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THANE BURNETT, SUN MEDIA Regardez les maisons de votre rue, comptez-les et faites un calcul rapide. Si les chiffres de Victor Malarek sont corrects, vous changerez peut-être d’avis au sujet de vos voisins. Dans le cas d'au moins une maison sur neuf. Et si vous ouvrez le nouveau livre de ce journaliste d’enquête aguerri, vous aurez sans doute à vous poser certaines questions, à vous demander quel impact ont sur un monde équitable les choix personnels de tous ces voisins – ou ceux des hommes qui vous entourent. Le nouveau livre de Malarek, The Johns: Sex For Sale and the Men Who Buy It, publié en avril chez Key Porter Books, fait suite à The Natashas, son exposé avisé et indigné du trafic le plus sordide au monde. Dans son nouvel ouvrage, Malarek soutient que trop d’hommes ordinaires perçoivent l’achat du sexe comme un comportement masculin prévisible et inoffensif. Mais pour les femmes en cause, il s’agit moins souvent d’un choix de carrière que d’un piège complexe qui équivaut à de l'esclavage économique ou réel.
Cette fois, l'auteur braque son projecteur sur les clients de la prostitution et sur une société qui se lave les mains de ce qu’on appelle un «crime sans victime» et «le plus vieux métier du monde». Pourtant Malarek – grand journaliste à W-5, l’émission d’affaires publiques du réseau CTV – démontre bien l’importance de pas fermer les yeux sur le commerce du sexe – et sur les hommes qui l’enrichissent. «Ce n’est pas simplement la plus vieille profession au monde,» nous dit Malarek de son domicile à Toronto, «c’est la plus vieille… oppression!» Le journaliste évalue à plus de 10 millions de femmes et d’enfants au monde – et au Canada – les personnes captives d’une industrie valant 20 milliards de dollars. Et plus l’économie bat de l’aile, plus il y a de gens pour vendre et acheter de la chair humaine. Quel rapport entre ces statistiques et votre quartier? Malarek calcule qu’un Canadien sur neuf se paie des prostituées. Et même si nous tentons de nous rassurer en nous disant que la plupart de ces femmes y sont par choix, la recherche conclut, nous dit l’auteur, que jusqu’à 96 pour cent des personnes prostituées rêvent de faire autre chose de leur corps et de leur vie. Dans The Johns, Malarek examine les vies des hommes qui paient pour du sexe, entre autres les solitaires, les handicapés et les misogynes. Il conclut : «Sans l’homme, il n’existerait pas de demande. Il n’y aurait pas d’offre. Les pimps et les criminels n’auraient aucun intérêt à pratiquer ce commerce si des pelotons incessants d’hommes ne parcouraient pas nos rues à la recherche de sexe à acheter.» Même si nous semblons tous plus préoccupés par le terrorisme et les criminels qui s’en prennent aux tours de la finance, Malarek a constaté que, sur le marché noir, les prostituées sont le troisième marché le plus rentable, après celui des armes illicites et de la drogue. «Beaucoup de gens préfèrent garder la tête enfouie dans le sable, explique-t-il. Nous n'osons pas penser à ces femmes comme à de vrais êtres humains.» C'est surtout aux prostituées que s'en prennent la police et les tribunaux, proteste l’auteur, alors que les clients «n’ont qu’à refermer leur braguette et rentrer tranquillement chez eux». Et que dire du fait que partout au monde, les prostituées sont de plus en plus jeunes et les clients, de plus en plus nombreux. Enfin, la crise économique n’améliore en rien le sort des personnes prostituées. Même si l’on dit que le tourisme sexuel s’en trouve affecté outre-mer, les clients constatent tout de même que l'adversité leur permet d’exiger des rabais dans la dégradation. «Pour moi, il s’agit d’une des pires catastrophes au monde, en termes de droits humains», conclut Malarek. Et à en juger par ses chiffres, il est probable que le problème prend source sur votre rue. (Translation: Martin Dufresne) |