Prostitution Awareness and Action Foundation of Edmonton (PAAFE)

Cet organisme, basé à Edmonton, a été mis sur pied en 1996. Il s’agit au départ d’une initiative proposée par la police d’Edmonton. PAAFE travaille avec des partenaires communautaires divers qui considèrent la prostitution comme un problème social important, d’abord pour les personnes qui en font l’expérience, mais également pour l’ensemble de la communauté: résidants, parents, enfants, etc. L’organisme vise une société sans prostitution et des mesures sociales concrètes pour aider les personnes à en sortir.

Analyse et programme

Sur la page d’accueil de son site Web, la PAAFE énonce ainsi sa philosophie:

«VISION: Une communauté où l’on peut trouver espoir, respect et transformation pour les personnes, les familles et les communautés affectées par l’exploitation sexuelle.

MISSION: La PAAFE est une communauté empathique. Nous travaillons en partenariats pour créer et mener à terme des stratégies visant à lutter contre l’exploitation sexuelle et réparer les torts causés par la prostitution».

La PAAFE est un organisme alliant une perspective féministe et une perspective communautaire, axée sur la sécurité des quartiers et des familles. Cette double allégeance lui permet probablement d’obtenir des appuis d’horizons divers, autant au niveau du militantisme féministe que de la police et des groupes religieux. On peut sans doute présumer que cette double allégeance ne lui permet pas par contre de faire l’unanimité.

Cette initiative de la police d’Edmonton se veut une alternative à l’incarcération des femmes prostituées (Court Diversion Options). Ainsi, les femmes prostituées qui sont arrêtées relativement à l’article 213 du Code criminel canadien se font offrir de suivre le programme de la PAAFE visant la sortie de la prostitution et offrant des moyens concrets pour y parvenir. Ce programme s’appelle COARSE: Creating Options Aimed at Reducing Sexual Exploitation. Il est également accessible à toute personne ayant fait l’expérience de la prostitution.

La PAAFE a réalisé une vaste étude pour connaître les principaux obstacles rencontrés par les personnes prostituées et constituant des freins à leur sortie de la prostitution. Les principaux obstacles qui ont été identifiés sont les problèmes de logement (en trouver un, le payer, etc.) et le fait d’avoir un dossier criminel, empêchent souvent d’accéder à un emploi ou de retourner aux études. L’organisme considère donc comme prioritaire que les villes se dotent de logements sociaux pour les personnes vivant des difficultés financières et qui peuvent être forcées d’avoir recours à la prostitution. Il considère également que le dossier criminel doit être effacé s’il ne contient que des infractions «mineures», telles celles reliées à l’article 213, afin que la personne puisse trouver d’autres alternatives au niveau de l’emploi.

La PAAFE fait également un suivi personnalisé pour que la personne puisse avoir accès à l’aide spécifique dont elle a besoin (traitement de la toxicomanie, éducation, aide à l’emploi, soins de santé, etc.). Les partenaires de la PAAFE travaillent à la fois dans une optique de soutien à court terme, de type réduction des méfaits, et à des solutions à plus long terme.

La PAAFE vise l’élaboration d’une législation canadienne semblable à celle de la Suède concernant la criminalisation de l’achat de services sexuels. Selon l’organisme, le Canada devrait considérer la prostitution comme une violence envers des individus vulnérables et donner aux services sociaux le mandat d’aider les individus à se guérir des traumatismes subis et à refaire leur vie.

Pour l’organisme, les clients de la prostitution doivent être considérés comme des criminels. C’est pourquoi l’organisme a également mis sur pied en 1997 une «John’ School» (Prostitution Offender Program), prenant pour modèle celle mise sur pied par l’organisme SAGE de San Francisco.

 

Lobbying

Les membres de la PAAFE font régulièrement des interventions et des conférences dans les secteurs gouvernementaux, communautaires et universitaires.

La PAAFE est particulièrement préoccupée par la question du logement et exerce des pressions auprès des élus pour qu’ils développent des projets de logements temporaires et de logements permanents pour les personnes pauvres et en particulier pour les personnes prostituées.

Quant au projet COARSE, il vise à assister les personnes prostituées dans les problèmes qu’elles rencontrent avec la justice, ainsi qu’à sensibiliser la communauté et les fonctionnaires à la situation des personnes prostituées: «Les sanctions pénales traditionnelles échouent à traiter des circonstances qui façonnent l’engagement personnel dans la prostitution de rue. «Ces facteurs comprennent notamment la pauvreté, les dépendances, le manque d’éducation, l’incapacité de trouver et conserver un emploi, etc. Le chaos inhérent à ce genre de vie se caractérise par le récidivisme et le désespoir de la part des personnes accusées. Dans beaucoup de cas, elles continuent à travailler pour payer des amendes, ne se présentent pas devant les tribunaux et se voient par conséquent inculpée à nouveau, ou plaident coupable (souvent sans une représentation juridique adéquate) et sont condamnées à payer des amendes ou incarcérées[1]».

L’organisme préconise un revenu minimum décent, l’accès au logement social, au transport en commun et à des endroits pour entreposer leurs effets personnels (pour les personnes vivant des transitions importantes). La PAAFE considère également que les écarts de revenus et de qualité de vie entre les Autochtones (surreprésenté-es dans la prostitution) et le reste de la population devraient être réduits au moyen de politiques sociales importantes.

 

Intervention

-COARSE Program :

Ce programme est accessible aux personnes qui ont été ou sont encore dans la prostitution. Il est offert aux personnes prostituées arrêtées relativement à l’article 213 du Code criminel. Il s’agit d’un partenariat de plusieurs services offerts dans la communauté. Le programme COARSE leur permet de développer un plan personnalisé par étapes pour mettre fin à leur vécu dans la prostitution. Il peut constituer une aide pour l’accès au logement, le «pardon» relativement au dossier criminel, le traitement pour la dépendance à la drogue, les soins de santé, l’accès à l’emploi, l’orientation scolaire, etc.

 

-Peer and Community Supporter Program:

La PAAFE offre un soutien de paires aidantes, qui jouent un rôle de mentors auprès des personnes en processus de sortie de la prostitution. Notons que la PAAFE, à l’instar de SAGE, considère l’implication des paires aidantes essentielle, mais il considère également qu’il est important de vérifier si l’aidante n’est pas elle-même en rechute: «Malgré leur enthousiasme et leur profond désir d’aider les autres, la PAAFE a appris qu’il était difficile d’évaluer l’état de préparation des mentors à offrir un soutien aux participantes à Diversion et aux femmes en transition[2]».

 

-ICAN Program:

Ce programme a débuté en 2003 et est offert neuf fois par année. Il s’agit d’ateliers de psycho-éducation pour celles qui ont connu l’expérience de l’exploitation sexuelle, l’abus sexuel, la dépendance à la drogue ou à l’alcool et l’incarcération.

-PAAFE Bursary Program:

Ce programme permet d’accorder des bourses aux personnes qui ont connu la prostitution afin d’atteindre leurs buts, soit au niveau personnel (pour financer des besoins de base tels que des tickets d’autobus, des articles pour bébé, des médicaments, des meubles, etc.) ou éducationnel (frais de scolarité, fournitures scolaires).

 

Financement

Le projet PAAFE, étant relié au service de police de la ville d’Edmonton, il reçoit des subventions au niveau municipal, par l’Edmonton Police Service, mais aussi par le City of Edmonton Community Services. L’organisme a également reçu de l’argent du Federal Department of Justice par le biais de la Voluntary Sector Initiative. Il a également reçu de l’argent d’Alberta Justice et des Solicitor General Prevention Programs[3].

Par ailleurs, le programme de bourse se fait en collaboration avec le Grant MacEwan Community College. Des dons ont aussi été obtenus de la Fédération canadienne des femmes diplômées des universités.

 

Allié-es

Fédération canadienne des femmes diplômées des universités

Melissa Farley, Prostitution Research and Education

Gunilla Ekberg

Janice Raymond

Edmonton Police Service

Safe Edmonton

Charityvillage.com

Condition féminine Canada

Catholic Social Services

Sexhelp.com

Streetwork

SAGE

Breaking Free

PRIDE (Prostitution to Independence, Dignity and Equality), Minneapolis, Minnesota

CATW

 

Références

Prostitution Awareness and Action Foundation of Edmonton (PAAFE) (2004) Creating Options Aimed at Reducing Sexual Exploitation Final Evaluation Report (COARSE). Edmonton: Dr. Kathy Coyne.

Prostitution Awareness and Action Foundation of Edmonton (PAAFE) (2005) Report: Breaking Down Barriers One Step at a Time. Edmonton: PAAFE.

Coordonnées

The Prostitution Awareness and Action Foundation of Edmonton

P.O. Box 11471

Edmonton (Alberta)

T5J 3K6

 

Tél.: (780) 471-6137

Fax: (780) 4710-6237

 

Courriels:

Kate Quinn, Executive Director: paafe@telusplanet.net, paafeofs@telusplanet.net

Dawn Hodgins, PAAFE Special Project Coordinator: peers@paafe.org

JoAnn McCartney, COARSE Diversion Coordinator: mccartneyj@shaw.ca

(il s’agit d’une policière retraitée qui aide maintenant des personnes prostituées)

http://www.paafe.org

 

Recherche effectuée par Rhéa Jean

 

 


[1] Prostitution Awareness and Action Foundation of Edmonton (2004), p. 6

[2] Op. cit., p. 20.

[3] Voir op. cit., p. 10.