Archives de catégorie : Témoignages

De la langue de la domination à la langue de femme libre


21 novembre 2020: Témoignage écrit de Louise Marcotte, survivante de la prostitution

Cette période d’isolement intensif me ramène de malheureux souvenirs sur les abus que j’ai subis. Je réalise aujourd’hui que durant mon enfance, pour éviter de sombrer dans la dépression, je me suis convaincue que si je me soumettais, les choses s’arrangeraient. J’ai adopté les comportements compulsifs de répondre aux besoins des autres, faire plaisir, être agréable, soumise, voire irréprochable. J’ai pris l’habitude de vivre en marge de mes aspirations profondes. Même si ma réalité a changé, cette tendance demeure. Et voilà que je suis saisis d’un sentiment d’épouvante devant ce qui me semble un échec monumental de ma vie. Le sentiment d’un grand vide qui me donne le vertige. Puis, mon intelligence vient à ma rescousse. C’est O.K. j’ai fait exactement ce qu’il fallait dans les circonstances. J’ai sauvé ma vie dans un système patriarcal basé sur la domination, la cruauté et la destruction.

 

C’est nous, les survivantes qui, avec intelligence, avons utilisé toute notre énergie mentale et vitale pour sauver notre peau. Nous avons trouvé un véritable ancrage dans toutes ces battantes qui depuis des millénaires nous transmettent le flambeau, d’une victoire à l’autre, si minime soit-elle. Nous savons d’instinct que nous ne sommes pas une sous humanité que l’on peut piétiner indéfiniment. Je comprends que ce qui me semble pour l’instant un drame personnel est en réalité le signe d’une grande victoire parce que j’ai survécu à l’horreur ; nous avons survécu. Nous avons reçu le flambeau et nous pouvons le passer. Survivre à un processus de déshumanisation orchestré par une civilisation patriarcale est un immense exploit, personnel et collectif. Cette déshumanisation repose sur un mensonge qui perdure depuis presque toujours. On nous a fait croire que la nature féminine était inférieure, un genre d’hybride entre l’humain et l’animal – Grosse erreur ! Ce n’est donc pas notre personne comme telle qui est visée dans cette déshumanisation, mais le fait d’être une personne de sexe féminin.

« Je veux cesser de me mettre subjectivement au centre de ce drame collectif et plutôt m’appuyer sur l’émergence d’une nouvelle conscience féminine »

Ainsi, l’homme violent frustré ne se permet pas d’agresser une personne de sexe masculin comme son patron, son collègue, son voisin, son beau-frère ; il se donne les moyens de trouver un terrain d’entente ou de contrôler sa pulsion. Mais, le même homme violent frustré se permet d’agresser potentiellement toute femme qui croise son chemin. C’est une violence de genre. L’homme violent frappe une femme parce que c’est une femme, point à la ligne. Et pour être logique, si nous sommes victimes d’un immense mensonge collectif sur notre nature féminine, la solution ne saurait être individuelle mais dans le rétablissement de la vérité sur notre nature féminine. Cela devrait nous libérer d’un sentiment de culpabilité paralysant. Je veux cesser de me mettre subjectivement au centre de ce drame collectif et plutôt m’appuyer sur l’émergence d’une nouvelle conscience féminine. Je veux rester positive et devenir plus solidaire des femmes en cheminement. Je veux apprendre à m’ouvrir à elles pour chercher réconfort, consolation, et partager une plus grande compréhension du système patriarcal qui continue de nous broyer.

Et comme il s’agit d’un système d’oppression, mieux nous comprendrons ses rouages et ses stratégies, mieux nous pourrons nous en défendre, individuellement et collectivement, et le saboter. Les représentants du patriarcat s’attendent à nous voir fragile, hypersensible, irrationnelle, je veux donc apprendre à les battre sur leur propre terrain. Et pour développer cette force, j’ai besoin de me ressourcer intellectuellement et émotionnellement auprès de féministes intègres et non asservies au pouvoir mâle. Durant toutes ces années de violence, mon corps a été vécu non pas comme un lieu de vie, d’épanouissement, mais comme un objet dangereux, encombrant, pervers, sale. Je devais le mâter, le contrôler et me soumettre aux agressions. En fait je me voyais avec les yeux des agresseurs et je continuais à me torturer et à me punir d’être une femme.

Je comprends mieux que ce n’est pas moi le problème mais le jugement du patriarcat qui se permet impunément de s’approprier le corps des femmes pour ses besoins personnel et ceux de la patrie. J’étais une femme parmi des milliers d’autres, nous sommes toutes interchangeables aux yeux du patriarcat. C’est cela la déshumanisation de la nature féminine, et oui, cette vision est horrible et peut provoquer un vertige. Par ailleurs, j’ai encore le vieux réflexe de me mettre en accusation par toutes sortes de culpabilité que je m’inflige : coupable de n’avoir pas pris ma place dans la société, coupable de me sentir encore névrosé, coupable de ne pas être guérie, fonctionnelle, heureuse. STOP ! Mais guérie de quoi ! Fonctionnelle par rapport à qui, à quoi ! Les femmes survivantes ne sont pas névrosées, nous sommes en colère. Comment pouvons-nous maîtriser nos vies quand la moindre parole vraie, la moindre émotion authentique est jugée mensongère, agressante, castrante aux yeux du patriarcat ?

Moi-même ainsi que toutes les survivantes, avons accompli un exploit héroïque. Nous avons été plongées en enfer et en sommes ressorties à force de courage et de solidarité féminine. Nous pouvons marcher la tête haute. Je ne mendierai plus jamais aucune espèce de reconnaissance. Je peux et toutes les survivantes, nous pouvons ressentir une pleine fierté de ce que nous avons accompli comme femme dans ce monde patriarcal. Je sens en moi une force nouvelle et je ressens le devoir de m’en occuper très sérieusement. Il est temps de nous dire, individuellement et collectivement : ma vie est la seule et unique mesure de ma vie. Donc, je ne veux plus accepter aucune tête au-dessus de la mienne pour me donner une valeur et je ne veux plus qu’on m’assigne une place ou un rôle figé dans ce vaste monde. Je prends ma juste place. Mais, il y a un mais ; il reste encore les séquelles des chocs traumatiques. Là aussi j’ouvre les yeux.

Le but de la violence est d’induire une telle terreur chez la victime que ses facultés cognitives font un shut down, sont mises en échec. Comme le cerveau cognitif est désactivé sous l’effet de la terreur, l’agresseur a beau jeu de continuer à nous soumettre malgré la distance et ce, durant des décennies. Privées de notre pouvoir de réflexion, d’analyse et de communication, nous sommes réduites à l’état d’animal traqué. C’est machiavélique et pourtant voulu par l’ensemble de notre culture patriarcale ; on parle de culture du viol, viol du corps et viol de la pensée. On demeure ainsi des proies faciles, dominées par la peur, l’insécurité et les appréhensions de toutes sortes. Terrées dans nos appartements, anxieuses, pétries de honte, fragilisées, nous ne représentons plus de menaces sérieuses pour le patriarcat.

Mais la bonne nouvelle est que des brillants cerveaux mâles ont découvert la neuroplasticité. Nous pouvons, jusqu’à notre dernier souffle, stimuler de nouvelles connexions neuronales si nous nous y appliquons. C’est là que nous pouvons les battre sur leur propre terrain. Je peux donc donner consciemment et de façon répétitive, de nouvelles informations à mon cerveau et il en tiendra compte dans n’importe quel apprentissage. Par exemple si je veux apprendre l’anglais, je dois dire à mon cerveau :«ce que tu nommes, lait, en français, se dit ,milk, en anglais». Et à force de lui redire, il créera de nouvelles connexions et finira par parler couramment l’anglais. Et si je transpose l’exercice pour passer de la langue de domination à la langue de femme libre, c’est le même procédé.

À chaque fois qu’on déprime, qu’on se dit je ne m’en sors pas, c’est peine perdue, ma vie est foutue, j’en suis incapable, nous parlons dans la langue de domination. Il s’agit donc de se demander qui, quand, comment, on nous a rentré ce mensonge dans le crâne et de le rejeter de toutes nos forces et aussi souvent que nécessaire ; c’est une discipline mentale soutenue. J’aime à croire qu’un jour nous parlerons couramment une langue de femme réaliste, éclairée et puissante. C’est plus qu’un exercice, c’est un engagement quotidien, une révolution dans notre façon de penser, de réagir. C’est un défi de taille, car cette programmation patriarcale perdure depuis des millénaires. Les réflexes mentaux sont rodés. Par ailleurs, cette perception dédramatise le combat. Vu sous cet angle, la vie devient un champ d’apprentissage incroyable. Chaque circonstance négative, chaque déprime devient l’occasion d’un apprentissage possible et accessible.

« Acquérir, au fil des mots, des idées, la maîtrise d’une langue de femme libre qui nous propulse au lieu de continuer à nous abrutir »

Dans «Une chambre à a soi», Virginia Woolf déplore le fait que les femmes n’aient pas laissé de trace dans l’histoire ou qu’on ait effacé volontairement leur histoire. Elle nous conjure d’écrire pour exprimer ne fût-ce qu’à soi-même nos réalités. Et j’ajouterais que l’avantage d’écrire est de briser le silence imposé et d’acquérir, au fil des mots, des idées, la maîtrise d’une langue de femme libre qui nous propulse au lieu de continuer à nous abrutir. Les hommes ont abondamment parlé et écrit sur les femmes, le sexe faible, sans esprit, mais peu de femmes ont écrit, parlé de notre réalité féminine.

En fait, les hommes n’ont pas écrit sur les femmes mais plutôt sur leur fantasme à l’égard des femmes – c’est très différent. Il est temps d’exprimer qui nous sommes vraiment. Développer une langue de femme libre est à portée de nous toutes. Cela implique parler, écrire, partager nos sentiments, nos pensées, nos rêves, nos blessures, nos projets, nos réalisations, enfin tout ce qui nous anime, de façon individuelle ou collective. Je rêve de nous entendre parler clairement, haut et fort, encore et encore et de ne plus jamais utiliser le langage de domination parce que cette langue sonne faux.

Témoignages de Ruchira, Shanie, Rosen et les autres

Mumbai. 29 janvier 2017

L’Inde. New Delhi. Avec ses effluves, son humidité et sa richesse côtoyant la pauvreté, on pourrait dire qu’elle est une ville des extrêmes. Last girl first, est le titre de la 2e Conférence internationale sur l’exploitation sexuelle. Se tenait à 18h la soirée d’ouverture, avec la présentation de plusieurs femmes de par le monde qui ont un vécu en lien avec la prostitution. Elles ont toutes, à leur façon, été les dernières filles peu importe d’où elles viennent, et c’est à elles, et particulièrement aux filles de l’Inde, qu’on a voulu rendre hommage.

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Témoignage d’une ancienne TDS

Tiré du blogue “Des histoires de vies …et de survie, par Madame Silence et ses copines”

Voici le témoignage d’une amie d’une amie de l’ami d’une connaissance… Peu importe, appelons la Lili, qui a travaillé dans l’industrie du sexe pendant une année. On s’en fout de qui c’est, sa pourrait être n’importe quelle femme de votre entourage, personne ou presque ne se doutait qu’elle était travailleuse du sexe. Bref, voici son témoignage.

Quand j’ai décidé d’offrir des services sexuels en échange d’argent, je me suis dit que je ne le ferais qu’une fois. La rentrée scolaire approchait et je ne voyais pas comment j’allais y arriver. J’avais un conjoint mais il semblait ne pas réaliser que notre situation financière était catastrophique et j’étais le pilier de la famille, il n’avait rien à foutre des responsabilités qui viennent avec des enfants. 

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Être manipulée

Par Rebecca Mott, le 27 janvier 2012

Je sais aujourd’hui que l’on m’a prostituée – mais à l’époque je n’avais aucune idée de ce que c’était ou de pourquoi cela m’arrivait constamment.

Tout ce que je pouvais faire était croire que j’étais quelqu’un de si pourri ou de si endommagé que je devais avoir choisi de toujours me retrouver avec des hommes sadiques, fois après fois après fois. Je devais me blâmer moi-même – parce que voir et ressentir la vérité de ma situation aurait pu me tuer.

J’étais une prostituée, mais j’ai rarement été payée en argent.

J’étais une prostituée, et alors qu’on me torturait mentalement et physiquement, j’étais censée me montrer reconnaissante pour autant d’attention.

J’étais une prostituée, et il me fallait croire que beaucoup d’hommes me trouvaient simplement de leur goût.

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À l’intérieur

Comment expliquer la prostitution vécue à l’intérieur dans un monde qui ne veut pas entendre – fait-on appel aux statistiques, à des métaphores, faut-il décrire des scènes horribles – ou retombe-t-on simplement dans le silence ?

Comment expliquer que tant de gens tiennent à affirmer que c’est sécuritaire ou à tout le moins plus sécuritaire que d’être dans la rue.

Au moment où mon cœur s’effondre de douleur et d’incompréhension, je peux m’exclamer : comment diable pourrait-ce être plus sécuritaire?

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Le libre choix c’est de la foutaise

Les femmes et autres personnes qui sont dans l’industrie du sexe mentionnent que c’est leur décision d’utiliser leur corps pour gagner leur vie. Ce discours est strictement de la propagande pour justifier l’esclavage sexuel. En effet, les personnes qui maintiennent ce discours ont un intérêt personnel pour faire cette propagande. Concernant les femmes qui gagnent leur vie en utilisant leur corps comme un instrument de plaisir, elles doivent adopter le même discours, ceci dans le but d’éviter de regarder la réalité.

Moi-même, j’avais adopté ce discours lorsque j’étais dans l’industrie du sexe. Aujourd’hui, je réalise que je n’étais pas consciente des raisons qui m’avaient amenée dans cette industrie et encore moins des conséquences. Pour être capable de choisir, il faut être consciente du milieu de l’industrie du sexe, des risques et des conséquences à court terme et à long terme d’utiliser son corps comme une marchandise. Je n’avais jamais discuté des risques pour ma santé mentale, la seule chose qui m’intéressait c’était l’argent. Je peux garantir que je n’étais pas la seule.

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J’ai pas choisi

J’ai pas cherché, j’ai pas choisi, tu m’as choisie

Un morceau de viande, une moins que rien, que tu t’es dit

Tu m’as achetée, tu m’as vendue, je n’ai rien dit

J’ai pas cherché, j’ai pas choisi, tu m’as trahie

 

Tu m’as violée, tu m’as salie, j’n’avais qu’quinze ans

Tous tes amis y ont passé et j’ai pleuré

Un peu d’argent tu m’as donné j’suis qu’une enfant

Tu m’as violée, tu m’as salie, j’ai plus d’amis

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Moi, ex-prostituée, je dis NON à la prostitution !

Je suis une jeune femme de 35 ans. Pour moi, la prostitution s’est échelonnée sur une durée d’un an et demi en tout. Je n’ai jamais pensé que cette expérience, somme toute pas très longue, laisserait dans ma vie autant de dommages aussi profonds. J’inclus dans ce bilan la dévastation de mes relations interpersonnelles et sociales et des dommages irrémédiables auprès de mes enfants et de ma famille. Je ne peux estimer les torts laissés à mon corps, mon âme et l’estime de moi, mais le constat de destruction est flagrant. Ma sexualité demeure, pour le moment, affligée de dommages irréparables et les ravages sont aussi colossaux dans toutes mes relations avec les hommes. Ces hommes… « mes clients »… Ces exploiteurs, mes abuseurs, ces pervers, mes pourvoyeurs d’argent et de matériel, mes inconscients, ces hommes… que je ne pourrai plus jamais voir avec les mêmes yeux.

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Une histoire parmi tant d’autres.

Depuis l’automne 2008 nous rencontrons, à la CLES, des femmes qui acceptent de nous parler de l’exploitation sexuelle qu’elles ont vécu, sous une forme ou une autre. Nous voulons vous donner accès à une partie de leur réalité. Et par là ouvrir une porte sur des réalités trop peu et mal connues.

On y vient comment ?

« J’ai commencé mineure. 15 ans. Je quitte mon village pour venir étudier à X (ville plus grande et loin de ma région). Je pars aussi pour me sauver parce que j’y ai vécu beaucoup de violence. Je ne suis pas en fugue. Mais c’est aussi la première fois que j’ai un peu de liberté. Je vivais dans un milieu très contrôlant (et violent) J’ai été agressée par mon père et d’autres hommes, et violentée, agressée aussi par ma mère. J’étais énormément en besoin, à la recherche d’affection, de tendresse, qu’on m’accepte, qu’on m’aime, et toute mon expérience liait cela à la sexualité, consciemment ou non. Mon père était moins raide que ma mère, i.e. ‘’plus fin’’ qu’elle. Mais toujours dans un contexte sexuel.

Je pars finir mon secondaire. Je vis seule en chambre, avec un budget très limité. Mais je ne crevais pas de faim. Je vais dans les bars, puisqu’enfin je peux sortir, lâcher un peu mon fou. J’étais très facile à enfirouaper parce que vraiment à la recherche de personnes qui voudraient m’aimer, même juste un ti-peu.

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Une femme prostituée parle de ses clients “Le plus grand danger pour une p***, c’est la lucidité”

Je suis une prostituée officiant en appartement par le biais d’Internet et d’annonces dans la presse. J’exerce mon activité depuis bientôt 14 ans. Je me prostitue en parfaite connaissance de cause, d’une manière lucide, glaciale, implacable, pragmatique, et au bout du compte sans trop d’états d’âme et sans être si malheureuse que ça. Pour ma part, je n’arriverai jamais à trouver aucune crédibilité à un témoignage de prostituée qui accepte de paraître [dans une émission de télé] à visage reconnaissable par sa clientèle, alors que celle-ci se trouve obligée de gagner son pain par le biais de ceux-là. Nous ne sommes pas bêtes au point d’exprimer sincèrement nos états d’âme, nos rancœurs vis-à-vis de tous ces hommes qui nous payent, alors que ces derniers vont nous reconnaître et, de dépit, en entendant la vérité sur eux, ne nous ferons plus bénéficier de leur manne financière.

Aucune d’entre nous ne va prendre le risque de saborder son outil de travail pour un reportage télé. Par contre, la complaisance, l’éloge du client et l’apologie de la prostitution nous permettront de pouvoir faire notre publicité ainsi que notre autopromotion. Il sera bien plus dans l’intérêt de la prostituée filmée de caresser sa future clientèle dans le sens du poil que de lui balancer ses quatre vérités.

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«Travailleuse du sexe »? Connais pas!

Par Trisha Baptie

J’ai été prostituée plus de 15 ans et je n’ai jamais rencontré une seule « travailleuse du sexe ». Pour moi, cette expression sort du film Pretty Woman, et de la bouche des gens qui endossent et exploitent la chosification des femmes. Je connais des femmes prostituées – j’en ai été une – et nos raisons d’être là étaient claires : la pauvreté, le racisme, l’oppression de classe, le sexisme et les violences subies dans l’enfance.

À l’époque, je vous aurais dit que la prostitution était un geste de pouvoir, de libération. Il me fallait penser ça – comment aurais-je pu me regarder dans le miroir autrement? Pourtant, ça m’arrachait le cœur de voir arriver chaque nouvelle fille. Et pas une prostituée ne veut voir sa fille entrer dans cette industrie mangeuse d’âme.

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“Les gens ont besoin de comprendre”

L’Aboriginal Women’s Action Network a participé à la rencontre au sommet intitulée «One is Too Many» (Une, c’est une de trop), organisée récemment à Vancouver.

En règle générale, nous ne demandons pas à nos femmes de se raconter parce que nous ne voulons pas exploiter leurs récits et leurs vies. Cependant, des femmes parmi nous et dans nos communautés souhaitent raconter leurs histoires, et en voici une qui a insisté pour raconter son histoire et pour partager ses pensées, ses sentiments et ses opinions au sujet de son expérience. Nous la remercions et lui rendons hommage pour son courage parce que, comme elle le dit, «c’est trop important pour ne pas le dire, et les gens ont besoin de comprendre».

Merci beaucoup

Laura Holland

AWAN.

Conférencière d’AWAN à la rencontre «One is Too Many», Vancouver (C.-B.) Coast Salish Territories, le 26 mars 2009.

« Bonjour, je suis Georgenia, d’ascendance Kwakwakeuk et Coast Salish. Je veux remercier le peuple Coast Salish de nous laisser être ici sur leurs territoires non cédés. Je viens d’une longue lignée de gens qui ont été opprimés par les gouvernements et par les églises. Mes parents et mes grands-parents sont tous des produits des pensionnats indiens. J’ai moi-même subi le prolongement du programme gouvernemental de fractionnement de notre peuple. J’ai été appréhendée dans le cadre de ce qu’on appelle aujourd’hui la rafle des années 1960 et j’ai été placée dans des foyers d’accueil marqués par des sévices et de la violence.

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Est-ce que c’est vraiment aussi payant qu’on le dit?

Voici une correspondance entre une femme fréquentant la Concertation des luttes contre l’exploitation sexuelle et une jeune femme s’enquérant des réalités de l’industrie du sexe comme « job payante ». Sa réponse nous a semblé faire un tour d’horizon assez complet de l’impact de la prostitution sur la vie des femmes. Nous saluons la franchise et le courage des propos de cette femme. La CLES a comme objectif de faire connaître cette autre parole telle qu’elle s’exprime.

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Comme une poupée programmée

Un homme te paie pour te pénétrer et après celui-ci un autre, et encore un autre. Tu te sens réduite à tes orifices. Ils te pénètrent avec leurs mains, des objets, leurs pénis. Tu deviens leur objet. Comme une poupée programmée, tu dois montrer que tu aimes cela même s’il te déchire et que cela te fait mal. Tu n’as pas le droit de te plaindre, un objet ne peut ressentir des émotions sauf celles qui sont programmées par le client qui achète l’objet. Donc, tu dois leur montrer qu’ils sont les meilleurs si tu ne le fais tu risques d’être battue puisque tu viens de les blesser dans leur orgueil d’homme. De plus, s’ils sont insatisfaits ils peuvent demander un remboursement comme un objet qu’on retourne au magasin pour insatisfaction de la marchandise.

Gyna

“C’est glacial comme histoire” : témoignage de Jade sur son expérience de la prostitution

Extrait: je veux dire que je ne suis même pas majeure, moi, là, là. Puis tu… tu me fourres, là. Tu me baises, là. Tu fais n’importe quoi, puis tu t’en fous, là. Dans le fond, tu me brasses, tu me fais mal. Ça les dérange même pas, là. Une fois, j’ai mangé des claques sur la gueule. Pendant le temps qu’il était en train de le faire, là. C’est parce qu’il y en a qui traitent comme ça, sado-maso, là. Il te serre la gorge. T’es quasiment en train de crever puis… il te baise en même temps, là. C’est quelque chose, pareil ! Puis tu sais, j’en ai rencontré du monde qui… avaient des femmes, y’avaient des enfants, puis je leur disais : ” T’es ben écoeurant de faire ça à ta femme !” “Oui, mais il dit, ferme ta gueule/Je te paie !”

Toute vérité est bonne à dire : témoignage de Sylviane sur son expérience de la prostitution

Extrait:

C’est bien ça le problème, tout le monde dit qu’il ne juge pas ou accuse les autres de trop juger et, en réalité, il n’y a pas grand monde qui se sert de son jugement. Ça donne les folies que j’ai lus, que la prostitution est presqu’un service social, les femmes ont bien le droit de donner du sexe aux hommes et les hommes d’en avoir, c’est un choix individuel, la sexualité est tabou, c’est une libération de se prostituer. Mon oeil. Vraiment y en a qui dérape. Dites-moi d’abord pourquoi vous ne le faites pas vous-même si c’est si beau que ça de se prostituer.
 

Témoignage de Lolita

Extrait:
 
” Si seulement j’avais su ce qui m’attendait dans ce monde de fou, ce monde que tout le monde admire, ce monde où ils veulent tous venir, […] Un monde où, nous les prostituées africaines, sommes considérées comme de la merde, des esclaves à qui on fait manger des excréments et boire des urines. On trouve normal que des malades, des pervers, des gens riches utilisent leur pouvoir et leur argent pour faire des choses aussi graves sur des êtres humains.”

Les lendemains de la prostitution

Extrait:
 
“Quand j’ai cherché de l’aide, je n’en ai pas trouvé. Je me suis débrouillée par moi-même. Je me suis renseignée. Je sais aujourd’hui qu’il n’y en a pas beaucoup plus. Si tu enlèves une fille de la rue pour l’y remettre pas longtemps après, c’est pas la peine! Des lieux d’accueil pour prostituées, où elles pourraient trouver des réponses à leurs besoins de base, y’en a pas! Des formations pour qu’elles travaillent à autre chose que le salaire minimum, où sont-elles? La volonté pour faire de la prévention ou de l’insertion, j’en vois pas!”

Les premiers pas vers la prostitution

Extrait:

“J’avais besoin qu’un homme me paie pour me sentir femme, jolie, valable, attrayante. Aujourd’hui, je n’en ai plus besoin. Je sais qui je suis. Mes besoins se sont modifiés. L’argent ne m’intéresse plus. À l’époque, «paraître» était très important pour moi. Et puis, dans ce milieu, tu dois bien paraître. Pour cela, j’avais besoin d’argent. C’était un cercle vicieux!”

Du viol à la prostitution

Extrait:

Le monde de la prostitution, c’est abominable. Je ne le souhaite pas à mon pire ennemi. Y’a des clients qui te disent qu’ils veulent faire l’amour. Mais comment peux-tu appeler ça de l’amour? C’est tout sauf ça. C’est surtout un monde de violence. À chaque fois, j’avais peur. J’ai failli mourir plusieurs fois. Si je n’avais pas su me défendre, j’y serais passé. Je suis une grande gueule et ça m’a sauvé quelques fois.”

Trois témoignages

Extrait:

Quand une fille a été abusée durant son enfance, le pimp n’a pas grand-chose à faire pour que la fille fasse de la prostitution. Moi, c’est le père de mes enfants qui me disait avec qui il fallait que j’aille. J’avais 16 ans.

Lire ces témoignages

Témoignage de D.

Extrait:

Je me souviens encore de mon premier “client”. Quand je suis ressortie de sa voiture, je me suis mise à vomir. Je crois que, ce jour là, je vomissais ma honte, mon dégoût des hommes, de moi-même et de la malchance vu qu’elle m’a poursuivie jusqu’aujourd’hui.”

Lire ce témoignage

Témoignage de Jayme: La prostitution réglementée au Nevada

Extrait:

“En tant que « vieille femme » âgée de 28 ans qui a survécu à 12 ans de prostitution – la plupart passés dans les bordels légaux du Nevada -, je souhaite vous raconter ce que fut ma vie – et celles des autres femmes – utilisées dans le cadre de la prostitution réglementée. Je fus introduite pour la première fois dans les bordels du Nevada par l’intermédiaire mon ex-maquereau.”

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Témoignage de Maldy Bonheur

Extrait:

“Dans la prostitution, l’amour et la liberté n’existent pas. Il n’y a que haine, mépris, vengeance, intérêt et violence. Non, la prostitution n’est pas un métier. Elle est une atteinte à la dignité humaine!Les individus qui affirment le contraire sont des personnes aveuglées par l’argent, manipulées par les proxénètes. Dans la prostitution, les êtres humains sont des marchandises exploitées et dominées par des hommes pour des hommes

Lire ce témoignage

Témoignage de E.

Extrait:

“Je suis arrivée à ** [ville du sud] en 81 pour me séparer et divorcer de mon mari. Jusqu’en 83, j’ai fait divers travails. Mais je me suis retrouvée sans travail et j’ai commencé à me prostituer. Cela a été très dur, bien sûr, mais je n’avais pas le choix. Et malgré la prise de pilules pour ne pas avoir d’enfants, je me suis retrouvée enceinte deux fois (une fois en 84 et une fois en 86).”

Lire ce témoignage