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Communiqué : La Loi sur la protection des collectivités et des victimes d’exploitation, deux ans plus tard, qu’en-est-il?

Montréal, le mardi 6 décembre 2016 – La Concertation des luttes contre l’exploitation sexuelle (CLES) souligne en ce 6 décembre, journée nationale de commémoration et d’action contre la violence faite aux femmes, les deux ans d’entrée en vigueur de la Loi sur la protection des collectivités et des victimes d’exploitation.

Cette loi a été adoptée après des années de lutte et de dur labeur de la part de groupes de survivantes, de groupes d’intervention de première ligne et de féministes abolitionnistes de tous horizons qui souhaitaient voir l’État combattre activement l’exploitation sexuelle des femmes et des filles et non le voir l’encadrer ou pire, la légaliser.

Alors que la nouvelle loi met l’accent sur l’approche dite nordique, pour laquelle trois éléments sont essentiels – la prévention, la criminalisation de l’achat d’actes sexuels et le soutien à la sortie de la prostitution -, aucun de ces éléments n’a été vraiment pris en charge par les gouvernements. Différentes initiatives ont vu le jour – le projet CREATE à Winnipeg, les « John Schools » en Ontario et en Alberta, de nombreuses opérations visant les clients de la prostitution dans les provinces maritimes – mais le Québec, lui, est à la traine. En effet, La Presse soulignait récemment que seulement 56 clients ont été accusés d’achat de services sexuels entre décembre 2014 et le mois d’aout dernier. Pourtant, les salons de massages érotiques, les bars de danseuses et les agences d’escortes continuent d’opérer au vu et au su de toutes et tous…

Une Stratégie gouvernementale pour prévenir et contrer les violences sexuelles a été dévoilée le 28 octobre dernier par le gouvernement du Québec et, bien qu’elle promette de nouvelles mesures afin de lutter contre l’exploitation sexuelle, elle ne donne pas d’outils pérennes pour soutenir les femmes dans la prostitution. De fait, aucun organisme travaillant sur cette question n’a reçu de financement récurrent. La CLES fonctionne toujours par projets avec les aléas et l’insécurité que cela comporte. Une des mesures prometteuses, la mesure 20, laisse présager l’intention de mettre en place une aide financière d’urgence pour les femmes souhaitant sortir de la prostitution, mais ne donne aucun horizon pour son application, alors qu’il y a urgence. Les femmes fréquentant la CLES sont nombreuses à ne même pas connaître la loi et à être confrontées à divers obstacles lorsqu’elles tentent de quitter l’industrie du sexe. L’adoption récente d’une loi appauvrissant les femmes telle que la loi 70 nous inquiète profondément.

« Oui, la loi a un fort pouvoir normatif mais encore faut-il qu’elle soit connue, tout comme la nouvelle Stratégie doit prendre en compte l’ensemble des éléments du modèle nordique et offrir plus aux femmes » explique Diane Matte, fondatrice de la CLES. En ce sens, la CLES réclame un financement récurrent; la mise en place de la mesure 20 dès que possible; l’application de la loi sur la prostitution ainsi qu’une campagne de sensibilisation nationale sur l’impact de l’exploitation sexuelle sur la société, l’existence de la loi ainsi que les ressources qui viennent en aide aux victimes. Deux ans après l’entrée en vigueur de la loi, il serait plus que temps.

L’accès à la justice pour les femmes ayant un vécu en lien avec la prostitution

L’exploitation sexuelle a des conséquences indéniables sur les femmes et les enfants, qu’on pense aux préjudices physiques, émotionnels et systémiques. Mais qu’en est-il de l’accès à la justice pour les femmes qui ont un vécu en lien avec la prostitution? Bon nombre de ces femmes ont eu des démêlés avec la justice lorsqu’elles étaient dans le milieu de la prostitution et une fois sorties, il arrive trop souvent qu’elles doivent encore se battre, cette fois pour obtenir justice… Il n’est donc pas étonnant, que leur rapport à la justice soit quelque peu mitigé.

Pour mieux comprendre les enjeux entourant l’accès des femmes à la justice, la CLES a organisé en juin 2016 un panel composé de femmes qui, à différents niveaux, ont dû composer avec le système judiciaire. Les interventions des trois panélistes, Rose Sullivan, Chantal Wabanonik et Rachel Chagnon ont été filmées. Écoutez les ici!

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Communiqué : Prostitution: les gouvernements ont les moyens d’agir

Montréal, lundi le 8 février 2016 – Les dernières semaines ont été marquées par la disparition de jeunes filles, recrutées dans la prostitution. La Concertation des luttes contre l’exploitation sexuelle (CLES) qui travaille au quotidien avec des femmes qui sont ou ont été dans l’industrie du sexe souhaite envoyer le message suivant aux médias et au public : il existe des causes sociétales expliquant le recrutement de mineures dans la prostitution et les gouvernements ont les moyens de s’attaquer à ces causes.

On a beaucoup parlé, ces derniers jours, de gangs de rue, de jeunes rebelles et de Centres jeunesse. On a également abordé la question de la banalisation de la prostitution voire de sa « glamourisation ». Mais on semble avoir oublié un élément fort important : les clients de la prostitution. C’est en effet la demande des clients pour des filles toujours plus jeunes qui fait en sorte que celles-ci deviennent des proies de choix pour les recruteurs. « C’est l’industrie du sexe qui crée la demande qui elle, conditionne le recrutement. Il faut s’attaquer à cette industrie et à sa banalisation. Il faut contrer le discours qui travestit cette forme de violence envers les femmes en un ‘travail choisi’ et propage l’idée que les hommes ont le droit d’acheter l’accès au corps des femmes et des filles » explique Diane Matte, organisatrice communautaire à la CLES.

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Prostitution, la loi doit être maintenue

Ce texte est paru dans Le Devoir du 5 décembre 2015

En cette veille de la Journée nationale de commémoration et d’action contre la violence faite aux femmes, nous avons cru bon d’unir nos voix pour souligner le premier anniversaire de la Loi sur la protection des collectivités et des personnes victimes d’exploitation, entrée en vigueur le 6 décembre dernier.

Comme Justin Trudeau l’a lui-même déjà affirmé, en janvier 2014, la prostitution participe du continuum de la violence envers les femmes. Nous sommes toutes et tous à même de constater quotidiennement que la prostitution se nourrit des inégalités systémiques dont sont victimes les femmes et qu’elle entretient ces inégalités en affirmant que le consentement s’achète et en normalisant la violence envers les femmes.

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La prostitution, un crime contre la personne

Par Éliane Legault-Roy, responsable des communications pour la Concertation des luttes contre l’exploitation sexuelle et Me Janine Benedet, avocate et professeure de droit à l’Université de Colombie-Britannique.

Ce texte est paru dans Le Devoir du samedi  décembre 2014

La Presse canadienne titrait samedi que « plus de 60 groupes s’opposent à la nouvelle loi » sur la prostitution et demandent sa non-application par les provinces ainsi que la légalisation de la prostitution. Alors que les médias relaient la nouvelle, il importe de rappeler quelques faits.

 

Le poids du nombre ?

De très nombreux groupes appuient la criminalisation de l’achat des services sexuels et du proxénétisme contenue dans la nouvelle loi. C’est le cas de la Concertation des luttes contre l’exploitation sexuelle (CLES) et des quelques 50 groupes qui en sont membres, dont plusieurs centres d’aide et de lutte aux agressions à caractère sexuels (CALACS) et maisons d’hébergement, tous bien au fait de l’impact de la prostitution sur la vie des femmes.

Des groupes de survivantes de la prostitution, dont Sextrade 101, Formerly Exploited Voices Now Educating (EVE) et le Collectif d’aide aux femmes exploitées sexuellement (CAFES) ont salué l’adoption de la loi alors que des groupes de femmes d’origines diverses ont souligné l’importance de lutter contre l’offre et la demande pour des pratiques racistes qui ciblent certaines communautés. La représentation des femmes asiatiques dans les publicités ‘adultes’ et la pornographie propage des stéréotypes et conditionne les hommes à demander que nous soyons ‘délicates’, des ‘geishas’ ou ‘poupées chinoises’, explique Sarah Mah de l’Asian Women Coalition Ending Prostitution.Quant à l’Association des femmes autochtones du Canada elle estime que la prostitution exploite et accroit l’inégalité des femmes autochtones en raison de leur genre et de leur race.

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