Déclaration de la CLES contre le racisme et le sexisme systémiques

Nous, les femmes de la CLES, soutenons les luttes actuellement menées partout dans le monde pour mettre fin au racisme systémiqueQu’il s’agisse des discriminations engendrées par le capitalisme, le colonialisme ou par d’autres structures de pouvoir abusif, nous tenons à rappeler que toute oppression est systémique. En tant que femmes d’ici et d’autres horizons, nous sommes très bien placées pour le savoir. En tant que féministes, nous reconnaissons aussi que l’oppression des femmes est un système de domination millénaire mis en place par des hommes et nous désignons ce système par son nom : le patriarcat.

À la CLES, nous côtoyons tous les jours des femmes racisées ayant été amenées dans l’industrie du sexe par les mêmes chemins patriarcaux, mais qui doivent aussi composer avec le racisme d’une industrie qui les déshumanise et les instrumentalise pour faire de l’argent. Nous constatons un profond racisme dans les pratiques des hommes achetant des actes sexuels. Ce racisme est intrinsèque à cette industrie du sexe qui méprise la vie de toutes les femmes et qui dévalorise de façon encore plus marquée la vie des femmes noires, des femmes autochtones et des femmes à statut migratoire précaire notamment.

Historiquement, ceux qui ont abusé de leur pouvoir pour mettre en place des systèmes de domination ont fait en sorte que cette domination se reproduise dans toutes les sphères de la vie publique ou privée. Individuellement, les hommes ont donc été conditionnés à se conformer à des rôles sociaux dont les caractéristiques ont été imposées par le patriarcat : agressivité, violence, possessivité, volonté de conquête, etc. De plus, des « normes sociales » ont été instituées pour affirmer la domination des hommes sur les femmes. C’est ainsi que nous faisons face à de multiples préjugés concernant les femmes, à l’octroi de « faveurs » à certaines au détriment des autres pour créer une compétition et ainsi briser la révolte collective, à l’utilisation de la violence physique ou sexuelle pour rappeler l’ordre social patriarcal et faire rentrer dans le rang celles qui veulent s’émanciper.

Des hommes se sont arrogés plus de droits et ont institutionnalisé les inégalités pour qu’elles survivent à toutes les générations d’hommes et de femmes. C’est avec cette compréhension que le mouvement féministe ici comme ailleurs a combattu et combat toujours ce sexisme systémique. En tant que féministes, nous reconnaissons que le racisme, comme système d’oppression, a utilisé les mêmes outils de domination: les normes sociales différentes, les préjugés, les « faveurs » pour diviser et régner ainsi que la violence physique ou sexuelle pour mater la révolte collective.

Le mouvement pour les droits civiques et contre l’esclavage aux États-Unis a combattu et combat toujours le racisme systémique. Nos mouvements sociaux au Canada et au Québec font de même malgré le déni persistant de plusieurs envers cette réalité. Aujourd’hui, la prise de conscience est mondiale. Prétendre que les manifestations contre le racisme systémique équivalent à dire que le Québec est raciste, c’est prétendre, comme nous l’avons déjà entendu comme féministes, que dénoncer la violence envers les femmes équivaut à dire que tous les hommes sont violents. Cette erreur de perspective découle d’une position de défense qui refuse de nommer la résistance active ou passive au changement. En temps de pandémie et de crises internationales, nous n’avons pas le luxe de nous complaire dans une telle posture. Il faut dès maintenant reconnaître la réalité des systèmes d’oppression et travailler ensemble à s’en libérer.

Solidairement,
La Concertation des luttes contre l’exploitation sexuelle (CLES)