Communiqué: Vive réaction de la CLES à un reportage présentant la prostitution comme un besoin

Montréal, le vendredi 8 mai 2015 – La Concertation des luttes contre l’exploitation sexuelle (CLES) est consternée par les propos entendus sur les ondes de Ici Radio-Canada Première hier, jeudi 7 mai, concernant le reportage Sexualité et ainés : quand la prostitution est une solution de Marie-Ève Tremblay, de même que par le contenu du reportage lui même.

Ce reportage, de même que le traitement médiatique dont il a bénéficié à Ici Radio-Canada Première, pose trois principaux problèmes. D’abord, à plusieurs reprises, tant lors de l’entrevue à C’est pas trop tôt que dans le reportage de Mme Tremblay, la prostitution est amalgamée à un besoin. Si le fait d’avoir une sexualité épanouie et d’entrer en relation, de façon intime ou non, avec d’autres personnes, peuvent être de réels besoins, ils ne sont pas des « droits » et ne commandent en rien à d’autres le « devoir » d’y subvenir. De plus, si la sexualité est un besoin, le fait d’avoir une relation sexuelle avec une femme n’en est pas un. Il est au mieux un désir. Pourtant c’est là la seule version de la sexualité présentée dans le reportage alors qu’une sexualité épanouie peut être vécue seul, sans avoir recours à la prostitution. Ainsi le reportage induit le public en erreur en amalgamant de façon indue prostitution et besoins.

Le deuxième problème soulevé par ce reportage est la critique portée à la nouvelle Loi sur la protection des collectivités et des personnes victimes d’exploitation. La critique est floue et ne présente pas de réels arguments mais semble reposer sur l’idée que l’interdiction d’annoncer les services sexuels d’autrui empêcherait les personnes âgées d’accéder aux personnes prostituées. Cette critique s’appuie sur le supposé « besoin » énoncé ci-haut. Non seulement la CLES s’oppose-t-elle à ce postulat mais il importe également de rappeler que cet article de la loi a justement été pensé et écrit pour rendre la prostitution moins omniprésente et sur-accessible et donc pour lutter contre sa banalisation et la facilité avec laquelle on peut y recourir. Il s’agit également d’une mesure visant à s’attaquer aux proxénètes et autres « agences » qui annoncent et vendent (pour leur profit) les services sexuels d’autrui. En ce sens, la difficulté que certains clients prostitueurs plus âgés pourraient éprouver à manier l’internet afin d’accéder aux annonces de personnes prostituées indépendantes nous apparait comme un non-problème.

Finalement, ce que le reportage réussit à faire malgré lui c’est de soulever la question de la solitude et de la sexualité des ainéEs. Les ainéEs ont en effet le droit de vivre des relations amoureuses ou intimes qui soient mutuelles et agréables. La masturbation, le consentement, la possibilité d’avoir des moments intimes peu importe le lieu où vivent les ainéEs sont toutes des questions qui méritent la plus grande attention et le plus grand respect, tout comme lorsqu’il est question de la sexualité des personnes vivant avec un handicap. Balayer ces questions sous le tapis – par malaise, par ignorance ou pire par désintérêt – en préférant tolérer que ces personnes aient recours à la prostitution nous apparait non seulement méprisant mais dangereux. Quinze minutes de sexe tarifé avec une personne qui ne serait jamais à nos côtés si ce n’était de l’argent ne contribue pas à briser l’isolement. Plutôt que de prétendre à l’ouverture en faisant porter à une catégorie de femmes que l’on juge prostituables la responsabilité de prendre en charge ce que l’on préfère ignorer pourquoi ne pas collectivement prendre acte des besoins énoncées par les ainéEs et trouver des solutions qui soient respectueuses et n’incluent pas d’imposer leur sexualité ou leur présence à autrui par l’argent?