Communiqué: La CLES salue la lutte des féministes françaises pour l’égalité entre les femmes et les hommes

Montréal, le mercredi 18 septembre 2013Nous, de la Concertation des luttes contre l’exploitation sexuelle (CLES), tenons à manifester aujourd’hui notre appui à la Délégation aux droits des femmes de l’Assemblée nationale française qui a adopté mardi, à l’unanimité, le rapport de la députée socialiste Maud Olivier sur la pénalisation des clients de la prostitution. L’adoption de ce rapport pourrait mener à l’élaboration d’une loi qui sanctionnerait clients et proxénètes tout en protégeant les victimes du système prostitutionnel. Une telle loi permettrait à l’Assemblée nationale française de se conformer aux valeurs abolitionnistes qu’elle a adoptées en 2011 et de réitérer la primauté de l’égalité entre les femmes et les hommes.

Face à cette avancée, il nous apparaît important de témoigner de notre solidarité et de souligner la lutte que mènent de longue date nos sœurs françaises. Nous saluons le courage politique de Madame Maud Olivier et des membres de la Délégation aux droits des femmes. Nous saluons aussi le travail acharné des 55 associations de soutien aux personnes prostituées, de lutte contre les violences faites aux femmes et de promotion de l’égalité femmes-hommes rassemblées au sein du Collectif Abolition 2012 – qui demandent depuis 2011 l’adoption d’une loi abolissant le système prostitueur – , de même que les quelques 200 associations issues de 27 États membres de l’Union européenne signataires de l’Appel de Bruxelles « Ensemble pour une Europe libérée de la prostitution ».

Nous croyons nous aussi qu’un monde sans prostitution est possible et, comme ces organisations, nous croyons que la réalisation de cet objectif doit passer par l’abolition de la demande et la mise en place d’alternatives réelles à la prostitution. Les féministes abolitionnistes, pro-féministes et survivantes canadiennes mènent actuellement une lutte semblable à celle menée par nos soeurs françaises. Alors que les lobbys pro-industrie du sexe prônent la décriminalisation totale et tentent de faire invalider les lois sur la prostitution devant le plus haut tribunal du pays, nous demandons l’adoption de lois inspirées du modèle nordique qui pénaliseraient clients et proxénètes et décriminaliseraient les femmes. En Suède, en Islande et en Norvège, ces mesures, alliées à des campagnes de sensibilisation visant les hommes et des programmes de soutien à l’emploi pour les femmes désirant réintégrer le marché du travail ont eu pour effet de faire diminuer la traite de même que la prostitution de 50 à 75%.

La prostitution n’est pas le plus vieux métier du monde et elle n’est pas une fatalité. Elle n’est pas non plus un filet social pour les femmes ni une simple question de choix individuel. Nous saluons les Françaises et leurs alliés Français d’oser enfin se doter des moyens de mettre fin à l’imposture – pour emprunter l’expression de la cinéaste Ève Lamont – d’un système prostitutionnel sexiste, raciste et classiste toléré depuis trop longtemps et nous espérons que le Canada saura faire de même.

-30-