Témoignage d’une ancienne TDS

Tiré du blogue « Des histoires de vies …et de survie, par Madame Silence et ses copines »

Voici le témoignage d’une amie d’une amie de l’ami d’une connaissance… Peu importe, appelons la Lili, qui a travaillé dans l’industrie du sexe pendant une année. On s’en fout de qui c’est, sa pourrait être n’importe quelle femme de votre entourage, personne ou presque ne se doutait qu’elle était travailleuse du sexe. Bref, voici son témoignage.

Quand j’ai décidé d’offrir des services sexuels en échange d’argent, je me suis dit que je ne le ferais qu’une fois. La rentrée scolaire approchait et je ne voyais pas comment j’allais y arriver. J’avais un conjoint mais il semblait ne pas réaliser que notre situation financière était catastrophique et j’étais le pilier de la famille, il n’avait rien à foutre des responsabilités qui viennent avec des enfants. 

J’avais une entreprise artistique et pour dénicher mes clients et clientes potentielles je parcourais les petites annonces sur internet. 

Mes yeux étaient attirés depuis longtemps par la section « rencontre » d’un des sites ou j’allais. Et je me retenais d’aller voir les offres d’emplois dans la catégorie « osée » d’un autre site. 

Un matin ou je n’avais plus de lait pour mon café et les enfants, plus de couches pour le bébé, un mal de tête terrible mais pas de tylénol, et pas d’argent pour pallier à tout ça, j’ai flanché.

Le lendemain je posais nue pour 200$ et le surlendemain je faisais un massage érotique pour 150$. Ma meilleure amie savait ou j’étais et ce que j’y faisais, ça me rassurait, mais je n’avais pas très peur. Je me sentais invincible un peu, il fallait que je le sois pour le bien des enfants…

Mes problèmes d’argent étaient réglés pour l’instant, je ne me sentais pas mal du tout, mais je n’avais pas l’intention de recommencer. J’avais menti à mon conjoint et je n’aimais pas ça. Et il aurait trouvé louche que je me trouve des contrats si payants sans arrêt, son estime pour moi étant assez minime.

Une année est passé, je n’ai plus repensé à tout ça, et sans trop que je ne comprenne ce qui arrivait, j’étais séparé de mon conjoint. Il ne savait pas pourquoi, il ne se comprenait pas, mais il voulait qu’on se sépare. 

J’étais tannée d’être pauvre, j’avais des enfants à charge et je savais qu’il faudrait du temps avant que le gouvernement n’ajuste mon revenu à ma nouvelle situation. Je vivais chez une amie mais j’avais hâte d’avoir les moyens d’être chez moi, nous étions dans un 4 et demi… J’ai décidé qu’en attendant d’avoir un logement et des ressources financières décentes, j’allais offrir des services sexuels contre de l’argent, en continuant aussi à faire rouler mon entreprise.

Je ne voulais pas faire de « complet » et je chargeais très cher mais je n’ai eu aucune difficulté à me trouver des clients. 

Au début je ressentais un certain bien être, même si j’étais troublée d’avoir à faire ça. Je me sentais séduisante, désirée, valorisée. Après le sentiment de rejet que j’avais ressentie suite à ma rupture, ça me faisait du bien. Mais je cherchais quand même un emploi… Entre deux murales et deux clients… Ou une façon de retourner à l’école, ou une subvention pour ma petite entreprise… J’essayais vraiment de me « prostituer » le moins possible, car même si je le gérais bien, une partie de moi détestais faire ça.

Je n’aimais pas m’occuper de la gestion des courriels, des téléphones, de mes rendez-vous et des messages de haines divers que je recevais, en tant que « sale pute », « charogne briseuse de couple » et autres délicatesses du genre.

J’ai donc commencer à travailler dans un salon de massage…

La merde.

J’ai rencontré des filles qui faisaient ça depuis longtemps. Qui semblaient ne plus avoir d’âme, d’estime, d’entrain… Qui ne parlait que de clients, d’argent, de possession matérielles et de beautés… Qui, même en investissant pour être belle y arrivait à moitié… Elles avaient l’air splendide aux premiers abords et si vieille et fatiguée après un temps… Et toutes elles voulaient arrêter, et toutes elles étaient fatiguées, dégoûtées et désillusionnée, toutes sauf les plus gelées et les plus nouvelles, comme moi…

Et j’ai rencontré des gens prêt à tout pour faire de l’argent, des hommes et des femmes dénaturés, sans aucune conscience, qui exploitaient au grand jour des filles à peine pubères, complètement seule et démunie ou trop perdue pour réaliser ce qui leur arrivaient… 

Et j’ai rencontré des hommes malheureux, qui avaient surtout besoin de parler, des jeunes hommes perdus qui s’accroche à la première fille venue…

Et j’ai craint la police, parce que dans un salon, c’est quand même plus risqué qu’à son compte.

Ça m’a dégoûté. 

J’ai préféré repartir à mon compte. Et tant qu’a y être, j’allais faire les choses en grand. Gérer mon entreprise artistique et mes services érotiques étaient épuisants et en bout de ligne, je n’avais pas plus d’argent. J’ai donc décidé de donner un « boom » dans l’industrie du sexe et d’arrêter ensuite. Je me donnais un mois. 

Je me suis fait une page web et un peu de pub et j’ai reçu des tonnes d’offres diverses. J’ai fait de la photo, du service sexy, des complets, des massages, des vidéos, des jobs de 15 minutes pour 50$, d’autres de 300$ pour une heure.

J’ai eu besoin d’alcool pour supporter ce que je ressentais et que je n’arrivais pas à nommer. Il me fallait continuer et je savais que si je m’arrêtais à ressentir je n’y arriverais plus.

J’avais un bon ami que j’adorais et qui m’adorais. Passer du temps avec lui me reposait, me rechargeais, m’aidais à tenir le coup. On faisait la fête ensemble parfois, j’ai renoué avec la cocaïne que je n’avais pas touché depuis des années…

La suite des choses est floues…

Je me souviens d’avoir voulu arrêter, d’avoir calculé, d’avoir remis l’arrêt à plus tard, d’avoir réalisé que j’avais du mal à me passer d’alcool, d’avoir réalisé que j’étais trop proche d’un client qui devenait jaloux et possessif, d’avoir emprunté de l’argent pour pouvoir prendre une semaine de congé… Je faisais comme si tout allait bien avec mes proches mais j’étais dégoûté… J’avais presque suffisamment d’argent de coté pour arrêter, je m’accrochais à ça et disait à mon amoureux que j’arrêterais sous peu. Il commençait à être tanné, avec raison, de me voir aller…

Un soir comme les autres, je me suis fait sauvagement agressé par un client qui avait tout fait pour ne pas que je puisse le retracer et qui a tout fait de toute façon pour que la peur m’empêche de faire quoi que ce soit. Il ne m’a presque pas blessé physiquement, mais sa façon de me traiter comme une moins que rien, de m’humilier en me forçant à faire des choses dégoûtantes, de m’effrayer en menaçant mes enfants et mes proches et en ayant l’air de me connaître beaucoup plus que supposé… J’étais certaine qu’il allait me tuer, j’étais terrorisé et paniqué à l’idée de laisser mes enfants orphelins et dans ces conditions… Tout ça, ça m’a fait plus mal qu’un coup de couteau.  J’ai eu l’impression que ça faisait des heures quand il m’a annoncé que c’était fini. Quand j’ai immergé du monde ou je m’étais réfugié pour ne plus rien sentir… Et sans réaliser j’étais dans ma voiture. Et je roulais dans la nuit, craintive qu’il ne me suive pour me tuer, ne sachant pas ou aller pour le semer, même si je ne le voyais pas, même si je ne voyais rien. Je ne me souviens pas d’être arrivé chez moi, mais je m’y suis réveillé le lendemain. J’ai pris une douche et j’ai décidé de ne pas m’arrêter à cet « incident » et de faire comme si rien de mal ne m’étais arrivé. 

J’ai réussie deux semaines. Ensuite je me suis écroulée, lentement mais profondément. 

Je ne me souviens plus trop de l’ordre des choses.

Je n’ai pas arrêté tout de suite. J’avais besoin d’argent.

Une intervenante du C.A.L.A.C.S m’a aidé à faire les démarches qui me restaient à faire. Je n’avais plus la force de me battre, j’étais à terre, en mode survie, depuis si longtemps.

J’ai commencé à faire de la domination, c’était moins dégradant et ça me faisait du bien, mais bon., ça me dégouttait quand même et je n’étais pas aussi bonne que d’autres alors je n’osais pas charger trop chère…

J’ai vécu le harcèlement de clients qui semblaient croire que je n’avais pas le droit de « les quitter ». J’ai changé de numéro de téléphone. Et j’ai recommencé à faire des complets. La vie coûtait chère et je n’avais plus d’argent de coté. J’ai demandé à un ami de m’aider avec les clients et de conduire. J’avais aussi besoin de soutien et d’un semblant de sécurité. Mais je buvais beaucoup trop, je ne mangeais presque plus et ma santé allait mal…

J’ai été hospitalisé une semaine et quelques en psy pour stress post traumatique, dépression, alcoolisme… je ne sais plus. J’ai dormi, dormi, dormi, dormi… J’avais fait des démarches pour voir un psy plusieurs mois auparavant, j’étais même aller à l’urgence à deux reprises parce que je me sentais sur le point de craquer, mais il me fallait attendre mon tour.  La liste d’attente me semblait interminable.

En attendant j’avais eu des pilules pour me calmer mais elles m’assommaient trop, je ne pouvais pas les prendre et m’occuper des enfants. Alors je les prenais seulement pour dormir, mais je faisais quand même de terribles cauchemars. Je rêvais que mes proches assistaient à mon viol sans réagir, ou en riant… C’était horrible.

Je m’accrochais désespérément à mon ami de qui j’étais de plus en plus amoureuse mais avec qui la relation était extrêmement déstabilisante… 

Quand je me suis rendue à l’hôpital la dernière fois, je savais exactement comment en finir s’ils ne m’aidaient pas concrètement. Je n’avais plus d’énergie, plus de volonté, plus d’amour propre, plus d’estime… J’avais l’impression que j’étais une nuisance pour mes proches et mes enfants… J’étais profondément malheureuse, extrêmement suicidaire et totalement malade. Mais ils m’ont aidé.

Je me suis reposé, j’ai pu obtenir une médication approprié et j’ai compris que je devais changer mon mode de vie et de pensé complètement si je voulais me remettre de cette longue et pénible année…

Et depuis, je suis en rétablissement.

C’est long.

Desfois c’est décourageant.

Mon corps à pris un coup de vieux.

J’ai mal encore au dos à cause de l’agression, et ma douleur me la rappel… J’ai du mal à me nourrir, je suis anxieuse souvent, sans raison apparente, parfois avec raison.

J’essaie de me simplifier la vie le plus possible, d’écouter mon corps et d’en prendre soins.

Je prends beaucoup de médicament. J’aimerais arrêter mais je ne suis pas prête. J’ai peur.

J’ai toujours peur. Je n’ai jamais cessé d’avoir peur depuis mon agression.

Je vois une psy, ça aide. Je fréquente des organismes communautaires, ça aide aussi. Je m’accroche à tout ce qui aide, même un peu, et j’avance de mon mieux, un pas à la fois.

J’ai trop stressé et trop longtemps, mon corps ne supporte plus le stress. J’ai pris dix ans en un an, mais même si ça me prend dix ans m’en remettre, je compte les prendre et retrouver la santé et l’équilibre.

Écrire ça m’aide, ça me calme, ça me change les idées. 

Et l’amour de mes proches m’aide aussi, et j’ai la chance d’en avoir beaucoup, c’est en grande partie ce qui m’a permis de m’en sortir.