Communiqué: changement de position de la Ville de Montréal sur les salons de massage : un revirement qui inquiète la Concertation des luttes contre l’exploitation sexuelle

Montréal, le jeudi 20 février 2014 – La Concertation des luttes contre l’exploitation sexuelle (CLES) est surprise d’apprendre ce matin que la responsable de la sécurité publique à l’exécutif de la Ville de Montréal, Madame Anie Samson, songe à tolérer les salons de massages et à imposer un contrôle identitaire aux femmes qui s’y trouvent. Il s’agit là de mesures non seulement inefficaces et insuffisantes mais aussi d’un virage à 180 degrés par rapport aux intentions précédemment exprimées par Madame Samson. Celle-ci a en effet affirmé à plusieurs reprises – et lors de notre rencontre avec elle – vouloir lutter contre ces salons, dont elle disait, dans La Presse du 18 décembre 2013, « que c’est souvent le milieu criminalisé qui contrôle ces salons. On ne veut pas juste les fermer, on veut aussi réinsérer ces femmes dans la communauté».

  

Cette nouvelle est d’autant plus surprenante que le maire de Montréal, Monsieur Denis Coderre, a pris des engagements très clairs en matière de lutte contre l’exploitation sexuelle et les salons de massages dits « érotique ». Lors de la campagne électorale municipale de l’automne dernier, l’Équipe Coderre nous déclarait dans un courriel « supporter ardemment » le travail effectué par la CLES et « appuyer sans réserves » les engagements que nous proposions pour délégitimer l’industrie du sexe et faire de Montréal une ville luttant contre l’exploitation sexuelle. Quant aux engagements visant à s’attaquer à la demande et à soutenir les femmes ils contenaient, toujours selon le courriel d’Équipe Coderre, « des éléments très intéressants devant être discutés à l’intérieur du comité de travail sur la question de la prostitution ».

La CLES, qui travaille au quotidien auprès des femmes ayant un vécu en lien avec la prostitution est consternée à l’idée que la Ville de Montréal songe à encadrer la prostitution en utilisant la notion de sécurité des femmes pour « aménager » leur exploitation. « Nous savons, tout comme Madame Samson et Monsieur Coderre, que les salons de massages érotiques sont des bordels modernes. Encadrer leur existence contribuerait à banaliser la prostitution. Cette banalisation amène de jeunes femmes à envisager faire de l’argent de cette façon (alors que l’on sait que les conséquences de cette exploitation sont terribles) et conforte les hommes dans l’idée qu’il est normal d’acheter des actes sexuels » affirme Diane Matte.

La CLES espère donc que Monsieur Coderre ne cèdera pas aux pressions de l’industrie du sexe et honorera ses engagements à lutter contre l’exploitation sexuelle et à mettre sur pied un comité de travail sur la prostitution – un sujet autrement plus large que la seule question des salons de massages – auquel nous il nous fera plaisir de siéger et de partager notre expertise. « Nous voulons plus pour les femmes dans la prostitution que des contrôles d’identités et des permis adéquats, conclue Mme Matte, et nous voulons plus pour les femmes que la prostitution ».