Breaking Free

Cette organisation non-gouvernementale, basée à Saint Paul au Minnesota, a été fondée en 1996 par Vednita Carter, directrice générale et ancienne membre de WHISPER. Une dizaine de personnes travaillent dans cet organisme et offrent divers services aux personnes dans la prostitution. La moitié du personnel a eu une expérience dans la prostitution. La majorité des membres sont d’origine afro-américaine ou africaine.

Analyse et programme

Pour les membres de Breaking Free, la prostitution constitue une exploitation sexuelle des femmes et ces dernières doivent pouvoir sortir de la prostitution grâce à des services sociaux et des politiques axés sur leur problématique. Breaking Free est clairement abolitionniste dans ses valeurs et dans son programme.

La particularité de ce programme, c’est le fait qu’il soit axé sur les Afro-Américaines et les Africaines prises dans la prostitution. En effet, l’organisme a une analyse particulièrement intéressante concernant le lien entre esclavage et prostitution. Selon l’organisation, la forte présente d’Afro-Américaines dans la prostitution aux États-Unis s’inscrit dans la continuité de la position qu’elles occupaient à l’époque de l’esclavage: elles étaient alors forcées d’être sexuellement disponibles aux propriétaires terriens. Les enfants de sexe féminin nés de ces viols fournissaient les bordels. Même après l’abolition de l’esclavage, plusieurs Afro-Américaines n’avaient souvent que peu d’occasions au niveau de l’emploi et devaient avoir recours à la prostitution pour survivre et subvenir aux besoins de leur famille. Encore aujourd’hui, le racisme fait en sorte que ces femmes continuent d’être moins favorisées dans la société. Et les préjugés continuent de les représenter comme des «bêtes sexuelles».

L’analyse de Breaking Free concernant le racisme et le sexisme permet de redonner aux Afro-Américaines et aux Africaines une forme d’empowerment pour pouvoir sortir de la prostitution et combattre les préjugés.

 

Lobbying

Breaking Free est très actif au niveau du développement de politiques publiques visant à combattre le trafic sexuel. Selon Vednita Carter: «Nous avons récemment été promu au rang d’organisme communautaire principal au sein du groupe de travail Gerald D. Vick sur la traite des personnes au Minnesota – une coalition d’organismes chargés du contrôle de l’application de la loi au niveau des villes, des États et du pays. Notre rôle consistera à offrir une formation sur la traite des personnes aux organismes de contrôle de l’application de la loi, de santé et de services sociaux et à équiper les pourvoyeurs de services dans tous les États afin qu’ils puissent desservir les ressortissants étrangers trafiqués vers les États-Unis». Par ailleurs, même si le public comprend la problématique du trafic au niveau international comme une violation des droits humains, plusieurs continuent à considérer que le trafic local des Afro-Américaines constitue un choix de travail pour elles. Les torts causés par la prostitution en elle-même demeurent toujours «invisibles» pour plusieurs citoyens américains. Breaking Free sensibilise la population sur les conditions sociales et économiques de ces femmes et sur la perpétuation des préjugés à leur endroit.

Cette organisation est également membre fondatrice de la Metropolitan Coalition Against Prostitution et développe des recommandations au niveau des politiques publiques locales et étatiques. L’équipe de Breaking Free fait de l’éducation aux deux paliers de gouvernement concernant la question de la prostitution et son impact sur les femmes et les communautés. «L’organisation a également témoigné devant des organes législatifs sur des initiatives de politiques publiques liées à la prostitution et sert souvent de témoin expert dans des procédures civiles et pénales. Sa fondatrice, Vednita Carter, a présenté son analyse des liens entre la prostitution, l’esclavage et le racisme lors de nombreuses conférences nationales et internationales, contribuant à l’élaboration de stratégies pour stopper le trafic à des fins sexuelles».

Breaking Free tente de combattre la prostitution non seulement en aidant les femmes qui la subissent mais également en tentant de faire baisser la demande. Les membres de l’organisation collaborent à une «John’s School» avec le Ramsey County Court and Community Representatives.

 

Intervention

L’intervention à Breaking Free se fait au sein de dix services que nous décrirons brièvement.

Le «Women’s Program» est un groupe de soutien et d’éducation de douze semaines pour les personnes prostituées. Axés sur l’acquisition de compétences, la recherche d’emploi et la spiritualité, ces groupes peuvent être adaptés à la problématique des femmes afro-américaines et africaines.

Le «Permanent Supportive Housing Program» aide les personnes à trouver un logement permanent. Breaking Free donne également accès à des lieux d’hébergement d’urgence ou transitoire.

Leur «Internship program» aide les femmes et les filles ayant connu la prostitution à réintégrer la société. «Ce programme offre des formations menant à l’emploi, des services de placement, des stages rémunérés, une exposition à des options de carrières et des occasions de quitter la rue, la prostitution et des relations de violence».

Le «Juvenile Prostitution Prevention and Intervention» est axé sur les filles mineures, particulièrement celles qui vivent dans un milieu à risque élevé de prostitution. L’intervention auprès des jeunes filles dans la prostitution se fait en fonction de leurs besoins spécifiques, comme la citoyenneté, la scolarité et les relations avec la famille.

Le «Building Strong Families Program» donne accès à des thérapies familiales permettant de briser le cycle de la violence et de l’abus.

Le «Community Court» oriente les femmes dans la prostitution ayant des démêlés avec la justice vers les programmes de Breaking Free.

Les «Health Related Programs» sont des programmes communautaires visant à améliorer la santé des minorités et axés sur le planning familial, des conseils aux femmes enceintes et la prévention et le traitement des MTS et du Sida. Breaking Free assure le suivi du dossier médical de ses clientes (les survivantes de la prostitution).

Le «Offenders’Prostitution Program» ou «John’School» s’adresse aux clients afin de les sensibiliser à la réalité vécue par les femmes dans la prostitution. Une partie du programme inclut le témoignage de survivantes de la prostitution. «En collaboration avec le tribunal communautaire du comté de Ramsey, le bureau du procureur général de Saint Paul et les membres du Community Block Club, Breaking Free offre un programme de formation de 8 heures destiné aux hommes arrêtés pour sollicitation ou pour s’être engagés dans des activités liées à la prostitution». Selon Breaking Free, 90 % des clients ayant complété le programme ont changé leur attitude concernant le système de la prostitution.

«Public Policy / Expert Testimony» : Le personnel de Breaking Free témoigne comme experts lors de procès, ainsi que dans diverses institutions et comités du gouvernement.

«Community Organizing / Awareness ans Social Change / Training» : Le personnel de Breaking Free fait de l’éducation populaire au niveau du grand public, des services sociaux, des militant-es du milieu communautaire, du milieu de la santé, des employé-es du système de justice, des leaders de la communauté, etc.

Financement

Selon Vednita Carter: «Notre principale source de financement provient de fondations, de l’État (ministère des Services sociaux et ministère de la Santé du MN) et de subventions fédérales». Le budget annuel de l’organisation est d’environ 800 000 $.

 

Allié-es

-Metropolitan Coalition Against Prostitution

-Gerald D. Vick Human Trafficking Taskforce of MN

-Ramsey County Court and Community Representative

-CATW

-The SAGE Project

-Minnesota Coalition for Battered Women

-Donna Hughes et Melissa Farley

 

Coordonnées

Vednita Carter, Executive Director, Breaking Free

vcarter@breakingfree.net

Tél : 651-645-6557

Fax : 651-645-7073

Adresse : PO Box 4366

770 University West

Saint Paul, MN, 55104, USA

http://www.breakingfree.net

 

Recherche effectuée par Rhéa Jean