Communiqué: L’inclusion de toutes les femmes passe par la reconnaissance de toutes les violences qu’elles subissent

Montréal, le jeudi 21 novembre 2013 – La fin de semaine dernière, la Concertation des luttes contre l’exploitation sexuelle (CLES), comme bien des individues et groupes de femmes du Québec, a participé au grand rassemblement féministe des États généraux de l’action et de l’analyse féministes.

La CLES y a donné, en collaboration avec le Regroupement québécois des centres d’aides et de lutte contre les agressions à caractère sexuel, la Fédération des ressources d’hébergement pour femmes violentées et en difficulté du Québec et le Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence et de violence conjugale du Québec, un atelier intitulé « La violence sexiste contre les femmes : de l’indignation à l’action! » auquel une soixantaine de femmes ont participé. Des membres et travailleuses de la CLES ont aussi participé à une variété d’ateliers et ont siégé sur les plénières afin de faire valoir leur vision du féminisme sur différents sujets, selon leurs intérêts personnels et sur une base volontaire.

Durant cette belle fin de semaine, plusieurs propositions ont été adoptées, qui étaient soit issues du cahier de propositions émanant du long processus de préparation des États généraux soit nées des réflexions et discussions inspirées par les ateliers. La CLES se réjouit que des propositions concernant la lutte contre le sexisme et la pornographie, la reconnaissance de la violence exercée par les prostitueurs et proxénètes à l’égard des femmes et l’engagement d’offrir des ressources pour les femmes qui veulent sortir de la prostitution aient été adoptées en plénière. Il a aussi été adopté à la majorité simple en sous-plénière (en présence d’une centaine de femmes) que le mouvement féministe québécois endosse un modèle socio-juridique qui décriminalise les femmes dans la prostitution, procure des alternatives économiques et du soutien social pour prévenir l’entrée dans la prostitution ainsi que pour celles qui souhaitent en sortir ou en sont déjà sorties et finalement, qui responsabilise et criminalise les clients et les proxénètes.

Ces prises de positions par les femmes du mouvement féministe, issues de toutes les origines et de tous les coins du Québec sont en adéquation avec l’air du temps. En effet, alors que les pays nordiques célèbrent les succès de leurs politiques abolitionnistes et leurs impacts positifs sur l’égalité entre les femmes et les hommes, les pays, tels l’Allemagne et l’Espagne qui ont totalement décriminalisé la prostitution constatent à regret les dérapages souvent violents, racistes et sexistes de l’industrie du sexe. La France, abolitionniste d’esprit, vote actuellement une loi qui mettra en pratique ses engagements envers l’égalité entre les sexes et pénalisera clients et proxénètes tout en décriminalisant les personnes prostituées. Au Canada, alors que nous attendons le verdict de la cause Bedford contre Canada, des Québécoises féministes ont envoyé un message fort au gouvernement canadien : une majorité d’entre elles croient qu’il faut soutenir les femmes dans la prostitution, leur offrir des ressources et des choix réels et il faut voir la prostitution pour ce qu’elle est : une violence des hommes contre les femmes.

Parce que certaines ont soulevé des inquiétudes face au type de solidarité qui s’exprime envers les personnes prostituées à travers le courant abolitionniste et ont même avancé qu’il s’agirait en fait du rejet de leur parole et de leur vécu, nous croyons important de rappeler les faits. De  nombreuses survivantes de la prostitution prennent la parole chaque jour dans les organismes abolitionnistes et témoignent dans les blogues et les médias sociaux pour dénoncer la violence qu’elles ont vécu dans la prostitution, le manque de ressources, de soutien, l’absence d’alternatives réelles et l’hypocrisie de celles et de ceux qui tentent de les convaincre que cette violence sexiste et raciste était leur choix. Ces femmes ayant un vécu en lien avec la prostitution sont radicalement féministes et abolitionnistes et elles s’expriment en leur propre nom malgré le fait qu’elles soient confrontées quotidiennement – tant par l’individualisme ambiant que par ceux qui défendent l’industrie du sexe – à l’idée qu’elles ont choisi leur enfer. C’est la parole de ces femmes qui informe les prises de positions abolitionnistes de la CLES et des organismes de lutte contre l’exploitation sexuelle à travers le monde. C’est aussi cette parole qui est à l’origine des changements de systèmes socio-juridiques que de plus en plus de pays souhaitent effectuer afin d’affirmer leur refus de voir l’exploitation sexuelle comme une fatalité qu’il importe uniquement de contenir.

Près de 600 féministes étaient présentes aux États généraux lors du vote et elles ont voté au deux tiers des propositions reconnaissant ainsi la parole de femmes dans l’industrie du sexe. Plusieurs portaient en elles la blessure de l’exploitation sexuelle sans avoir nécessairement ni l’envie ni le besoin de la brandir sur la place publique pour légitimer leurs choix. Plusieurs sont solidaires de celles qui ont vécu cette violence et les croient lorsqu’elles parlent de la violence inhérente au système prostitueur et c’est pourquoi elles ont voté pour un modèle qui responsabilise les prostitueurs et protège les femmes de la violence des hommes. De tous les hommes qui voudraient les acheter, aussi gentils soient-ils.

C’est avec fierté que les membres de la CLES, nos alliéEs et toutes celles croyant à cette parole de femmes, porteront ces propositions dans leurs lieux d’actions et de luttes.