Lettre: Une autre tuerie misogyne en Pennsylvanie

Par Tamar Eylon, au nom de la collective du Vancouver Rape Relief and Women’s Shelter

Mardi le 4 août, un homme aigri de ne pas arriver à séduire des femmes de 20 ans ses cadettes – comme le lui promettait un ouvrage de psychologie masculiniste – a abattu douze femmes, en tuant trois, Elizabeth Gannon, Heidi Overmier et Jody Billingsley, dans un gymnase de Pennsylvanie.

Comme Marc Lépine à l’École polytechnique, il y a vingt ans, George Sodini a laissé une jérémiade haineuse et centrée sur lui-même, accusant « 30 millions de femmes désirables » de l’avoir « rejeté ».(1) La lettre suivante a été envoyée par un organisme féministe de Vancouver aux femmes de Pennsylvanie, par le biais de deux coalitions locales.

« Nous tenons à adresser nos condoléances aux ami-es et aux familles des femmes tuées en Pennsylvanie. Nous adressons également nos souhaits de rétablissement aux femmes blessées. Nous les femmes vivons avec tant de menaces normalisées pesant sur nos vies que nous en venons à ne presque plus remarquer tout ce que nous faisons pour éviter la violence sexiste. Quel brutal rappel qu’il n’existe pas de lieu sûr pour les femmes !

« Le nombre des femmes tuées par des hommes continue d’augmenter, habituellement une à la fois, mais ces décès ne sont pas isolés. Cette année marque le vingtième anniversaire du Massacre de Montréal ; les féministes l’ont dit à l’époque et nous le répétons aujourd’hui : « Le motif, c’est la misogynie. » Ce « tireur isolé » partage une crainte et une haine des femmes avec les hommes qui battent leur conjointe ou qui violent, harcèlent et prostituent des femmes et des enfants. Même s’il n’a pas ciblé les femmes en tant que féministes, comme dans le cas du Massacre de Montréal, George Sodini voulait adresser un message à toutes les femmes. Mais nous refusons d’écouter et nous refusons d’obéir.

« Au lendemain du Massacre de Montréal, le collectif de l’organisme Vancouver Rape Relief and Women’s Shelter a adressé un message aux femmes de Montréal, au nom de l’Association canadienne des centres contre le viol. Ce n’est pas une coïncidence si les mêmes mots s’appliquent au fémicide commis en Pennsylvanie mardi dernier.

« Nous n’excuserons pas ses actes quand nous connaîtrons la tristesse et l’échec de sa vie. Nous ne blâmerons pas sa mère ou son amante ou les femmes qui ont refusé d’être ses amantes. Nous ne blâmerons pas les femmes qu’il blâme dans son message d’outre-tombe (affiché sur Internet dans ce cas-ci). Nous ne blâmerons pas les féministes qui ont lutté pour les libertés des femmes. Nous tenons responsables les hommes qui lui ont appris à attendre des femmes la réponse à tous ses besoins. Nous tenons responsables les hommes qui ont échoué à lui apprendre à vivre avec des moments de déception et de colère, sans exercer de représailles. »

De Vancouver, à notre service téléphonique de soutien aux victimes de viol et notre maison de transition pour femmes violentées et pour leurs enfants, nous poursuivons la lutte. Nous gardons espoir du fait de savoir que d’autres féministes luttent pour l’égalité et la liberté partout dans le monde. Nous devons demeurer solidaires et nous devons poursuivre ce combat.

Tamar Eylon,
au nom de la collective du Vancouver Rape Relief and Women’s Shelter

(Traduction : Martin Dufresne)