Communiqué: Réaction au reportage « Prostitution : incursion dans un univers où règne la peur »

Montréal, le mardi 7 mai 2013 – La Concertation des luttes contre l’exploitation sexuelle (CLES) réagit au reportage de Louis-Philippe Ouimet diffusé dimanche à la télévision de Radio-Canada portant sur les agressions dont sont victimes les femmes prostituées dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve.

Quelques mises au point

Ce reportage pose, en moins de quatre minutes, plusieurs problèmes. D’abord, nous questionnons le choix fait par le journaliste des mots et des interlocuteurs, dont le poids est pourtant considérable dans la construction de l’opinion publique. Il est choquant de constater que les termes « travailleuses du sexe » et « conjoint » sont préférés à « personne prostituée » et à « proxénète ». Loin d’être simplement politically correct, ces termes témoignent d’une prise de position politique et occultent la réalité de violence et d’exploitation de l’univers prostitutionnel.

 

Nous sommes aussi étonnées des propos tenus par la cheffe de police du poste de quartier 23, Mme Sophie Roy qui, en ne se rapportant qu’aux agressions sexuelles déclarées, minimise le vécu de violences des femmes et des personnes prostituées tout comme les barrières auxquelles elles font face pour les dénoncer. Il est important de prendre en considération l’insécurité ressentie au quotidien par toutes les femmes qui sont les principales victimes d’harcèlement de rue, d’harcèlement criminel, de violence conjugale, d’agressions sexuelles et de traite humaine. Quant aux femmes dans la prostitution, elles vivent quotidiennement toutes ces violences en plus d’être stigmatisées et criminalisées, ce qui les empêche trop souvent de porter plainte et d’obtenir l’aide et le soutien dont elles ont besoin.

 

La décriminalisation de l’industrie du sexe, pas la meilleure solution

Cette violence quotidienne, constante et spécifiquement masculine dont sont victimes les femmes dans la prostitution ne se résorbe pas magiquement lorsque la prostitution a lieu derrière les portes des maisons closes, comme semble le croire le maire de l’arrondissement, M. Réal Ménard. Au contraire, pourquoi un homme violent cesserait-il de l’être à l’abri des regards? Plusieurs femmes prostituées affirment avoir vécu autant de violence à l’intérieur qu’à l’extérieur et certaines préfèrent même la rue où elles se sentent moins isolées et à la merci des clients et proxénètes violents que dans les bordels. De plus, des études prouvent que la traite humaine de même que la prostitution juvénile sont facilitées par la prostitution à l’intérieur.

 

Le modèle nordique, pourquoi pas au Canada?

Pour toutes ces raisons, il nous apparaît illusoire, voire hypocrite, de promouvoir la légalisation des bordels sous prétexte de protéger les femmes dans la prostitution. L’expérience du réglementarisme a lamentablement échoué aux Pays-Bas et en Allemagne alors que les pays scandinaves, où le modèle nordique prévaut, constatent d’importantes diminutions de la demande, du nombre de personne prostituées et du trafic humain sur leurs territoires. En ce sens, il apparaît que la prostitution devrait être traitée comme le sont les autres formes de la violence envers les femmes, c’est-à-dire en criminalisant ceux qui la perpétuent et en offrant aux victimes les moyens de porter plaintes et toutes les ressources nécessaires pour en sortir.

 

C’est ce que proposera la Coalition des femmes pour l’abolition de la prostitution, dont la CLES est membre, le 13 juin prochain devant la Cour suprême du Canada dans le cadre de la cause Bedford c. Canada. Ni le statu quo, ni la décriminalisation totale de la prostitution, mais bien la criminalisation des clients qui sont la raison d’être du système prostitutionnel, la criminalisation des proxénètes qui profitent de la prostitution d’autrui et surtout la décriminalisation des femmes prostituées.

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