La CLES annonce son retrait de la FFQ

Montréal, le mercredi 21 novembre 2018 – En conférence de presse ce matin, avec le Mouvement contre le viol et l’inceste (MCVI) et la Maison d’Haïti, la Concertation des luttes contre l’exploitation sexuelle (CLES) a annoncé son retrait de la Fédération des femmes du Québec (FFQ). Cette décision a été prise conformément au vote de son comité de coordination et à la consultation de ses 50 groupes membres et 200 membres individuelles.

« La proposition adoptée par la FFQ lors de l’assemblée du 28 octobre est incompatible avec notre mission de contrer l’exploitation sexuelle, de prévenir l’entrée des femmes dans la prostitution et de soutenir celles qui souhaitent en sortir ou en sont sorties. Il est tout particulièrement inacceptable que, dans le préambule de sa proposition, la FFQ déclare que les femmes dans l’industrie du sexe considèrent leurs pratiques comme un travail,une affirmation qui ne tient compte ni des femmes qui sont piégées dans l’industrie du sexe, ni des survivantes » a affirmé Diane Matte, fondatrice de la CLES.

La FFQ soutient que sa prise de position est intersectionnelle en évoquant l’agentivité des femmes dans l’industrie du sexe. Pour nous qui constatons chaque jour l’intersectionnalité des oppressions que vivent les femmes – pauvreté, violence, racisme, misogynie, colonialisme, etc. – ce constat commande de protéger les plus marginalisées en refusant d’accepter que la prostitution constitue pour elles un filet social ou un « travail ». Quant à l’agentivité, si nous reconnaissons que les femmes font effectivement des choix, nous ne pouvons ignorer qu’elles les font dans divers contextes – de survie, de manipulation affective, de nécessité financière, de contrainte, etc. – qui ne peuvent être balayés du revers de la main. « Faire fi du contexte dans lequel des femmes à l’intersection de multiples oppressions font le « choix » de la prostitution, c’est abandonner les femmes les plus marginalisées en les renvoyant à leurs choix individuels et se priver, comme mouvement féministe, de leviers d’intervention précieux tant en prévention que pour contrer la demande pour des actes sexuels tarifés » explique Jennie-Laure Sully, organisatrice communautaire à la CLES.

Nous comprenons que certaines femmes se décrivent comme des travailleuses du sexe et affirment avoir choisi d’être dans l’industrie du sexe. Elles fréquentent régulièrement la CLES et y obtiennent du soutien. Plusieurs articulent très clairement comment la notion de choix individuel a joué un rôle dans leur entrée dans l’industrie et contribue à les y maintenir. En effet, évacuer les facteurs sociaux et systémiques qui mènent de nombreuses femmes à faire le « choix » de la prostitution, tout en entretenant l’idée qu’il s’agit d’un travail, les culpabilise pour l’exploitation qu’elles subissent, contribue à leur stigmatisation et rend l’accès à des ressources pour la sortie et l’après sortie difficile.

En évacuant complètement ces dimensions, en posant des actions qui ne tiennent compte ni de la diversité de ses membres ni de la diversité de l’expérience des femmes ayant un vécu en lien avec l’industrie du sexe, le CA de la FFQ a choisi une voie menant à plus de divisions, mettant en péril sa représentativité ainsi que l’avancement de l’égalité pour toutes et entre toutes. Compte tenu de cette incompatibilité et pour mieux nous consacrer à notre mission, nous quittons la FFQ.  Nous le faisons en réaffirmant notre solidarité et notre engagement envers toutes les femmes aux prises avec la violence des hommes.