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Communiqué: Ontario Superior Court Challenge: Total decriminalization of prostitution is not the solution, says Montreal abolitionist group

Montreal, October 6th, 2009 – The Coalition for Struggles Against Sexual Exploitation – CLES – is concerned by the increased violence against women involved in prostitution that could follow from invaliding all Canadian Criminal Code restrictions on prostitution.

CLES includes female survivors of prostitution, women who have been exposed to violence both on the street and behind the doors of brothels and bars. After a year of working together on these issues, CLES is convinced that it is false to affirm that TOTAL decriminalization – including immunity for johns and pimps – would improve women’s quality of life. In fact, it has been demonstrated in other jurisdictions that across-the-board decriminalization is usually followed by the adoption of a gamut of regulations and laws that have a number of harmful consequences. Pimps are transformed into mere “business men”, clients become legitimate “consumers”, and women become more exposed to victimization through physical abuse, trafficking and other forms of abuse.

Where full decriminalization has been attempted, reputable studies have shown that the sex industry and sexual tourism expand and that society evolves according to a market model, providing ever more women’s bodies at ever lower cost for buyers. This specifically happened in The Netherlands, where the government totally lost control over the situation and is now attempting to close down most of Amsterdam’s red-light district, taken over by organized crime.

CLES feels that prostitution is violence against all women and that total decriminalization will only legitimate the commoditization of women’s bodies.

“Together – female survivors of multiple types of violence -, we say YES to decriminalizing the persons exploited in prostitution and NO to decriminalizing the people who profit from their prostitution: the clients and the pimps. No to the commoditization of women bodies!”

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For more information, please contact: Axelle Beniey, Communications Officer, Coalition for Struggles Against Sexual Exploitation (CLES)
514-750-4535
info@lacles.org
http://www.lacles.org

 

Communiqué: Les agressions à caractère sexuel, c’est criminel luttons ensemble !

Montréal, le 11 septembre 2009 – Cette année, dans le cadre de la journée d’action contre la violence faite aux femmes et pour marquer ses 30 ans d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel, le Regroupement québécois des CALACS lance sa toute nouvelle campagne d’affiches et de cartes postales.

Six affiches et cartes postales ont été réalisées avec des slogans tel que « Invisible ne veut pas dire inexistant » ou encore « Le silence est néfaste. Soyons à l’écoute. »

« Nous voulons montrer à quel point le tabou social qui entoure la violence sexuelle comporte des conséquences graves tant pour les victimes que pour leur entourage. Ces victimes peuvent être n’importe quelle femme que l’on croise sur la rue, peu importe sa classe sociale, son éducation, son âge ou son origine ethnoculturelle », dit Danièle Tessier, porte-parole pour le Regroupement québécois des CALACS.

Aujourd’hui, on estime qu’un tiers des femmes âgées de plus de 16 ans ont été victimes d’au moins une agression sexuelle au cours de leur vie, mais que seulement 10 % des victimes portent plainte.

De plus, les conséquences des agressions sexuelles peuvent être très graves sur la santé physique et mentale des femmes. Celles-ci peuvent vivre de la honte, de l’anxiété ou encore souffrir de dépression, avoir des problèmes de toxicomanie, d’alcoolisme ou des troubles alimentaires. Dans certains cas, cela peut même mener au suicide ou à la prostitution.

C’est pourquoi le Regroupement québécois des CALACS, en collaboration avec la CLES, ont développé une affiche et une carte postale spécifiques à la prostitution, afin de nous rappeler que ce n’est pas un choix, mais une violence faite aux femmes et qu’il est possible de vivre dans un monde sans prostitution.

Par ailleurs, les deux organismes déplorent que la réponse aux besoins d’aide en violence sexuelle connaisse autant de lacunes, lesquelles touchent particulièrement les femmes les plus vulnérables.

Il faut notamment souligner les réalités particulières de certaines femmes dont les femmes autochtones ou encore les femmes vivant avec un handicap. Dans leur cas, les risques d’être agressés sexuellement sont de 2 à 3 fois plus élevés.

Enfin, de nombreuses activités sont prévues à travers le Québec. Pour obtenir le calendrier des activités de votre région, contactez votre CALACS. Pour connaître les coordonnées des CALACS, visitez notre site Internet : www.rqcalacs.qc.ca

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Lettre: Une autre tuerie misogyne en Pennsylvanie

Par Tamar Eylon, au nom de la collective du Vancouver Rape Relief and Women’s Shelter

Mardi le 4 août, un homme aigri de ne pas arriver à séduire des femmes de 20 ans ses cadettes – comme le lui promettait un ouvrage de psychologie masculiniste – a abattu douze femmes, en tuant trois, Elizabeth Gannon, Heidi Overmier et Jody Billingsley, dans un gymnase de Pennsylvanie.

Comme Marc Lépine à l’École polytechnique, il y a vingt ans, George Sodini a laissé une jérémiade haineuse et centrée sur lui-même, accusant « 30 millions de femmes désirables » de l’avoir « rejeté ».(1) La lettre suivante a été envoyée par un organisme féministe de Vancouver aux femmes de Pennsylvanie, par le biais de deux coalitions locales.

“Nous tenons à adresser nos condoléances aux ami-es et aux familles des femmes tuées en Pennsylvanie. Nous adressons également nos souhaits de rétablissement aux femmes blessées. Nous les femmes vivons avec tant de menaces normalisées pesant sur nos vies que nous en venons à ne presque plus remarquer tout ce que nous faisons pour éviter la violence sexiste. Quel brutal rappel qu’il n’existe pas de lieu sûr pour les femmes !

“Le nombre des femmes tuées par des hommes continue d’augmenter, habituellement une à la fois, mais ces décès ne sont pas isolés. Cette année marque le vingtième anniversaire du Massacre de Montréal ; les féministes l’ont dit à l’époque et nous le répétons aujourd’hui : “Le motif, c’est la misogynie.” Ce “tireur isolé” partage une crainte et une haine des femmes avec les hommes qui battent leur conjointe ou qui violent, harcèlent et prostituent des femmes et des enfants. Même s’il n’a pas ciblé les femmes en tant que féministes, comme dans le cas du Massacre de Montréal, George Sodini voulait adresser un message à toutes les femmes. Mais nous refusons d’écouter et nous refusons d’obéir.

“Au lendemain du Massacre de Montréal, le collectif de l’organisme Vancouver Rape Relief and Women’s Shelter a adressé un message aux femmes de Montréal, au nom de l’Association canadienne des centres contre le viol. Ce n’est pas une coïncidence si les mêmes mots s’appliquent au fémicide commis en Pennsylvanie mardi dernier.

« Nous n’excuserons pas ses actes quand nous connaîtrons la tristesse et l’échec de sa vie. Nous ne blâmerons pas sa mère ou son amante ou les femmes qui ont refusé d’être ses amantes. Nous ne blâmerons pas les femmes qu’il blâme dans son message d’outre-tombe (affiché sur Internet dans ce cas-ci). Nous ne blâmerons pas les féministes qui ont lutté pour les libertés des femmes. Nous tenons responsables les hommes qui lui ont appris à attendre des femmes la réponse à tous ses besoins. Nous tenons responsables les hommes qui ont échoué à lui apprendre à vivre avec des moments de déception et de colère, sans exercer de représailles. »

De Vancouver, à notre service téléphonique de soutien aux victimes de viol et notre maison de transition pour femmes violentées et pour leurs enfants, nous poursuivons la lutte. Nous gardons espoir du fait de savoir que d’autres féministes luttent pour l’égalité et la liberté partout dans le monde. Nous devons demeurer solidaires et nous devons poursuivre ce combat.

Tamar Eylon,
au nom de la collective du Vancouver Rape Relief and Women’s Shelter

(Traduction : Martin Dufresne)

Communiqué: Inspirée par l’expérience des femmes vis-à-vis de l’exploitation sexuelle, la CLES se donne un plan d’action

Montréal, 26 mai 2009 – Dans le cadre de son Assemblée générale de fondation du 23 mai dernier, la Concertation des luttes contre l’exploitation sexuelle (CLES) a réuni des intervenantEs spécialiséEs dans l’analyse des enjeux de la lutte contre l’exploitation sexuelle.

L’objectif était de partager les causes et les conséquences de la prostitution, cette institution basée sur l’exploitation sexuelle des femmes, d’en tirer des priorités et un plan d’action pour la CLES au cours de l’année 2009-2010. La discussion a mis en lumière les liens cette exploitation et la pauvreté des femmes. Celles qui ont cru pouvoir échapper à cette pauvreté se retrouvent sans alternatives économiques et sociales et font face à un manque de ressources pour sortir de l’industrie du sexe. Les intervenantEs ont rappelé que la prostitution est une véritable atteinte au droit des femmes à l’égalité, telle que prévue par la Charte canadienne des droits et libertés ainsi que la Charte québécoise des droits de la personne.

Richard Poulin, qui intervient comme témoin expert dans une cause devant un tribunal en Ontario, affirme à l’instar des groupes abolitionnistes féministes que la décriminalisation des femmes prostituées est nécessaire, mais que décriminaliser ceux qui en profitent – clients et proxénètes – légitime le système d’oppression de l’exploitation sexuelle et rend invisible la violence masculine intrinsèque à la prostitution. Légaliser la prostitution équivaudrait à légaliser l’inégalité.

Par la suite, la CLES a adopté un plan d’action élaboré à partir de quatre axes d’intervention – l’éducation/sensibilisation, l’action, l’accompagnement et le soutien et la promotion – qui intègre les besoins exprimés par les femmes touchées par la prostitution et la diversité des situations vécues par celles-ci ainsi que leurs origines et cultures multiples. Une quarantaine de nouveaux membres ont salué les efforts et les résultats des initiatives menées par la CLES.

Ces militantEs et intervenantEs y participent à titre individuel ou comme représentantes de plusieurs groupes de femmes qui luttent contre les agressions sexuelles, la traite, ainsi que des groupes féministes qui partagent cette vision commune d’un monde sans prostitution.

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Lettre: Net recul pour les femmes

Montréal le 11 mai 2009L’annonce d’une série télévisée, intitulée Pole position Québec, produite et animée par Anne-Marie Losique, mettant en compétition des danseuses nues et des vedettes du porno est une bien triste nouvelle. La diffusion de cette série par la télévision, la rendant ainsi accessible au grand public même s’il s’agit de la télé payante, s’inscrit dans la banalisation accélérée et la glorification du commerce du sexe observées au cours de la dernière décennie. S’il est vrai que le Québec est en train d’acquérir une réputation internationale pour ses bars de danseuses nues, cela n’a rien de réjouissant. Cette tendance devrait nous inquiéter, non d’un point de vue puritain, mais parce qu’elle constitue un net recul pour la lutte des femmes pour l’égalité et le respect de leurs droits. Il ne s’agit pas ici uniquement d’exposer des femmes nues ou légèrement vêtues dansant autour d’un poteau, mais d’une incitation directe à la consommation de tels spectacles qui poussent les hommes à acheter des « services sexuels », autrement dit à devenir des clients prostitueurs.

Pour ceux qui croient qu’il s’agit d’une prestation artistique sans conséquence, rappelons que, suite au jugement de la Cour suprême du Canada d’autoriser la danse-contact (en décembre 1999), impliquant des attouchements sexuels entre danseuses nues et clients dans les isoloirs, cette pratique, dénoncée par un certain nombre de danseuses nues de Toronto comme étant de la prostitution, s’est rapidement généralisée dans les bars de danseuses au Québec. À présent, dans la plupart des bars de danseuses, au lieu d’être rémunérées par les propriétaires de bars pour leur prestation, ce sont les danseuses qui doivent payer un droit au propriétaire pour avoir accès aux clients qu’elles doivent satisfaire dans des isoloirs pour obtenir rémunération. Dans ce contexte, on comprend que l’émission de Mme Losique servira à la promotion de cette pratique pour le plus grand bénéfice des propriétaires de bars. Ces derniers accroîtront ainsi leur notoriété et leur « respectabilité », tout en attirant davantage de jeunes femmes vers ce « métier », présenté comme étant glamour et lucratif. La décision de diffuser ce genre d’émission à la télévision relève donc d’un choix politique très questionnable.

Bien entendu, la prolifération de bars de danseuses nues s’inscrit dans un contexte plus large où la culture pornographique envahit de plus en plus notre espace et pénètre tous les foyers (via Internet et la Télé). Des études montrent que la consommation accrue de la pornographie et de la prostitution influence en profondeur les relations entre les hommes et les femmes. Cela reproduit et propage une représentation des rapports sexuels calqués sur le rapport entre client et prostituée, qui rend plus difficile de concevoir des rapports sexuels réciproques, non commerciaux, entre êtres humains.

À Montréal comme ailleurs au pays, la multiplication d’établissements qui encouragent et tirent profit de diverses formes de prostitution est devenue très visible. Bars de danseuses nues, salons de massages érotiques, agences d’escortes, et autres commerces annoncent impunément des « services sexuels » à travers les médias, malgré les lois canadiennes qui interdisent la tenue de « maison de débauche » et le proxénétisme. Il est affligeant de constater le laxisme des autorités qui ferment les yeux sur ce type de commerce, n’intervenant que lorsqu’on soupçonne l’implication de mineures. Autrement, c’est la politique de l’autruche qui prime. Aujourd’hui, des poursuites judiciaires soutenues par l’industrie du sexe tentent d’invalider les articles du Code criminel canadien sur ce sujet. La lutte juridique se double d’une offensive au niveau de l’opinion publique pour rendre ces pratiques socialement acceptables. Il est indéniable que les médias servent de courroie de transmission efficace dans la poursuite de cet objectif. Il est désolant de constater la popularité croissante d’un certain discours s’inspirant du néolibéralisme, qui prétend que la prostitution est un choix économique légitime qui ne doit souffrir aucune ingérence de l’État. Cette opinion répandue occulte les effets ravageurs, physiques et psychologiques, de la prostitution sur les personnes qui la pratiquent.

Soyons clair. La prostitution n’est pas une question de liberté sexuelle et son acceptation sociale ne la rend pas inoffensive pour autant. Elle ne peut être réduite à une question de santé publique, comme l’affirment certains milieux qui préconisent la décriminalisation totale, sous prétexte de mieux lutter contre le VIH/sida. Les impacts sociaux désastreux de la prostitution sur les femmes et les enfants qui s’y laissent prendre sont multiples et bien documentés. Il faut tirer les leçons des pays qui ont choisi de légaliser la prostitution (tels les Pays-Bas, l’Allemagne, l’Australie et la Nouvelle Zélande), voulant ainsi tirer profit de cette industrie, et qui en subissent aujourd’hui les graves conséquences. Toutes les études montrent que la prostitution, légale ou non, reste intimement liée au crime organisé et au trafic sexuel qui l’alimente. Il est illusoire de vouloir améliorer les conditions de sa pratique, car la prostitution repose sur des rapports de domination qui renforcent et perpétuent la subordination des femmes.

Il est urgent de susciter un vaste débat public pour réfléchir aux enjeux sociaux de l’exploitation sexuelle commercialisée. Veut-on faire du Québec une nouvelle destination du tourisme sexuel pour lutter contre la crise économique? Ira-t-on jusqu’à inciter les jeunes chômeurs et les étudiants à se prostituer pour survivre ou pour payer leurs études? Est-il responsable de brader ainsi le corps des jeunes, surtout des femmes, pour attirer le tourisme et renflouer l’économie? Le commerce du sexe comporte des risques et des coûts sociaux exorbitants qui ne peuvent être ignorés. Ce sont surtout les personnes les plus vulnérabilisées, par la pauvreté et la violence, qui sont recrutées par ce commerce. Allons-nous continuer à fermer les yeux et prétendre que c’est leur libre choix, au lieu de leur offrir les moyens d’y échapper ?

Le plus grand obstacle à la lutte contre la prostitution c’est de croire qu’elle est inévitable. Comme le souligne Sheila Jeffreys dans son dernier ouvrage (The Industrial Vagina), l’esclavage est lui aussi une pratique fort ancienne et répandue, mais nul n’utilise cet argument pour justifier cette coutume inacceptable. Dans le contexte de grave crise économique comme celle que nous traversons, il est urgent de se doter d’une véritable politique en matière de prostitution qui tienne compte de l’intérêt commun à long terme. Pour cela, il faut suspendre immédiatement toute répression à l’endroit des personnes qui y sont contraintes pour survivre et cesser de banaliser la prostitution. Il convient d’adopter plutôt un ensemble de mesures efficaces pour arrêter ce commerce destructeur. Défendons notre droit de vivre dans un monde sans prostitution et mettons en place les moyens pour y parvenir.

Yolande Geadah, auteure et membre fondatrice de la CLES

Communiqué: Réponse à l’appel au boycott de la CLES lancé par l’organisme Stella

Montréal le 24 avril 2009 – La Concertation des luttes contre l’exploitation sexuelle (CLES) est un regroupement d‘organismes et de personnes qui proposent une alternative au discours banalisant et légitimant la prostitution. La CLES, à partir d’une analyse fondée sur les principes d’égalité et de respect des droits humains, préconise l’adoption d’une politique globale cohérente visant à abolir l’exploitation sexuelle des personnes. Depuis un an la CLES a entrepris de rejoindre et de mettre en réseau des femmes ayant un vécu en lien avec l’exploitation sexuelle. Les femmes qui nous contactent le font sur une base totalement volontaire, à partir de la publicité que nous affichons dans des lieux publics et dans des organisations. Mais quelle ne fût pas notre surprise de constater sur le WEB qu’une campagne de boycott de notre travail s’amorçait, à l’appel de l’organisme Stella !

Au cours de la dernière semaine, une lettre de Stella a en effet été diffusée à travers divers réseaux féministes, médiatiques, de services sociaux, et cela, jusqu’en Europe. Cette lettre est cosignée par certains organismes travaillant auprès des femmes qui vivent de l’exploitation sexuelle. Stella y demande à ses partenaires de ne pas ou ne plus référer de femmes à la CLES. Pour justifier cette demande de boycottage, Stella avance quatre accusations :

  • « La CLES a reçu un budget important alors qu’elle n’offre aucun service direct aux femmes.
  • La CLES ne favorise pas la prise en charge individuelle et collective des femmes, ne répond pas à leurs besoins, ne leur donne pas les outils pour travailler en sécurité et avec dignité.
  • La CLES utilise un discours qui nie toute autonomie, victimise les femmes et est méprisant.
  • L’approche et le manque d’ouverture de la CLES aura pour effet de renforcer la stigmatisation et d’accroître l’isolement des travailleuses du sexe. »

Nous trouvons nécessaire de réagir à ces énoncés, pour à la fois rectifier les faits et expliquer davantage qui nous sommes.

Oui, à la CLES nous croyons que la prostitution est une violence envers les femmes et qu’elle a des impacts graves dans la vie des femmes, tant sur le plan psychologique que physique. ET nous ne sommes pas les seules à le croire. Des femmes qui ont vécu la prostitution, pendant des mois, des années, et d’autres qui la vivent encore sont venues à la CLES parce qu’elles trouvaient « enfin » un groupe qui énonçait à voix haute ce qu’elles ressentaient dans leur corps et leur âme. Nous croyons avec elles que les femmes qui vivent la prostitution et qui estiment que « ce n’est pas un travail » ont le droit de s,exprimer et d’agir ensemble pour s’en sortir, pour aider d’autres femmes à en sortir, pour prévenir l’entrée d’autres femmes dans la prostitution et dénoncer la violence qu’elles vivent.

La CLES met en place une concertation pour le changement. Oui, nous intervenons directement auprès des femmes prostituées mais différemment de Stella. Nous partons des besoins des femmes tels qu’elles nous les expriment. Elles veulent des soins adaptés aux multiples problèmes de santé physiques ou psychologiques qui découlent de leurs expériences d’exploitation, elles cherchent des moyens de se réinsérer dans des emplois satisfaisants ; elles ont besoin de logements abordables, de moyens d’échapper à un “pimp”, à la violence et au mépris exprimés par des clients, dont elles gardent le souvenir très vif ; elles veulent reprendre contact avec leurs enfants, parler avec des femmes ayant un vécu comme elles, etc. Nous favorisons l’empowerment des femmes, en leur proposant un lieu de rencontre pour faire tout cela. Elles reçoivent et se donnent le soutien direct, les informations, les références, les ressources et le réseau de contacts qu’elles réclamaient.

Les femmes trouvent aussi et surtout à la CLES l’espace nécessaire pour être instigatrices de changements sociaux, ce qui leur permet, non seulement d’être en demande d’aide, mais aussi dispensatrices d’aide, d’informations et de connaissances. Par exemple, plusieurs se sont associées à la création du matériel pédagogique de prévention auquel travaille la CLES. Leurs témoignages serviront à informer et sensibiliser d’autres personnes aux divers sentiers qui mènent à l’exploitation sexuelle comme à ceux qui permettent d’y échapper.

Elles collaborent à une vidéo documentaire, à des formations basées sur les principes de l’intervention féministe auprès des intervenantEs, pour les imprégner de leur expérience et de leurs points de vue. Pour la CLES, voilà des façons tangibles de lutter contre la stigmatisation, l’isolement, la honte et la violence, de permettre aux femmes de rêver et d’avoir mieux. La CLES estime que l’action collective demeure une pratique légitime et essentielle dans les milieux féministes.

Nous travaillons à changer la vie des femmes à long terme. Le projet de la CLES vise à faire entendre les femmes qui dénoncent leur prostitution en tant que violence et à remettre au coeur de la lutte contre la violence envers les femmes la dénonciation de l’ensemble des mécanismes d’appropriation du corps et de la sexualité des femmes. Cela comprend inévitablement la prostitution. Il est certain que ce discours critique de l’industrie du sexe et du patriarcat est minoritaire et n’a pas bonne presse mais nous persistons. Il est sans doute moins applaudi par certains médias que celui des groupes qui réclament une décriminalisation tout azimut, incluant celle des proxénètes et des clients-prostitueurs.

Pour les femmes que nous côtoyons, prendre la parole publiquement et se soustraire au contrôle des hommes signifie s’exposer à des représailles. De plus, leur revenu est menacé quand elles sont encore dans la prostitution. C’est donc avec beaucoup de courage et surtout de solidarité que ces femmes s’engagent dans la lutte pour un monde meilleur pour toutes. N’ont-elles pas le droit d’être entendues ?

La réaction des groupes qui prônent une décriminalisation aveugle montre combien il est urgent qu’au Québec d’autres voix soient entendues. Il est urgent que l’oppression que vivent les femmes dans la prostitution soit enfin considérée. Nous pensons que l’approche abolitionniste, défendue par la CLES, a sa place légitime dans l’intervention par, avec et pour des femmes prostituées.

Ce que Stella et les organismes ayant signé cet appel au boycott suggèrent par cette action, c’est qu’il n’y a pas d’autre solution que celle de la décriminalisation totale et qu’on doit bâillonner les femmes qui ne sont pas d’accord [avec cette demande]. Comment peut-on prétendre défendre les droits des personnes prostituées et les représenter si l’on refuse de les informer des diverses ressources existant pour elles, y compris la CLES qui leur offre concrètement du soutien pour ne plus vivre cette situation d’exploitation ?

Nous invitons les groupes qui ont cosigné la lettre de Stella à revoir leur adhésion à ce boycott. Leur refus de donner à certaines femmes les moyens de s’en sortir est très « questionnant ». C’est aux femmes de décider quelle aide et quelle analyse de ce qu’elles vivent répondront le mieux à leurs besoins. Concentrons plutôt nos énergies sur la lutte pour un monde plus égalitaire.

Communiqué: Le corps des femmes est attaqué. Que fait-on? On se tient debout et on riposte!

Montréal, le 19 janvier 2009 – Nous sommes des jeunes femmes qui étions présentes lors du Rassemblement pancanadien de jeunes féministes qui a eu lieu à Montréal les 11, 12, et 13 octobre 2008. Nous sommes également de celles qui ont participé à l’atelier sur l’industrie du sexe et à l’action contre la pornographie et la prostitution sur la rue Sainte-Catherine. Nous tenons ici à réagir aux propos d’Ariel Troster publiés sur le site de xtra.ca, le 31 octobre 2008, sous un article intitulé « Anti-porn feminists. PERSONAL / POLITICAL / Women’s conference still divided on sex work » (www.xtra.ca).

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Lettre: Des milliers de personnes réagissent à un concours de danse érotique

Montréal, jeudi le 11 décembre 2008

Gagner une paire de seins, à quel prix ?

Et si c’était votre fille, votre sœur, votre amie, votre nièce, votre conjointe,… comment réagiriez-vous au fait qu’on l’incite « amicalement » à la danse érotique ? Une invitation à entrer dans l’industrie du sexe qui est tout, sauf amicale. Une invitation à marchander son corps comme un bien de consommation ou d’exploitation. Un corps qu’on voudra ensuite transformer, modeler, charcuter pour correspondre aux canons de beauté en vogue. Certains diront que l’on exagère. Pourtant une publicité pleine page en novembre 2008 dans un journal local des Laurentides, invitait les demoiselles à un concours amical de danseuses en lingerie : « Vos performances ou plus encore, à votre discrétion ». Le concours que l’on pourrait également qualifier de recrutement, est organisé par un bar de danseuses nues. Vous voyez le lien avec l’industrie du sexe ?

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Communiqué: La violence des prostitueurs, des proxénètes et de la prostitution, plus jamais.

Montréal, 26 novembre 2008 – Au moment où s’ouvre au Palais de Justice de Montréal le procès pour agressions sexuelles de Giovanni d’Amico, des membres de la Concertation des luttes contre l’exploitation sexuelle (CLES) vont y manifester leur solidarité envers les femmes qui l’ont dénoncé. La CLES veut signifier son refus de toute forme de violence et de discrimination à l’égard des personnes prostituées, quelque soient la forme et le lieu où elle s’exerce. La CLES réclame que cesse immédiatement toute criminalisation et tout harcèlement des femmes en situation de prostitution mais aussi que soit réformé un système qui, en les appauvrissant et en niant leurs droits, les livre aux prostitueurs et aux proxénètes.

À l’instar de la Suède et maintenant de la Norvège, la CLES réclame une loi-cadre qui permette d’appuyer réellement les femmes qui veulent non seulement porter plainte contre leurs agresseurs mais trouver des alternatives à la stigmatisation inhérente à une société misogyne.

Depuis 1989, on a dénombré 40 femmes tuées par des hommes dans le contexte de l’« industrie du sexe » au Québec. De ce nombre, 12 femmes faisaient de la prostitution de rue. Les autres étaient au service d’agences d’escortes, œuvraient dans leurs appartements ou encore allaient au domicile des clients. Certaines ont été tuées par des clients, d’autres par des proxénètes. Certaines ont été assassinées par leur partenaire sexuel, d’autres par des inconnus dans le cadre d’un règlement de compte (crime organisé). La violence des prostitueurs et des proxénètes ne se limite pas à la prostitution de rue. Il est illusoire de croire que de permettre la création de bordels coopératifs, de ‘‘zones de tolérance’’ et autres lieux similaires leur assurerait une plus grande sécurité.

La CLES souhaite voir pénalisés l’achat d’actes sexuels – une violence en soi – et l’exploitation des femmes et des filles par les proxénètes, les tenanciers de bordels et les trafiquants qui tirent parti de leur pauvreté, avec la complicité de l’État.

La CLES participe à la Campagne des 12 jours d’actions contre la violence envers les femmes, coordonnée par la Fédération des femmes du Québec. Elle organise à cet effet un échange international avec des militantes de terrain d’une dizaine de pays au Centre St-Pierre, le jeudi 4 décembre à 17 h 30 au Centre St-Pierre (pièce 204), sur le thème La prostitution comme violence envers les femmes

Communiqué: La CLES dit NON à la violence de la prostitution

Montréal, 17 décembre 2007 – Le 17 décembre est déclaré Journée internationale pour contrer la violence envers les personnes en prostitution. Les membres de la Concertation des luttes contre l’exploitation sexuelle (CLES) souhaitent marquer cette journée et réaffirmer leur refus de toute violence exercée ici comme ailleurs dans le monde, à l’égard des femmes et des filles qui se retrouvent en situation de prostitution. Nous dénonçons la violence psychologique, physique et sexuelle qu’elles subissent à l’instar de plusieurs femmes dans une société patriarcale mais nous dénonçons aussi la répression judiciaire et sociale à leur endroit.

Cette violence tient à ce que notre société préfère harceler et criminaliser ces femmes plutôt que de s’attaquer à ceux qui sont à la source de ces violences, soit les proxénètes et les clients. L’application actuelle des lois et des règlements, aux trois paliers de gouvernement, met l’accent sur la criminalisation des femmes, plutôt que sur l’interpellation des clients et des proxénètes, devant qui les législateurs ferment les yeux de mille et une façons. Ceux-ci se sentent pleinement autorisés à traiter les personnes en prostitution comme une source de profits et de gratification.

Pour les organisations et personnes membres de la CLES, les tentatives actuelles d’imposer une légalisation ou la décriminalisation du proxénétisme et des bordels ne feraient qu’aggraver cette violence en multipliant l’exploitation sexuelle commerciale des femmes. Les statistiques d’agression démontrent que proxénètes et clients sont tout aussi méprisants et violents derrière des portes closes que dans la prostitution de rue. La preuve déposée au procès de Robert Pickton – qui a dit avoir tué 49 femmes en Colombie-Britannique – indique que sa ferme était essentiellement un bordel. Au Québec, au moins 5 des 14 femmes en situation de prostitution tuées au cours des 10 dernières années étaient à l’emploi d’agences d’escorte, de maisons closes, de clubs échangistes, de bars ou se rendaient chez des acheteurs de « services sexuels ». Cette violence organisée doit cesser.

La solution n’est pas de normaliser l’industrie de la prostitution – comme certains le réclament – mais de cibler et confronter la « demande » masculine. La CLES soutient qu’un monde sans prostitution est possible. L’expérience de pays comme la Suède démontre que, plutôt que de criminaliser les femmes en situation de prostitution, il est beaucoup plus efficace de leur offrir de véritables solutions en cessant de les arrêter et en les appuyant réellement, tout en ciblant leurs exploiteurs. De plus, le fait de situer l’institution de la prostitution dans un continuum de violence envers les femmes permet de travailler sur des solutions visant une égalité de fait pour toutes les femmes.

Cet appui réel est celui que réclament depuis toujours les femmes défavorisées, sans logis, immigrantes ou narcodépendantes. C’est parmi elle que sont majoritairement les femmes captives de la traite et de la prostitution. Elles demandent du soutien psychologique, l’accès à des logements et des programmes de garderie abordables, des programmes de désintoxication, la possibilité de retourner aux études ou de réintégrer le marché du travail dans des emplois satisfaisants, un soutien au revenu, l’accès à la justice et des démarches d’immigration simplifiées.

La CLES regroupe depuis mai 2005 des intervenantes de première ligne, des chercheurEs universitaires, des auteurEs et des représentantEs d’organismes communautaires et religieux. Toutes et tous mènent un travail d’éducation populaire et de défense des droits des personnes aux prises avec la prostitution, une forme de violence qui est le contraire même de l’égalité femmes-hommes, qu’elle se fasse dans la rue ou via des agences d’escorte, dans des salons de massages dits érotiques, bars spécialisés ou bordels, via la pornographie ou Internet. Elle touche particulièrement les femmes davantage marginalisées (pauvres, racisées, migrantes, autochtones, adolescentes, victimes d’inceste et de viol, etc.)

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