Réaction aux prises de position de la FFQ sur la prostitution

Communiqué de presse

Pour diffusion immédiate

Réaction aux prises de position de la FFQ sur la prostitution

Montréal, le 30 octobre 2018-  C’est avec consternation que nous avions reçu, au printemps dernier, les propositions émanant du Conseil d’administration de la FFQ concernant « les femmes et l’industrie du sexe ». Même avec les amendements durement gagnés lors de l’Assemblée générale extraordinaire, nous considérons que les résolutions adoptées légitiment la prostitution, les proxénètes et une industrie qui s’abreuvent aux inégalités vécues par les femmes, particulièrement les plus marginalisées.

Les proxénètes et autres propriétaires de commerces du sexe utilisent le « choix » et le « consentement » des femmes à être dans l’industrie comme outil pour les amener dans la prostitution et les y maintenir. Si la prostitution était réellement un choix comme un autre, il serait aussi facile d’en sortir que d’y entrer. Ce n’est pas le cas. Les femmes que nous accompagnons quotidiennement dans des démarches de recherche de logement, d’aide alimentaire et autres démarches juridiques et de santé voient une multitude d’obstacles se dresser devant elles quand elles tentent de quitter l’industrie. Nous ne mettrons jamais en doute la parole de celles qui considèrent avoir choisi la prostitution. Mais la centaine de femmes qui fréquentent la CLES pour y recevoir des services ou du soutien dans leur processus de sortie décrivent la prostitution comme un choix devant l’absence d’autres choix, comme la conséquence d’une vie marquée par les abus, l’inceste, la précarité financière, le manque d’alternatives, l’exclusion et le racisme. Résumer cette question au simple choix individuel est un déni des rapports de pouvoir et des contraintes qui mènent les femmes vers cette industrie.

La FFQ semble d’ailleurs n’avoir aucune opinion sur l’industrie du sexe elle-même, sur l’achat d’actes sexuels ni sur un supposé «droit des hommes» à pouvoir avoir facilement accès à des services sexuels. Pour nous, c’est la grande question fédératrice sur laquelle un regroupement comme la FFQ devrait travailler.

Avec cette prise de position, nous craignons que le conseil d’administration de la FFQ entre maintenant dans une campagne pour défaire le modèle nordique actuel, qui permet de vendre ses propres services mais qui vise à réduire la demande en pénalisant l’achat et la vente des services d’autrui. Les exemples de décriminalisation totale, telle que l’ont adopté l’Allemagne, les Pays-Bas et la Nouvelle-Zélande, sont suffisants pour nous décourager de suivre cette voie, qui a non seulement augmenté la traite, détériorer les « conditions de travail » des femmes dans les bordels légaux, mais fait exploser la demande et le nombre de lieux de prostitution.

À titre de concertation, la CLES entamera cette semaine un processus par lequel elle réévaluera, en collaboration avec ses 50 groupes membres et plus de 200 membres individuelles, son implication dans un organisme qui vient directement mettre en péril la capacité de construire collectivement un monde sans système prostitutionnel.

La CLES est un organisme sans but lucratif qui offre, depuis 2005, des services aux femmes qui ont un vécu en lien avec l’industrie du sexe dans une perspective féministe. L’équipe de la CLES est composée de sept travailleuses, dont une majorité d’intervenantes. De nombreuses survivantes de la prostitution occupent une fonction au sein de la CLES, que ce soit comme paire-aidante, membre du Comité de coordination ou travailleuse.

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