Communiqué: La prostitution est-elle bonne pour la santé des femmes et leur épanouissement ?

Québec, 3 avril 2011 – Chaque premier jeudi du mois La Maison de Marthe et le Carrefour d’animation et de participation à un monde ouvert (CAPMO) invitent les citoyennes et les citoyens de Québec à participer à leur Cercle de silence. Ce jeudi 7 avril, au coin des rues Saint-Joseph et du Parvis, de 17h30 à 18h30 se tiendra notre 23ième Cercle de silence.

En cette Journée internationale de la santé, la question se pose : si la prostitution est saine et épanouissante pour les femmes qui la pratiquent, celles-ci sont-elles en santé et sexuellement épanouies ?

Pour se prostituer, se laisser toucher, pénétrer par des hommes qui ne sont rien pour elles et pour qui elles ne sont rien, ces femmes se dissocient mentalement en effectuant une rupture affective avec elles-mêmes et avec les autres, entraînant ainsi une désensibilisation progressive de leur corps. Ce mécanisme mental de protection et de distanciation du ‘client’ aboutit avec le temps à une désensibilisation totale de leur corps appelé décorporalisation[1]. Parce que la sensibilité est le fondement de la connaissance de soi et de la construction de sa liberté, perdre sa sensibilité c’est perdre le canal qui permet de se ressentir dans sa nature d’être humain. Comment des femmes qui se détournent et se dissocient d’elles-mêmes pour servir des demandes sexuelles de ‘clients’ peuvent-elles être en santé ? La prostitution se fait sur elles, dans elles, à travers elles : c’est l’entièreté de l’être qui est concernée. Ainsi s’impose le constat qu’en sa qualité d’être humain, nulle personne ne peut offrir des ‘services sexuels’ sans encourir des dommages sur elle-même.

Chaque jour à La Maison de Marthe ce sont des femmes brisées, démolies physiquement, psychologiquement, mentalement et socialement par la prostitution qui appellent à l’aide, des femmes en grande détresse intérieure, ayant perdu le respect et l’estime d’elles-mêmes, présentant des idées suicidaires, qui passent à l’acte; ces femmes observent avec inquiétude l’érosion de leur désir sexuel, l’anéantissement complet de leur vie sexuelle, la confusion de leur identité sexuelle; ce sont des survivantes qui présentent des symptômes du syndrome de stress post-traumatique qui apparaissent à la suite de violents traumatismes. Et ce ne sont là que quelques unes des conséquences parmi bien d’autres. Ces conséquences sont méconnues, niées, banalisées par les ‘clients’ et les proxénètes qui ne subissent aucune de ces séquelles.

D’une durée d’une heure, le Cercle de silence est une manifestation pacifique pour dénoncer la banalisation de la prostitution et développer la conscience, la solidarité et l’empathie envers les personnes qui sont ou se sont prostituées. Ce silence se veut être un cri d’alarme sur la présence sournoise de la prostitution, sa réalité, sa gravité et ses conséquences, tant pour les individus qui la pratiquent que pour les sociétés qui la tolèrent. Venez vous joindre à nous, nous avons besoin de vous.

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Sources :

Rose Dufour, Maison de Marthe, 418 523-1798

Yves Carrier, Carrefour d’animation et de participation à un monde ouvert (CAPMO), 418 525-6187, poste 221


[1] Judith Trinquart La décorporalisation dans la pratique prostitutionnelle, un obstacle majeur à l’accès aux soins. 2002. http://ecvf.online.fr/spip.php?article72