on refuse de les informer des diverses ressources existant pour elles, y compris la CLES qui leur offre concrètement du soutien pour ne plus vivre cette situation d’exploitation ?

Nous invitons les groupes qui ont cosigné la lettre de Stella à revoir leur adhésion à ce boycott. Leur refus de donner à certaines femmes les moyens de s’en sortir est très « questionnant ». C’est aux femmes de décider quelle aide et quelle analyse de ce qu’elles vivent répondront le mieux à leurs besoins. Concentrons plutôt nos énergies sur la lutte pour un monde plus égalitaire.

“Les gens ont besoin de comprendre”

L’Aboriginal Women’s Action Network a participé à la rencontre au sommet intitulée «One is Too Many» (Une, c’est une de trop), organisée récemment à Vancouver.

En règle générale, nous ne demandons pas à nos femmes de se raconter parce que nous ne voulons pas exploiter leurs récits et leurs vies. Cependant, des femmes parmi nous et dans nos communautés souhaitent raconter leurs histoires, et en voici une qui a insisté pour raconter son histoire et pour partager ses pensées, ses sentiments et ses opinions au sujet de son expérience. Nous la remercions et lui rendons hommage pour son courage parce que, comme elle le dit, «c’est trop important pour ne pas le dire, et les gens ont besoin de comprendre».

Merci beaucoup

Laura Holland

AWAN.

Conférencière d’AWAN à la rencontre «One is Too Many», Vancouver (C.-B.) Coast Salish Territories, le 26 mars 2009.

« Bonjour, je suis Georgenia, d’ascendance Kwakwakeuk et Coast Salish. Je veux remercier le peuple Coast Salish de nous laisser être ici sur leurs territoires non cédés. Je viens d’une longue lignée de gens qui ont été opprimés par les gouvernements et par les églises. Mes parents et mes grands-parents sont tous des produits des pensionnats indiens. J’ai moi-même subi le prolongement du programme gouvernemental de fractionnement de notre peuple. J’ai été appréhendée dans le cadre de ce qu’on appelle aujourd’hui la rafle des années 1960 et j’ai été placée dans des foyers d’accueil marqués par des sévices et de la violence.

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Est-ce que c’est vraiment aussi payant qu’on le dit?

Voici une correspondance entre une femme fréquentant la Concertation des luttes contre l’exploitation sexuelle et une jeune femme s’enquérant des réalités de l’industrie du sexe comme « job payante ». Sa réponse nous a semblé faire un tour d’horizon assez complet de l’impact de la prostitution sur la vie des femmes. Nous saluons la franchise et le courage des propos de cette femme. La CLES a comme objectif de faire connaître cette autre parole telle qu’elle s’exprime.

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